17 mars 2020: le jour où la Belgique bascule

Retour sur la manière dont les Belges ont vécu l'arrivée du premier confinement en Belgique, il y a deux ans.

Sophie Wilmès annonçant le premier confinement belge
La Première ministre Sophie Wilmès, lorsqu’elle a édicté le premier confinement belge, le 17 mars 2020 à Bruxelles @BelgaImage

Il y a deux ans, le 17 mars 2020, la Belgique vivait un moment crucial mais pas des plus réjouissants. La Première ministre de l’époque, Sophie Wilmès, annonce alors que le pays est confiné pour contrer le coronavirus. Il n’y a alors "que" 1.243 cas de Covid-19 et dix morts mais la propagation de l’épidémie est très rapide et les hôpitaux craignent d’être submergés, surtout qu’ils manquent de masques. Pour la population, c’est un choc, même si la perspective d’un confinement se faisait de plus en plus claire. Une épreuve qui va amener la population à s’adapter, voire à se montrer soudée, pour traverser cette crise. Retour sur les réactions des Belges pendant ces quelques jours qui ont marqué l’histoire.

16 mars: quand le parfum du confinement se fait déjà sentir

Le lundi 16 mars, l’ambiance est déjà bien pesante. Pour la première fois, les écoles doivent fermer, tout comme les lieux de spectacle et l’horeca, et les enfants sont amenés à rester chez eux. Les parents doivent trouver des solutions pour les garder. Une fois le problème réglé, ils peuvent partir au boulot mais sur le chemin, les auditeurs de Radio Contact ont eu une petite surprise. Les présentateurs du Good Morning, Maria del Rio et Olivier Arnould, ont commencé à animer leur matinale depuis leurs domiciles. Le télétravail n’est pourtant pas de rigueur mais il commence à se répandre.

Les masques apparaissent aussi sur de rares visages en rue et dans les transports en commun mais hors de question à l’époque d’obliger de le porter. La Belgique en manque cruellement et incite quiconque en possède à les donner aux hôpitaux. Le gouvernement vient d’ailleurs de subir une mésaventure: une commande de millions de masques était attendue pour le week-end mais n’est jamais arrivée puisque l’entreprise turque qui devait les livrer a fait l’objet d’une enquête pour fraude. La Belgique ne brille alors pas par sa prévoyance. Les Belges ont néanmoins un lot de consolation: dix partis ont accepté de soutenir le gouvernement en affaires courantes de Sophie Wilmès pour lui donner les pouvoirs suffisants afin de gérer la crise sanitaire. "On se demandait par quel heureux hasard ils finiraient par trouver une solution à la crise. Ce n’est donc pas un heureux hasard mais un danger mortel qui les a poussés à s’entendre", déclare le lundi matin l’éditorial de La Libre.

À midi, au JT de la RTBF, les premières mesures sanitaires ne rassurent guère. Dans certains hôpitaux, la situation serait déjà "catastrophique" du fait du manque de masque. "La situation est grave, sérieuse et préoccupante", confirme sur le plateau du journal l’épidémiologiste Marius Gilbert. "Il faut régler les problèmes les uns après les autres. Le problème actuel, c’est les masques. Il faut y répondre le plus rapidement possible. […] L’autre problème, c’est l’augmentation du nombre des cas. On pourrait y parer en prenant des mesures fortes de distanciation sociale". "Est-ce qu’il ne faudrait pas un confinement total?", ose alors lui demander la journaliste Ophélie Fontana. "La difficulté, c’est que pour pouvoir voir l’effet des mesures qui ont été annoncées [comme la fermeture des écoles, ndlr], il faudrait attendre une semaine", répond le scientifique de l’ULB. "On peut se permettre d’attendre?", rétorque la présentatrice du JT. "C’est toute la question. Il est possible qu’on en vienne à un confinement", conclut l’expert.

Le soir, après le boulot, les Belges découvrent les dernières nouvelles à la télévision. L’Eurovision est annulée, Venise retrouve des eaux limpides du fait de l’absence de touristes, et les réactions face aux mesures sanitaires sont diverses et variées. Certains ont peur, d’où une recrudescence des fake news sur ce qu’il faut faire ou pas pour éviter d’attraper le Covid. D’autres ne sont pas effrayés du tout. En témoigne ces vacanciers anglais en Espagne qui nient la police pour continuer à faire la fête. Selon eux, le Covid-19 ne serait rien de plus qu’une grippe.

En même temps, la population est invitée à écouter le Roi Philippe. "Notre pays est confronté à une crise sanitaire mondiale sans précédent", déclare-t-il tout en saluant le travail des autorités, des soignants et des métiers directement exposés à la crise sanitaire. "La situation actuelle nous rappelle notre vulnérabilité mais révèle aussi notre force. Les gestes spontanés de générosité et de solidarité me font chaud au cœur. Je les encourage à se multiplier. Chacun d’entre nous à un rôle à jouer pour surmonter cette crise. Je suis confiant que nous sortirons grandis de cette épreuve". En parallèle, sur les chaînes françaises, Emmanuel Macron prend la parole. La France est confinée dès le lendemain à midi.

