Codeco du 11 février: l’horeca, le patronat et le monde de la nuit soulagés

Conférence de presse du Codeco
Conférence de presse du Codeco du 11 février 2022 à Bruxelles, avec l’adoption du code orange @BelgaImage

À partir du 18 février, le télétravail ne sera plus obligatoire quatre jours sur cinq comme actuellement, mais sera uniquement recommandé, a annoncé vendredi le Premier ministre Alexander De Croo après le Comité de concertation. Le patronat s’en réjouit, évoquant "une réelle bouffée d’air" pour les entreprises.

Le secteur horeca poussait de son côté un véritable "ouf" de soulagement vendredi suite à la décision de basculer au code orange du baromètre corona à partir du vendredi 18 février. Cela signifie la réouverture du secteur sans limite horaire et la fin de la limitation du nombre de personnes par table (actuellement 6), et du port du masque obligatoire pour la clientèle. Seul le personnel a encore l’obligation de porter un masque. Le Covid Safe Ticket sera, en revanche, lui toujours nécessaire pour pouvoir accéder aux restaurants et bars.

La discothèque Fuse avait pour sa part décidé, avec de nombreuses autres boîtes de nuit belges, d’ouvrir quand même le vendredi 18 février, mais maintenant elle le fait en toute légalité. Maintenant, il est important de ne pas fermer et de rattraper les mois difficiles, dit-il.

Enfin, la décision de ne plus imposer le masque aux élèves jusque 12 ans représente une nouvelle réjouissante pour le Délégué général aux droits de l’enfant Bernard De Vos. Cette mesure semble toutefois prématurée, selon le groupe Parents et enseignants solidaires.

Horeca: des allègements pour colmater la plaie

"Cette réouverture sans limite horaire était plus qu’importante pour le secteur", souligne ainsi Fabian Hermans, le président de la fédération Horeca Bruxelles. "La fermeture obligatoire à minuit représentait un important manque à gagner pour les restaurants et bars", explique-t-il. Dorénavant, deux services seront à nouveau possibles en soirée, les bars pourront plus largement rouvrir et cela permettra de remplir la trésorerie. "Tout le secteur est dans une situation assez catastrophique à ce point de vue", alerte ce responsable.

"Il était grand temps", réagit, pour sa part, Erik Beunckens, directeur délégué de la Fédération des cafés de Belgique (FedCaf). "Notre secteur est vraiment dans une situation très précaire", s’inquiète-t-il. "Tout cela a pris beaucoup trop de temps. Le soutien aux cafés a disparu beaucoup trop rapidement, laissant beaucoup d’entre nous dans de réelles difficultés. Nous ne connaissons pas encore le bilan définitif mais, après une enquête auprès de nos membres, je crains que sur les 13.000 établissements actuels, moins de 10.000 subsisteront à la fin de 2022".

La fédération Horeca Bruxelles appelle dès lors à la mise en place de mesures de soutien pour le secteur par le gouvernement bruxellois, alors que des décisions en ce sens ont déjà été prises en Flandre et en Wallonie. "À Bruxelles, c’est toujours le flou complet", déplore Fabian Hermans, parlant de situation "catastrophique", avec des établissements dans l’hypercentre de la capitale perdant entre 40 et 60% de chiffre d’affaires. Le secteur a par ailleurs un besoin criant de personnel, "à tous les niveaux: bars, boîtes de nuit, restaurants et restaurants d’entreprise", a encore souligné le président de la fédération Horeca Bruxelles.

Un personne qui devra continuer à porter le masque alors que cela ne sera plus imposé à la clientèle. "Encore une incohérence", regrette Fabian Hermans, qui espère que cette obligation tombera très rapidement. "C’est vraiment très étrange", abonde la Fédération des cafés de Belgique. "C’est incroyablement fatigant et ennuyeux. Les clients peuvent laisser leur masque buccal sans le porter, ils ne doivent le porter que lorsqu’ils se déplacent, mais pour nous, c’est une journée entière de travail. Nous demandons que cela soit également modifié", insiste Erik Beunckens.

De son côté, le Syndicat neutre pour indépendants (SNI) se félicite de ces assouplissements, estimant qu’il "était urgent d’abolir également l’heure de fermeture et les limitations du nombre de convives par table dans l’horeca". "La vie nocturne est autorisée à bourdonner à nouveau, l’heure de fermeture est abandonnée, plus de masques pour les clients, consommation debout, autant de personnes que l’on veut à table dans un restaurant ou lors d’une fête…. Nous sommes sur la voie de l’ancienne normalité. Aujourd’hui, l’orange apporte à nouveau avec lui des nuits pétillantes", se réjouit enfin Horeca Vlaanderen, la fédération flamande de l’horeca, qui espère un passage rapide du baromètre corona au jaune. Cela signifierait la fin du port du masque pour le personnel et du recours au CST pour pouvoir accéder aux bars, cafés et restaurants.

