Guerre en Ukraine: le traumatisme des enfants

Des enfants coincés en Ukraine à ceux qui fuient leur pays, les conséquences psychologiques de la guerre sont lourdes pour les jeunes.

Un enfant se tient près d'une clôture alors que des personnes attendent devant un bureau d'immigration après avoir fui l'Ukraine pour se rendre en Belgique
© Belga Image

Plus de trois millions de personnes ont fui l’Ukraine depuis le début de la guerre. Parmi elles, 1,4 millions d’enfants soit " pratiquement un enfant par seconde ", selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef). Selon James Elder, un porte-parole de l’Unicef, ces enfants " sont soumis au risque significatif de séparation, de violences, d’exploitation sexuelle et de trafic ".

Grossesse et traumatisme

Le monde insouciant des enfants a basculé le 24 février dernier lorsque la Russie a commencé à envahir l’Ukraine. Leur quotidien bouleversé est rythmé par les sirènes d’alarme anti-bombardement, les frappes russes et l’obscurité des caves ou du métro. Certains ukrainiens ont vu le jour sous les bombes. Et le stress accumulé par leur mère durant la grossesse a des répercussion sur leur cerveau. " L’enfant sera probablement plus stressé que la moyenne, plus agité, il aura des difficultés d’apprentissage. Plus le stress perdure, plus il va y avoir des retombées sur son cerveau ", précise Emmanuel de Becker, chef du service de psychiatrie infanto-juvénile aux cliniques universitaires Saint-Luc.

Pour qu’un enfant puisse grandir sereinement, il a besoin d’équilibre et de régularité. Or, la guerre a brisé ce cadre de vie idéal. Le contexte de conflit et la séparation avec des proches rend la situation insoutenable provoquant un traumatisme aigu qui se traduit par un état de sidération où l’enfant est comme anesthésié, incapable de penser ou de ressentir quoi que ce soit. Un phénomène qui conduit à un syndrome de stress posttraumatique. " Il est marqué par de l’agitation, des flashbacks, des réminiscences, des troubles du sommeil, de concentration et alimentaires. Les côtés rationnels et émotionnels sont touchés ", explique Emmanuel de Becker. Ce syndrome dure des semaines, voire des mois. Et certains " symptômes ", tels que les flashbacks, peuvent réapparaître des années après.

Comment accueillir les enfants réfugiés au mieux?

En Belgique, près de 11.500 ukrainiens ont déjà été enregistrés comme réfugiés. Selon la ministre de l’Education de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Caroline Désir, la moitié sont des mineurs d’âge. Un accompagnement adéquat des enfants est primordial. Certains ont été séparés de leur frère ou leur père partis au combat. Un déchirement. " Les jeunes enfants sont propulsés dans un climat extrêmement angoissant où tous leurs repères sont perturbés. C’est très important de maintenir les groupes familiaux et qu’ils ne soient pas séparés de leur parents ou grands-parents ", insiste Emmanuel de Becker. " Idéalement, il faut éviter des changements trop fréquents de lieux d’accueil et remettre en place la pulsion de vie, c’est-à-dire des modalités de découverte, de jeux, d’activités sportives ", poursuit le psychiatre.

La délicate mission est donc de replonger les enfants dans un semblant de normalité et de stabilité. D’autant plus qu’ils peuvent développer la culpabilité du survivant, c’est-à-dire s’en vouloir d’être en sécurité alors que des proches risquent leur vie.

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