Jean-Pascal van Ypersele dénonce des abus sexuels impunis à l’UCLouvain

Le professeur van Ypersele évoque des agressions sexuelles non sanctionnées par l'UCLouvain et des méthodes d'intimidation vis-à-vis des victimes.

Jean-Pascal van Ypersele à Bruxelles
Jean-Pascal van Ypersele lors d’une manifestation de défense du climat à Bruxelles le 11 octobre 2020 @BelgaImage

Ce lundi 14 février, le climatologue Jean-Pascal van Ypersele, professeur à l’UCLouvain, a accusé son université de fermer les yeux sur de nombreux incidents sexistes concernant des membres du personnel. C’est ce qu’il révèle à De Morgen et à la RTBF sur base de témoignages qu’il dit avoir récoltés. "On ne parle pas ici de simples propos grossiers. C’est bien plus lourd, ce sont des gestes, des formes d’agressions sexuelles", explique-t-il à la télévision publique, en précisant avoir recensé une douzaine de cas du genre dans 6-7 facultés différentes.

"Très souvent, des hommes occupant des postes à responsabilité"

Pour appuyer son propos, le professeur assure que "les témoignages sont fondés" et qu’il "ne s’agit pas de rumeurs et de ragots". Sans citer de noms, il évoque entre autres des coups, des embrassades forcées, des avances sexuelles, des mains aux fesses, des blagues sur les vêtements de collègues et d’étudiantes, etc. Au moins une affaire ferait l’objet d’une instruction judiciaire. Il évoque également une possible tentative de viol mais précise ne pas avoir de témoignage direct et ne pas vouloir le confirmer.

Jean-Pascal van Ypersele confie ne pas avoir voulu mener une enquête "mais cela s’est fait de fil en aiguille, de confidence en confidence". Un autre élément l’a également incité à réaliser ce travail: le manque de réaction de la part des autorités universitaires. "Dans trois cas au moins parmi les témoignages que j’ai reçus, les autorités académiques ont fait taire les victimes", dit-il à la RTBF. "Il faut dire que, très souvent, il s’agit d’hommes occupant des postes à responsabilité. Par exemple, quelqu’un en position d’autorité a agressé physiquement une femme. Elle a porté plainte, mais il ne s’est rien passé. Pire, plusieurs femmes ont été informées qu’elles auraient des problèmes si elles portaient plainte". Le professeur ajoute que dans un cas, un homme "qui a forcé une femme à l’embrasser est devenu doyen par la suite".

Les méthodes d’intimidation sont variées: refuser un accès aux laboratoires aux victimes, confisquer leur matériel de travail, saboter les chances d’obtenir des fonds ou encore mettre en péril les études ou la carrière de la personne visée, voire de ses proches entre autres parce que l’agresseur pourrait profiter de son poste pour mettre en péril les études ou la carrière de la victime ou de membres de sa famille.

Van Ypersele vs l’UCLouvain

En prenant la parole dans les médias, Jean-Pascal van Ypersele, âgé de 64 ans et en fin de carrière, dit s’attendre à une contre-attaque de l’UCLouvain, imaginant même le contenu du communiqué de réponse. "Ils parleront de surprise, de désapprobation, d’actes contraires à leurs valeurs, d’enquête interne et de prise de mesures pour éviter que cela se reproduise. Mais c’est de la mauvaise foi, ils étaient au courant, ils ont laissé faire, même s’ils prétendent parfois aujourd’hui ne pas trouver de trace de ces abus".

Ce qu’il demande, c’est que cette omertà cesse. "Je ne me pardonnerais pas si je gardais le silence. Je ne veux pas être de ceux qui détournent le regard du mouvement #MeToo à l’université parce que c’est plus confortable", dit-il à De Morgen.

Interrogée par la RTBF, la conseillère du recteur Tania van Hemelryck affirme que l’université est au courant de faits "en cours d’instruction" et regrette ne pas avoir "été à la hauteur de la souffrance des victimes". Cela dit, l’UCLouvain conteste "qu’il y ait une forme d’impunité pour les auteurs" et assure avoir donné des sanctions. "Il n’est pas question d’étouffer des affaires", soutient la conseillère.

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