Confessions de la reine Paola: pourquoi cette passion pour la royauté?

Le documentaire à venir sur la reine Paola fait déjà beaucoup de bruit. Symptôme des nombreux facteurs qui rendent la monarchie si populaire.

La reine Paola à Waterloo
La reine Paola le 24 juin 2021 à Waterloo @BelgaImage

Prochainement, la RTBF dévoilera un documentaire spécial entièrement consacré à la reine Paola, "Paola, côté jardin", où celle-ci se confiera comme rarement sur sa vie. Pour l’occasion, ce jeudi, Paris Match a dévoilé un gros dossier (pas moins de 12 pages!) sur le sujet. L’épouse d’Albert II y apparaît notamment comme une femme en quête de bonheur mais aussi malheureuse "pendant dix ans". "Je n’étais absolument pas heureuse du tout et je sentais que j’avais du désordre. Je ne savais pas où aller. Il y avait ce danger du divorce à ce moment-là […] J’étais très, très malheureuse et très triste. Et puis, il m’a dit : ‘Je t’ai toujours aimée’. Ça m’a fait plaisir", raconte-elle.

En résumé, une histoire d’amour avec ses hauts et ses bas qui fait couler beaucoup d’encre. La reine Paola a beau avoir transmis son flambeau à Mathilde, de toute évidence, elle garde une certaine aura. Son histoire, à l’instar des autres membres de la royauté, fascine toujours, voire de façon déconcertante. Et force est de constater que ce lien particulier des Belges avec la monarchie existe bel et bien.

Une royauté toujours appréciée

Preuve de cette popularité de la royauté: en 2016, un sondage Ipsos révélait que 69% des Belges faisaient confiance au roi Philippe. 39% aspiraient aussi à ce que les autres membres de la famille royale jouissent d’une plus grande place dans les activités de la monarchie. Parmi eux, 14% souhaiteraient que le roi Albert et la reine Paola soient plus présents sur la scène publique. C’est moins que d’autres membres de la famille royale (45% pour la princesse Astrid, 39% pour le prince Laurent, 29% pour la princesse Élisabeth) mais cela suffit manifestement à créer un certain enthousiasme autour de l’ancien couple royal.

Pour l’historien Olivier Defrance, spécialiste des monarchies européennes, la monarchie belge "fait toujours vendre". "Des livres, des documentaires télévisuels, auxquels s’ajoutent des revues ou des émissions qui leur sont entièrement dédiées, apparaissent régulièrement, en quantité, mais aussi de qualité variable. En Belgique francophone, on trouve des histoires savamment romancées, plus rarement des analyses critiques", écrit-il dans la Revue nouvelle.

Les rois et reines: des modèles qui rassurent

Comment se fait-il que la famille royale belge soit aussi appréciée alors qu’en 1950, la question royale l’avait fortement ébranlée en aboutissant à l’abdication de Léopold III? Pour le politologue Serge Govaert, une des raisons principales est que la royauté représente le lien qui unit tous les Belges attachés à leur pays, notamment face à l’indépendantisme flamand. "Les Flamands gagnés à la république seraient en premier lieu les adversaires de l’État belge, ce qui expliquerait du même coup pourquoi tant de francophones sont des monarchistes de raison: plutôt favorables à la préservation de la Belgique, la royauté leur apparaît comme un ciment et, aux plus à gauche, comme un mal nécessaire", a-t-il confié à la revue bimestrielle Politique.

En clair, soutenir la monarchie, c’est pour certains un peu soutenir la Belgique. Mais il y a aussi un aspect purement émotionnel dans cette fascination pour la royauté. "Les monarques sont des étendards, des symboles de la culture de masse", explique à la RTS Annik Dubied, sociologue des médias à l’Université de Genève. "Ils peuvent être des modèles pour la population, tout comme ils peuvent servir de repoussoirs. Ils vivent des vies qui ressemblent aux nôtres tout en étant l’objet de commentaires et de négociations sur ce qui est souhaitable, acceptable ou encore moral".

Signe de cette attrait pour la vie privée royale: quand des infos croustillantes paraissent à ce sujet, irrémédiablement, ça fait du bruit. Cela se voit ici avec Paola, où ses 10 ans de tristesse finissent en Une de Paris Match. Outre-Manche, les exemples ne manquent pas, comme avec le départ fracassant d’Harry et Meghan pour les USA. "On a l’impression de les connaitre, mais en fait, on découvre toujours des choses. […] C’est comme une bonne série" explique la journaliste Déborah Laurent à LN24.

Une communication bien ficelée

Évidemment, la famille royale britannique est beaucoup plus médiatisée que les autres, profitant de sa visibilité au sein du monde anglo-saxon. Pour autant, la monarchie belge sait se faire valoir et entretient aussi son mythe. C’est ce qu’explique l’historienne Anne Morelli dans la Revue Nouvelle en décrivant comment le Palais royal entretient sa popularité. "Les mises en scène de la famille royale, tout en gardant les images stéréotypées de la famille unie et de la continuité des générations, évoluent vers l’image d’une famille ‘comme les autres’, porteuse des valeurs mainstream actuelles. Le marketing nouveau du Palais attire régulièrement l’attention sur son produit par des ‘pop-ups’, évènements éphémères et surprenants", explique-t-elle.

Parmi ces "pop-ups", on peut y voir l’entretien exclusif de la reine Paola. Il y a d’ailleurs fort à parier que sa diffusion par la RTBF sera très suivie, à l’instar d’autres moments où les monarques se présentent sous un jour inhabituel. Pour Annik Dubied, ce n’est d’ailleurs pas un hasard si des événements privés royaux sont rendus publics, à l’instar des mariages, des naissances et des enterrements. "Cela permet à la population d’avoir un accès à une partie de la vie des monarques et en même temps, cela permet à ces derniers d’affirmer et de confirmer leur pouvoir", analyse la sociologue de façon détachée.

Pour le sociologue Walter Weyns enfin, si la royauté arrive à être si populaire, c’est parce qu’elle profite de son ancienneté qui lui donne un caractère particulier. "Anthropologiquement parlant, le roi — et par extension sa famille — est placé entre deux mondes", confie-t-il au magazine Gael. "Il fait partie de la société, tout en haut de l’échelle sociale, certes, mais en même temps, il est relié à un monde plus élevé auquel le commun des mortels comme nous n’a pas accès. Il est mi-homme, mi-dieu. […] Carl Jung était convaincu que l’archétype du roi sage, juste et bénéfique est profondément ancré dans notre inconscient collectif. Il n’en faut pas beaucoup pour déclencher chez nous de la déférence et de l’adoration. Un roi est spécial par définition, il est vénére".

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