Des ONG critiquent le gouvernement wallon sur les ventes d’armes

Ces ONG accusent la Wallonie de ne pas s'être assurée de la fiabilité du destinataire de ses armes, notamment vis-à-vis d'un pays.

Armes de la FN Herstal
Armes de la FN Herstal à Villepinte, en banlieue nord-est de Paris, le 21 novembre 2017 @BelgaImage

Le rapport Armes que le gouvernement wallon doit rendre chaque année au parlement régional a été publié mardi par le ministre-président Elio Di Rupo pour l’année 2020. Plusieurs associations ont immédiatement dénoncé un "contournement" du décret wallon "en vue de transférer des armes à l’Arabie saoudite".

"La Wallonie ne respecte pas ses obligations"

"L’un des éléments qui saute aux yeux dans ce rapport est le montant gigantesque – 1,8 milliard d’euros – des exportations à destination du Canada; il s’agit en réalité de pièces de chars et de blindés qui vont ensuite se retrouver en Arabie saoudite. De fait, une fois encore, la Wallonie ne respecte pas ses obligations et son propre décret, et alimente en armes un pays qui se rend coupable de graves violations des droits humains et de crimes de guerre", ont affirmé dans un communiqué Amnesty International (AI), la Coordination nationale d’Action pour la Paix et la Démocratie (CNAPD), la Ligue des Droits humains (LDH) et Vredesactie.

Ces ONG jugent en outre que l’obligation pour la Région wallonne de s’assurer de la fiabilité du destinataire final n’a pas été respectée. Elles citent les montants correspondant aux exportations d’armes vers le Mexique, qui ont presque triplé par rapport à 2019 et ce, malgré les révélations d’une enquête journalistique concernant la présence d’armes wallonnes aux mains des cartels mexicains.

"Il est par ailleurs très inquiétant de constater que plusieurs pays où sont commises de graves violations des droits humains bénéficient des transferts d’armes wallonnes, à l’instar de l’Égypte, qui a été le premier client en Afrique de la Wallonie en matière d’armements en 2020 (14 millions d’euros). Mentionnons également la Thaïlande (27,5 millions), où les autorités ont notamment réprimé de façon violente et dangereuse des manifestations et l’Indonésie (90,5 millions), où le ministre de la défense est accusé d’implication dans des atteintes aux droits humains, notamment les enlèvements de militants en faveur de la démocratie", ajoutent les organisations. Ces dernières dénoncent aussi le temps qu’a mis le gouvernement à rendre son rapport au parlement, signe à leurs yeux d’une opacité entretenue par le gouvernement.

Devant le parlement wallon, M. Di Rupo a toujours assuré que le gouvernement veillait à ce que le matériel militaire ne puisse être utilisé dans la guerre au Yémen. La Wallonie n’octroie plus de licence ni à la force aérienne saoudienne ni au ministère de la Défense saoudien; les licences octroyées sont destinées uniquement à la garde royale et à la garde nationale, qui ont pour mission principale la protection du territoire et des infrastructures du pays, selon lui. Toutefois, en mars dernier encore, le Conseil d’État suspendait quatre licences d’exportation d’armes délivrées par la Région wallonne à destination de la garde nationale saoudienne.

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