Tac au tac avec un Gille de Binche

À 39 ans, Robin Pletsier est encore privé de sortie suite à l’annulation du carnaval de Binche. Il raconte sa passion.

Gilles de Binche à un carnaval
@ D.R.

L’annulation pour la deuxième année consécutive du carnaval de Binche, ça vous rend un peu triste, très triste, tragiquement triste?
Un peu triste. On s’y attendait…  Ce ne serait pas juste de faire la fête à Binche quand les discothèques sont fermées depuis deux ans…  Mais ça fait mal au cul quand même! Mais ça fait du bien au portefeuille par contre…

Ça va chercher dans les combien un carnaval pour vous? 
Il faut compter un budget de minimum 1.000 euros. Entre le costume du dimanche qu’on paie cher et qu’on ne porte qu’une fois, la location du costume du mardi, le chapeau, les tambours à payer, les bières, les bouteilles de champagne qu’on offre aux invités à la maison… Ça coûte un pont.

Un carnaval qu’on annule, c’est toujours un peu de la joie d’une région qui s’en va…
Oui, mais c’est aussi un méchant manque à gagner qui s’envole. Il y a beaucoup de commerces qui tournent avec le carnaval. Nous, c’est notre passion, mais pour beaucoup de gens, c’est leur gagne-pain…

C’est une hérésie totale de déplacer le carnaval de Binche en avril ou en mai?
Oui, ça n’a pas de sens.  Le carnaval fête la fin de l’hiver et appelle le printemps… Ça ne fera pas sens si on fait ça à un autre moment…

J’ose à peine imaginer l’ambiance de folie l’année prochaine. Vous allez faire trois carnavals en un?
Oui, je pense qu’on fera septante-deux heures sans dormir.

Quand est on Gilles, on est tous un peu frères?
Exactement. C’est une famille… Mes copains Gilles, c’est pas spécialement les copains que je vois toute l’année.

Les Gilles s’entendent tous bien?
Oh, non! Par contre – et c’est une des bases du folklore du carnaval – dès qu’on porte le costume et le masque de Gille, il n’y a plus de classes sociales.

Est-ce qu’il y a beaucoup de notables dans les rangs?
Pas du tout.  Il n’y a pas de classe plus présente qu’une autre. Il y a de tout. Il y a des cadres, il y a des ouvriers – et c’est ça qui est beau dans le folklore de Binche.

Être Gille de Binche, c’est sentir qu’on est un morceau du patrimoine de l’humanité recensé par l’Unesco?
Je ne sais pas.  En tout cas, moi, le fait d’être reconnu par l’Unesco, ça n’a pas changé ma façon de faire le Gille (il le fait depuis qu’il a 5 ans – NDLR). Être Gille, c’est être un morceau du patrimoine de notre ville et de notre région.

Quelle est la chose la plus contraignante dans le rôle du Gille?
Le costume.  La ceinture de clochettes autour de la taille qui pèse une tonne, les sabots, le chapeau… Ce qui est contraignant aussi, c’est le fait de ne pas pouvoir s’asseoir ou fumer en public, les Gille ne peuvent pas faire ça.

Si vous pouviez changer une chose dans les codes de votre carnaval, vous changeriez quoi? 
J’aurais plutôt envie de revenir en arrière et faire que le carnaval, comme avant, passe partout dans la ville, jusqu’aux petites rues pour aller visiter des gens ou des personnes âgées qui, parfois, sont toutes seules toute l’année. Il y a des gens qui, au carnaval, ne voient que deux Gilles sur toute la journée…

Est-ce qu’il y aura, un jour, des femmes Gilles à Binche?
Non. Le folklore est une chose qui n’évolue pas – et c’est peut-être ce qu’on demande au folklore. Les Binchoises sont très fières d’être femmes de Gille, sans sa femme, un Gille ne peut pas faire le Gille.

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