"Pour l’économie, Omicron est un game changer"

Ce qui tue l’économie, ce ne sont pas les mesures mais le virus, martèle l’économiste du Gems Mathias Dewatripont. Mais avec Omicron, on est face à un nouveau cas de figure. Voici de quoi devra tenir compte le Codeco de ce vendredi 21 janvier.

Mathias Dewatripont
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Mathias Dewatripont, économiste à l’ULB et expert au sein du Gems qui conseille le gouvernement, décrypte la logique économique de la gestion de la crise sanitaire alors que l’explosion de l’absentéisme pour cause de maladie provoquée par le variant omicron menace l’activité économique. Un tout nouveau cas de figure que le Codeco devra résoudre avec une créativité renouvelée. Les recettes d’hier ne peuvent plus être celles d’aujourd’hui pour maintenir le couvercle sur la casserole à pression qu’est la pandémie.

Est-ce que le facteur économique n’est pas en train de prendre le dessus pour la première fois dans la gestion de la crise sanitaire ?
Mathias Dewatripont – Non. Depuis le mois de mai 2020, les économistes ont documenté le fait qu’il n’y a pas un choix à faire entre l’économie et la santé. Ce qui tue l’économie, ce ne sont pas les mesures mais le virus. Il faut voir les mesures comme un investissement pour que l’économie reparte. Au niveau micro-économique, mon restaurant qui peut rester ouvert, c’est bon pour moi. Au niveau macro-économique, si vous avez un méchant virus partout, l’économie s’écroule. Et puis, on peut maintenir ouvert, comme les hôtels mais ils sont remplis à 40% comme à Bruxelles parce que les gens ont peur de venir. C’est ce qu’on appelle en économie le dilemme du prisonnier. En préservant la liberté individuelle, on peut se retrouver mal mis au niveau collectif. Il vaut donc mieux fermer des secteurs et indemniser les perdants économiques que de laisser tout ouvert au nom de l’économie. Globalement, on a donc plutôt bien fait les choses. En plus, la Belgique n’est pas un pays qui ferme beaucoup de choses. C’est très clair en comparaison avec les Pays-Bas depuis quelques semaines. Les gens viennent massivement faire leurs courses à Anvers. On a une approche modérée. On a maintenu les écoles ouvertes beaucoup plus que d’autres pays.

Mais aujourd’hui, le contexte a changé avec Omicron.
Il est compliqué, en effet. Omicron est un game changer. Il semble impossible à contrôler. On n’est plus dans la période de mars 2020 où tout le monde avait peur de mourir du virus et donc on était prêts à se terrer complètement. Les gens aujourd’hui en ont marre des mesures alors qu’omicron se répand comme une trainée de poudre. Aujourd’hui, la question n’est plus de fermer ou pas mais que faire pour éviter que tout le monde ne soit malade en même temps. C’est un nouveau problème.

C’est très préoccupant pour l’économie. S’il y a trop de personnes malades, tout pourrait s’arrêter.
Voilà. La bonne nouvelle quand même, c’est que même si ça continue à monter, et c’est déjà incroyablement haut, c’est que ça pourrait redescendre assez vite, et qu’entretemps les gens qui l’auront attrapé seront immunisés pendant un certain temps. Ce virus arrive toujours à nous surprendre. La décision compliquée à prendre aujourd’hui concerne la durée de la quarantaine en sachant que ça reste un virus qui peut tuer, mais aussi faire peur. La loi de l’offre et de la demande joue en plein. Mais lors des vrais lockdown, les moments où on arrête vraiment tout, il n’y avait pas d’inflation. Aujourd’hui, il y en a alors qu’on n’est plus dans du lockdown. A présent, on peut se retrouver devant un problème à cause du nombre de personnes qui sont en quarantaine ou au fond de leur lit. Il faut se mettre à la place d’un chef d’entreprise qui doit organiser tout ça. Mais ce qu’on a appris en deux ans de crise sanitaire, c’est que ce n’est pas du tout la même chose qu’une crise financière qui est souvent très longue parce que c’est généralement lié à un surendettement. Donc les gens plutôt que de consommer remboursent leur dette. Ici c’est presque l’effet inverse. Les gens dès qu’ils peuvent recommencer à consommer le font. De ce point de vue-là, je ne suis pas trop inquiet pour la croissance en 2022.

Quelles mesures doivent être prises avec omicron sur le plan économique ?
La première question à se poser en ce moment où le testing ne peut plus suivre, c’est de savoir si on réduit la durée des quarantaines pour éviter par exemple que les écoles et les entreprises ne ferment. Ce n’est pas un changement de stratégie du gouvernement de se dire qu’il va laisser circuler le virus. Le virus est tellement partout qu’on est obligé de faire avec la situation. L’espoir c’est que le virus soit moins dangereux – et on constate qu’il descend moins dans les poumons, ce qui en même temps le rend plus contagieux. La question reste d’essayer de maîtriser le ‘budget de contacts’ au niveau de la société entière. Ce qu’on a décidé depuis le 4 mai 2020, c’est de ne plus toucher au secteur business to business, qu’on a réussi à rendre sûr, via des protocoles appropriés. Après, il y a les magasins et l’horeca. Dans les magasins, on peut mieux contrôler que dans les restaurants, évidemment. Fermer un secteur, c’est un investissement qu’on doit coupler à une compensation financière pour ‘calmer le jeu’. Mais ça ne s’applique pas aux écoles parce qu’on ne va pas donner de l’argent aux enfants pour compenser la formation qu’ils n’ont pas reçue.

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