17 mars: le choc

Le mardi, les Belges continuent leurs vies mais la pression augmente. Dans les magasins, les clients se font particulièrement nombreux. "J’ai peur que les gens achètent beaucoup plus que d’habitude", confie à la RTBF une personne âgée qui craint de voir bientôt les rayons complètement vidés. D’autres redoutent d’assister à une flambée des cas de violences intra-familiales du fait d’une tendance au repli chez soi. Du côté des transports en commun, les premières mesures commencent à tomber. La Stib annonce déjà réduire son offre d’un tiers dans la capitale dès le lendemain. Enfin, dans les familles contaminées par le coronavirus, gérer l’isolement se révèle parfois compliqué. Une mère interrogée par la télévision publique, dont le fils de 9 ans est infecté, partage son inquiétude pour son enfant qui pleure à cause de ses maux de tête, voire vomit. "On m’a demandé à l’enfermer dans une chambre pendant sept jours. Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise? Je ne peux pas. Il ne va pas comprendre et il va devenir fou". Du coup, c’est masques changés toutes les quatre heures, désinfection générale de la maison et distance sociale (ou du moins dans la mesure du possible).

Puis arrive le moment tant redouté. À l’issue d’une réunion du Comité national de sécurité, la Première ministre annonce un confinement dès le mercredi, alors édicté jusqu’au 5 avril. Plus de rassemblement, magasins fermés (sauf ceux d’alimentation, les pharmacies et les maisons de presse), déplacements non-essentiels prohibés, invitation à privilégier un maximum le télétravail, voyages à l’étranger interdits sauf si indispensables, et distance sociale jusque dans les transports en commun. Le journal de la RTBF attire alors une audience exceptionnelle: plus d’un million de téléspectateurs.

18 mars: entre panique et solidarité

Le mercredi 18 mars, les commerces, déjà très sollicités les jours précédents, sont véritablement pris d’assaut et de longues files se forment parfois devant les entrées. Delhaize tente de réserver certaines plages horaires aux seniors, sans pour autant toujours arriver à faire respecter la règle. "Le magasin ne peut pas faire la police. Il y a un manque de respect", se plaint une femme âgée en voyant des jeunes se rendre dans le magasin en même temps qu’elle. Autre problème: certains produits sont quasiment introuvables, comme les œufs, le lait ou encore le papier toilette. "On a fait plusieurs magasins, on n’a pas trouvé du tout de papier toilette. Je ne sais pas ce que les gens font avec", confie à la RTBF une cliente dans un supermarché. "Nous appelons les gens à ne pas constituer des stocks plus grands que nécessaires", demande alors la porte parole de Carrefour Belgium, Aurélie Gerth. Les magasins doivent aussi se préoccuper de protéger le personnel du coronavirus. Il n’y a pas assez de masques pour tous et des plexiglas doivent encore être installés en caisse. Des mesures qui divisent. "Je préfère une vitre", confie une caissière réticente à l’idée d’avoir une protection buccale toute la journée. "Un masque éventuellement, mais pas du plexiglas", rétorque sa collège.

À côté de cette discorde qui fait beaucoup parler, d’autres Belges décident de réagir en se montrant solidaires. Des sites se créent pour venir en aide à ceux qui en ont besoin. "On s’est tout de suite rendu compte que les gens allaient avoir besoin les uns des autres", confie à BX1 Jehanne Bergé, créatrice d’un groupe Facebook, "Solidarité Solidariteit Brussels Bruxelles Coronavirus". "En période de crise, on trouve des ressources inespérées". Parmi ces collectifs, certains fabriquent des masques en tissus, donnent de la visibilité aux restaurants pour les plats à emporter, relayent les initiatives du secteur de la culture en ligne, etc. À la tombée de la nuit, chacun est appelé à faire du bruit à sa fenêtre pour témoigner de son soutien aux soignants. Enfin, d’autres groupes œuvrent à aider les personnes fragiles, notamment avec les courses. "J’ai été très touchée de voir cet élan de générosité", se réjouit l’une des bénéficiaires. "Je ne me voyais pas sortir et attendre longtemps à la caisse d’un supermarché. Ne pas se sentir seule est essentiel car je crois que la solitude peut tuer tout autant que l’isolement".

Il faudra en effet trouver un moyen pour lutter contre cette fameuse solitude. Car malheureusement, le confinement ne s’arrêtera pas le 5 avril 2020, contrairement à ce qui était prévu à l’origine. Les mesures sanitaires ne commenceront à être levées qu’en mai (le 4 pour la réouverture des commerces de détail, le 11 pour tous les commerces sauf l’horeca, le 18 pour la reprise progressive de l’enseignement) et il faudra attendre le 8 juin pour que "la liberté devienne la norme et les interdits, l’exception", selon l’expression de Sophie Wilmès à l’époque. Les frontières ne seront rouvertes que le 15 juin 2020.

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