Le Fuse ravi

"C’est le scénario que nous espérions", a déclaré pour sa part Steven Van Belle, directeur créatif de la discothèque Fuse. "Il y a eu de nombreuses consultations avec le gouvernement sur ce qui est réalisable, sur nos souhaits et nos exigences. Il y a eu des discussions constructives", explique-t-il alors que le monde de la nuit va pouvoir rouvrir. Les premiers pas vers le royaume de la liberté semblent avoir été faits. Bien qu’ils aient appris à être prudemment positifs. "C’est un pas dans la bonne direction. Nous attendons toujours le détail concernant la purification de l’air et l’éventuelle limitation de la capacité, bien que j’aie entendu dire de 90% de capacité. Nous espérons passer bientôt au code jaune et pouvoir lever les autres mesures telles que le CST", déclare Van Belle.

Le secteur de l’événementiel, le secteur culturel et les boîtes de nuit font partie des secteurs les plus touchés en Belgique. La dernière période de fermeture a fait mal, explique Van Belle. Mais maintenant, ils ne veulent plus jamais fermer. "Nous avons, bien sûr, fait des sacrifices à la fois financièrement et en termes de motivation. Là où, dans la première longue période de fermeture, nous avions la motivation de faire des projets créatifs pour payer la facture, c’était moins le cas maintenant. […] Je pense que beaucoup de clubs ont dû choisir quelles factures ils pouvaient encore payer. Il est maintenant urgent de rester ouvert", conclut Van Belle. Le week-end d’ouverture du Fuse semble déjà être un succès, car 70% des billets proposés ont déjà été vendus.

Fin du télétravail obligatoire: "la seule décision logique"

La Fédération des entreprises de Belgique se dit satisfaite des assouplissements annoncés, outre la fin du télétravail obligatoire, le Codeco a autorisé la reprise des événements de team-building. "La fin du télétravail obligatoire permettra de réinstaurer une dynamique d’équipe. Toutefois, la bataille contre le coronavirus n’est pas encore finie. C’est pourquoi la FEB appelle aussi à continuer à miser sur la vaccination, la distanciation sociale et le respect des mesures sanitaires", commente Pieter Timmermans, CEO de la FEB.

L’Union wallonne des Entreprises (UWE) embraie et estime que la suppression de l’obligation du télétravail "permettra de renouer le lien avec l’entreprise, mais aussi de recréer du lien social avec les collègues, ce qui était une attente forte avancée par de nombreux collaborateurs pour leur équilibre personnel et leur santé mentale". "C’est aussi un soulagement pour de nombreux collaborateurs, qui souffraient de cette barrière physique devenue injustifiée, contreproductive et démoralisante", estime Olivier de Wasseige, administrateur délégue de l’UWE.

"Les collaborateurs pourront désormais se revoir et tirer de l’énergie d’une interaction réelle avec les autres", se réjouit le CEO de la fédération technologique Agoria, Bart Steukers. "Nous constatons également un besoin de retour au travail pour certains employés qui ont moins de contacts sociaux. Une présence régulière sur le lieu de travail est propice à un environnement de travail créatif et innovant et est nécessaire pour rester compétitif".

Pour l’organisation patronale flamand Voka, la fin de l’obligation du télétravail était "la seule décision logique" à prendre au vu de l’évolution de la pandémie. Unizo salue de son côté "une étape importante vers plus de normalité" mais déplore le maintien temporaire de l’obligation de porter le masque dans les magasins, une décision "illogique" alors qu’il n’est plus obligatoire dans les discothèques, selon elle. Unizo plaide désormais pour un passage rapide au code jaune afin de pouvoir se passer du CST et de reléguer les masques à la poubelle. Le syndicat neutre pour indépendants (SNI) se réjouit de son côté de l’impact que la fin du télétravail obligatoire pourra avoir sur la fréquentation de l’horeca et des commerces.

Sentiment mitigé dans l’enseignement

Il était question d’attendre le congé de détente (Carnaval) pour lever l’obligation de porter le maque pour les enfants de moins de 12 ans. Le Codeco a finalement avancé la date de quinze jours. Les enfants de moins de 12 ans ne devront plus porter le masque ni à l’école ni dans les magasins ni dans les transports publics ou ailleurs dès le 19 février. "C’est décevant car ces quinze jours, qui ne représentent que 4 jours et demi d’école, vont laisser contaminer de nombreuses familles alors qu’on aurait pu attendre d’être plus bas dans les courbes pour le faire", a estimé Françoise Heine, porte-parole du groupe Parents et enseignants solidaires face à la crise covid-19.

Il s’agit en revanche d’une très bonne nouvelle, selon le Délégué général aux droits de l’enfant Bernard De Vos. "On sait qu’à l’école, le masque a freiné l’apprentissage de certains enfants et apporté des difficultés dans la relation entre les enfants et avec l’instituteur ou l’institutrice. Sans oublier les enfants qui rencontraient des problèmes physiques", a-t-il indiqué. M. De Vos se réjouit aussi que le masque ne soit plus obligatoire dans les activités de loisirs, qui participent à l’éducation des enfants. "Quand on sait que certains adultes ont du mal à garder un masque pendant deux heures au cinéma, on comprend que cela soit été compliqué pour des enfants qui, à d’autres moments délicats de la crise, n’avaient jamais dû le porter au contraire des adolescents", a-t-il conclu.

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