Accueil des réfugiés ukrainiens au Palais 8: une désorganisation embarrassante

Le premier jour de l’ouverture du nouveau centre d’enregistrement des réfugiés ukrainiens au Heysel était l’occasion pour les autorités de se féliciter de l’accueil réservé à ceux-ci. Et pour beaucoup d’autres d’être un tout petit peu moins enthousiastes…

réfugiés ukrainiens au Palais 8
Des réfugiés ukrainiens à l’ouverture du centre d’enregistrement au Palais 8. © BelgaImage

Heysel, Palais 8, lundi 13h45. En arrivant du Ring, on voit la foule. Quelques drapeaux bleu et jaune pourraient faire ressembler le millier de personnes à un groupe de supporters… n’était-ce le nombre d’enfants en poussette. On voit la foule et on ne comprend pas. Pourquoi laisser toutes ces personnes à l’extérieur, debout, pendant des heures? N’avions-nous pas compris que ce centre installé au Palais du Heysel allait éviter ces désagréments? On montre patte blanche à la sécurité, on gare la voiture, on perçoit aux chauffeurs et aux gardes du corps présents qu’il y a du beau monde. Dans la salle réservée à la conférence de presse, d’une surface suffisante pour accueillir la foule qu’on vient d’apercevoir dehors, les hauts responsables administratifs et politiques en lien avec l’accueil belge des réfugiés ukrainiens. Le Secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration Sammy Mahdi, la Ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden, Margaritis Schinas, le Commissaire européen aux Migrations, Philippe Close le Bourgmestre de Bruxelles, le D.G. de l’Office des Étrangers et celui de Fedasil… Chacun y va de son discours. C’est entendu, Bruxelles, la Belgique et l’Union Européenne sont formidablement solidaires.

On passe ensuite à la visite des lieux. Quarante-deux guichets permettent d’enregistrer les réfugiés, en grande majorité des familles sans père. Cet enregistrement activera la protection provisoire qui permettra dans un second temps à la commune dans laquelle résidera le ou la réfugiée de lui délivrer un document entraînant permis de travail, soins de santé et si besoin, aides sociales.

Après ces guichets, les réfugiés ont la possibilité de demander un hébergement. Des employés de Fedasil devant des bases de données cherchent à trouver la solution la plus proche des souhaits exprimés. Hébergement public, collectif ou individuel ou hébergement au sein de foyers belges volontaires. Ceux qui se sont inscrits via les communes. Apparemment seulement un tiers des réfugiés ukrainiens ont recours à la demande d’hébergement. Deux tiers se logent auprès d’amis ou de membres de leur famille déjà présents sur notre sol. Enregistrement, fourniture éventuel d’un hébergement… la Croix Rouge complète le dispositif pour prendre en charge d’éventuels problèmes médicaux.

réfugiés ukrainiens

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Où vont-ils dormir ce soir?

Durant la visite organisée par le Secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, les questions ont fusé. Deux d’entre elles étaient particulièrement embarrassante. Pas tant les questions que les réponses, d’ailleurs. La première. " Pourquoi laisser les personnes attendre dehors alors qu’il y a tant de place à l’intérieur ? ". Les responsables sur place – Office des Etrangers, Fedasil, Bruxelles Expo, Croix Rouge – ont esquivé arguant qu’on répondrait " plus tard ". En réalité personne n’a pu avancer une bonne raison. La seconde question était encore plus gênante. " Qu’est-ce qui est prévu pour les gens qui attendent dehors et qui ne pourront pas être enregistrées aujourd’hui ? ". Il faut demander à l’Office des Étrangers. Il faut demander à Fedasil. Il faut demander à Bruxelles Expo. Il faut demander à la Croix Rouge. " Ils reviendront demain ", lance une responsable de l’Office des Étrangers. Mais où vont-ils loger, ce soir ? L’expression ébahie de la responsable ne laisse aucun doute sur la soudaine apparition dans son esprit d’une nouvelle donnée au problème…

Allons tenter d’estimer le nombre de personnes qui risquent dans quelques heures de loger à la belle étoile au Heysel. " C’est difficile à dire, puisqu’il en arrive tout le temps ", commente un responsable à l’entrée. Un policier rapporte qu’il y a failli avoir des blessés : aucune entrée avec un goulot n’est organisée. Une grille mobile de chantier fait office de barrière. Du coup, dès qu’elle s’ouvre, la foule se précipite et se tasse déclenchant des bousculades. " Mais je dirais 5 ou 600. On en a déjà enregistrés 900 aujourd’hui. L’objectif officiel est de 2000. Mais on en fera pas plus de 1200. Oui… heureusement, il fait beau ", soupire l’homme. La barrière s’ouvre. Quelques dizaines de personnes entrent. Une famille se précipite vers le muret sur lequel on est assis. Une femme âgée doit reprendre ses esprits. Des secouristes de la Croix Rouge interviennent. L’un deux dit : " Tensiomètre !". L’âge, la guerre, une très longue attente ne font pas bon ménage.

Mardi, minuit dix, Palais 8. Tout est calme. Personne ne dort dehors. Des rotations de bus ont sans doute été organisées par Fedasil vers des hébergements d’urgence pour certains d’entre ceux qui n’ont pas pu être enregistrés. Mais, la plupart ont été pris en charge par des membres de la communauté ukrainienne de Belgique. Les files se reformeront dans quelques heures. Mais, on annonce de la pluie…

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