Les conditions (strictes) pour adopter un animal

Visite à domicile, marque de croquettes imposée, installation de filet de sécurité… Les refuges pour animaux imposent parfois des conditions très strictes aux futurs adoptants. En ont-ils le droit? Décodage.

chien à adopter dans un refuge
© BelgaImage

À presque 30 ans, Antoine (prénom d’emprunt) ne pensait pas qu’adopter un chat pouvait s’avérer aussi complexe. Début novembre, le Bruxellois a mis ses recherches entre parenthèses après avoir pris ­connaissance de certaines conditions imposées par des refuges. “Une association m’a expliqué qu’une visite préalable au domicile était nécessaire pour vérifier que tout était sécurisé. Sur mes fenêtres oscillo-battantes, je devais installer des grilles de protection.” Une consigne que le jeune homme juge compréhensible, mais qui s’ajoute à une liste contraignante: obligation de donner une nourriture de telle marque, de prévenir en cas de changement d’adresse, possibilité par le refuge de venir faire des visites après l’adoption… “En bas du contrat, il était indiqué que si l’une des conditions n’était pas remplie, le refuge se réservait le droit de récupérer le chat. Ça m’a refroidi.”

Président de l’association Croix Bleue de Belgique, œuvrant pour la protection des animaux, Guy Adant hoche la tête. “Des refuges disposent de services d’inspection, je pense que ça peut être une très bonne chose.” Légalement, les refuges ont la responsabilité des animaux qu’ils replacent: ils sont tenus de ­conseiller et de sensibiliser les futurs adoptants au bien-être animal et de s’assurer que l’adoption soit appropriée. Libre à chaque structure ensuite d’imposer ses propres règles. “À certains, on refuse l’adoption. Cela arrive si on estime que l’individu ne va pas savoir gérer l’animal. L’objectif, c’est de faire un bon mariage.” Stéphanie Challe, présidente de l’association bruxelloise Every Cat, reconnaît que leurs conditions “sont assez strictes”. “Quand on demande de sécuriser une terrasse par exemple, certains trouvent ça excessif et ne donnent plus suite.” Échaudés par les histoires de chats tombés de ­balcons ou morts coincés dans des ouvertures de fenêtres, les refuges ont resserré la vis sur la sécurisation des intérieurs ces dernières années. Quitte à décourager de potentiels adoptants. “Ce n’est pas parce qu’il y a plein de chats à sauver que nous devons les donner à n’importe qui!

chat dans un refuge

Des clauses dans les contrats d’adoption prévoient la possibilité de visiter l’animal chez l’adoptant… © BelgaImage

Un chat pas totalement à soi

Pour le ministre bruxellois du Bien-être animal, Bernard Clerfayt, ces vérifications sont saines et légitimes. Même les inspections à domicile. “Rien n’est prévu dans les textes sur le transfert de propriété lorsque l’animal est adopté, certains refuges consi­dèrent donc qu’il reste le leur. Dans d’autres cas, la propriété est cédée à l’adoptant de façon implicite.” En somme, chaque refuge gère comme il veut sur ce point. Dans les faits, la présidente d’Every Cat affirme que les visites au domicile réalisées après l’adoption sont très rares. “Les visites préalables, nous les faisons, mais pas celles qui suivent. Les personnes s’engagent à donner des nouvelles de l’animal. Si, par contre, elles ne le font pas le premier mois, nous envoyons un mail. Dans le cas où nous n’avons toujours pas de réponse de leur part après les avoir contactées par téléphone, alors nous nous déplaçons au domicile. Sur 3.000 adoptions, ça a dû arriver cinq fois.

À la Croix Bleue aussi, une clause dans les contrats d’adoption prévoit la possibilité de visiter l’animal chez l’adoptant. “Cela n’arrive pas, sauf dans le cas de chiens au comportement particulier: à ce moment-là, on s’assure que tout se passe bien et généralement les gens sont contents car ils nous racontent leur vécu et peuvent demander des conseils”, souligne Guy Adant. À l’extérieur du bâtiment forestois, des dizaines de chiens aboient au passage d’une famille venue visiter le refuge. “Parfois, certains veulent un chien mais on se rend compte qu’ils en ont peur.” La réalité des besoins de l’animal, des réactions qu’il peut avoir et des gestes nécessaires à son bien-être est trop souvent ignorée, regrette le président de l’organisation. “En matière animale, tout le monde croit tout connaître, c’est un problème.” ­Bernard Clerfayt acquiesce: “Les gens ne font parfois pas assez d’efforts pour se renseigner. C’est un vrai enjeu de sensibilisation”.

Truc de wouf

Si les refuges se montrent stricts en termes de ­conditions d’adoption pour espérer limiter le ­nombre de mauvaises surprises, chez les éleveurs tout se déroule généralement beaucoup plus rapidement. L’idée d’un permis, pour mettre un cadre législatif global à la détention animale, est sur la table du gouvernement bruxellois. Le concept existe déjà en Wallonie depuis 2018: chaque citoyen a de facto le droit de détenir un animal, qui peut cependant lui être retiré en cas d’infraction au code du bien-être animal. Paradoxalement pourtant, les refuges n’ont pas les moyens aujourd’hui de savoir si les futurs adoptants détiennent toujours ce permis ou non. “En l’état, ce permis est positif mais il ne sert à rien”, confirme Franck Goffaux, directeur de la SPA de Charleroi. Pour Bernard Clerfayt, il faut s’inspirer du modèle wallon, en allant plus loin. “Il est sûrement excessif de demander à tout le monde de passer un permis, mais le donner à tout le monde est, au contraire, vide de sens.”

Tout le problème, reconnaît Guy Adant, à l’image des conditions d’adoption imposées par les refuges, c’est de trouver la limite entre “ce qui est juste et ce qui est excessif”. L’enjeu d’un éventuel permis, qui pourrait permettre d’unifier les contrats d’adoption dans les refuges, est donc surtout de trouver sur quels critères et quelles compétences le baser. “Imaginez un papy ou une mamie à qui on refuse le permis de détenir un chien parce qu’il ou elle n’est plus capable d’aller se ­promener autant qu’avant… Il ne faut pas faire de l’animal un objet de vitrine, qu’on ne pourra plus détenir car plus personne ne sera reconnu apte.” Et le président de la Croix Bleue de lancer une idée: “On pourrait, par exemple, dans le cadre du ­permis, imposer des cours d’éducation canine aux propriétaires de chiens”. Pour les chats, par contre, il faudra trouver autre chose…

Sur le même sujet
Plus d'actualité