La bodycam, un outil qui peine à se généraliser dans les zones de police

Les caméras corporelles portées par les policiers sont autorisées par le parlement fédéral depuis 2018.

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La police d’Ostende a lancé une enquête interne à la suite de l’interpellation " musclée " d’une jeune fille de 14 ans, vendredi soir. Un agent aurait giflé l’adolescente lors de l’intervention. Circulant sur les réseaux sociaux, une vidéo filmée par un passant montre la jeune fille plaquée au sol par deux agents, en train de résister à l’interpellation. À un certain moment, elle aurait, semble-t-il, craché ou fait mine de cracher sur l’un des policiers.

Nous pouvons dire que les images qui circulent sur les médias sociaux ne reflètent pas l’entièreté de la situation, ni le véritable contexte ", a déclaré le chef de la police Philip Caestecker, expliquant que l’intervention aurait en réalité commencé deux heures avant la captation des images. " Les images ont été soumises à l’attention de la direction de la police et une enquête interne a été lancée pour étudier l’incident sous tous les angles. La bodycam des policiers pourra servir à reconstituer la scène, en toute neutralité ".

Comprendre comment une intervention a pu déraper (ou empêcher qu’elle ne dérape), retracer le contexte d’un échange litigieux… Les bodycams sont présentées comme un moyen d’apaiser les relations entre la police et la population. En 2018, le parlement fédéral a donné son accord pour leur déploiement, sans pour autant en détailler l’usage. Ostende, Anvers, Nivelles, Liège ou Mouscron… En Belgique, l’usage de ces petites caméras, accrochées au torse des policiers et filmant leurs interactions avec le public, s’étend petit à petit.

" Eclairage neutre "

Mais selon la DH, le Covid et un certain flou juridique entourant le dispositif freinerait sa généralisation. À Bruxelles, les 6 zones de police vont entamer des phases tests ou recourent de manière permanente aux bodycams. Au sein de la zone Marlow (Uccle, Auderghem, Watermael-Boitsfort), celles-ci sont opérationnelles depuis plus d’un an. Selon la DH, 150 membres du cadre opérationnel ont suivi une formation bodycam et sont habilités à en porter une.

Les policiers comprennent bien qu’il est dans leur intérêt de documenter leurs interventions, expliquait au quotidien Laurent Masset, porte-parole de la zone Marlow. L’utilité de ces bodycams a récemment été démontrée. Un individu ivre s’est introduit sur un chantier et a mordu un policier. L’image de la caméra permet donc de donner un éclairage neutre d’une intervention ".

Ailleurs, l’implémentation met plus de temps. Du côté de la zone Bruxelles Nord (Schaerbeek, Saint-Josse, Evere), l’achat des bodycams est seulement passé en fin d’année au conseil de police. "Nous sommes dans une phase de configuration technique des ordinateurs et du système, justifiait la porte-parole, Audrey Dereymaeker. Nous sommes dépendants de notre fournisseur et la période Covid n’est pas idéale mais nous espérons qu’une septantaine de policiers puisse être munie de bodycams au printemps ".

Avertissement verbal avant d’enregistrer

En l’absence d’une circulaire ministérielle balisant leur usage, les zones de police ont édicté des directives sur base de leur expérience. Comme à Namur, première zone de police wallonne à avoir reçu des bodycams, expliquait en avril dernier Le Soir. Pour rédiger un PV, ou sur demande du pouvoir judiciaire (suite à l’ouverture d’une enquête), les images peuvent être utilisées pendant un mois. " Un enregistrement sera automatiquement supprimé après 30 jours s’il n’est pas considéré comme pertinent dans le cadre d’une enquête en cours ou comme preuve ", précise également la zone Marlow.

Un fonctionnaire de police doit toujours donner un avertissement verbal avant de commencer un enregistrement. Une lumière rouge LED donne en outre une indication visuelle lorsque la bodycam est allumée. Les bodycams sont utilisables sans qu’il faille au préalable solliciter l’autorisation des individus filmés. En l’état, c’est le policier qui décide du moment où il enclenche sa bodycam.

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