Tensions au MR: Avec Bouchez, ça passe et ça casse

Le MR est décidément abonné aux psycho-drames. Georges-Louis Bouchez est-il en mauvaise posture au sein du parti libéral, depuis le départ de Jean-Luc Crucke et les attaques de Denis Ducarme? Rien n’est moins sûr. Décryptage.

Georges-Louis Bouchez du MR
Georges-Louis Bouchez. © BelgaImage

Depuis le départ de Jean-Luc Crucke, ça pétarade au sein du MR. Denis Ducarme organise le fracas en voulant réhabiliter les différentes sensibilités d’un parti qui deviendrait celui de conservateurs de moins en moins centristes. Le MR sous la coupe de Georges-Louis Bouchez deviendrait de plus en plus un parti unanimiste à la manière du parti socialiste, un comble. Depuis Bouchez, c’est libéral point barre sans qualificatifs du type libéral social, cher notamment à Christine Defraigne. Le jeune ténor version bariton si fier d’être libéral regarderait décidément trop la télévision française en lorgnant de très près les excès d’un Eric Zemmour. La polarisation est certes fort à la mode mais elle correspond difficilement aux coalitions multicolores – et " contre-nature " comme l’avait un jour déclaré de manière cinglante Laurette Onkelinx – de notre paysage belge.  Et puis, le style bling-bling de Bouchez, ça passe et ça casse. Beaucoup l’ont soutenu mais en sont revenus. C’est vrai. La crainte est surtout que Bouchez fasse le mauvais calcul par rapport à l’électorat en entretenant une guérilla permanente au sein des gouvernements plus profitable aux extrêmes qu’au MR.

Revirements piquants

Graves, tous ces remous? Plutôt mous du genou, en fait. La plupart des mandataires MR, même ceux qui sont agacés, haussent à peine un sourcil devant cette attaque de l’ex-candidat à la présidence. Le fils de Daniel Ducarme est tout de même l’homme qui jadis se présentait à la droite de Francken. Ca n’aide pas en termes de crédibilité. On peut comprendre qu’il subit ici un affront monstre en voyant Bouchez choisir dans son propre " jardin du Hainaut " un jeune loup pour remplacer Jean-Luc Crucke. Ducarme épaule certes un Jean-Luc Crucke qui pesait une popularité évidente mais il ne rassemble pas un nombre élevé de supporters autour de sa fronde. Il a mal joué en termes de timing, il a trop peu consulté, tout ça fera " pschttt ". Et puis, ce scénario est assez piquant quand on se souvient aussi que Crucke était le premier défenseur de Bouchez quand il s’est présenté à la présidence. Par la suite, il a changé sa ligne de conduite vers une sorte de libéralisme " environnementaliste " allant jusqu’à donner des interviews à la presse flamande en attaquant son jeune président qui tweete plus vite que son ombre.

Bouchez avec le remplaçant de Crucke

Georges-Louis Bouchez présente le nouveau ministre wallon du Budget Adrien Dolimont, le successeur de Crucke. © BelgaImage

Pas le premier hyper-président

Les libéraux enchainent en réalité depuis toujours des hyper présidents qui font grincer des dents. Didier Reynders comme Charles Michel ont été de puissants chefs d’orchestre bien incapables cependant de faire taire les conversations " off the record " des multiples musiciens d’un parti composé de fortes personnalités. Et le virage à droite toute ne revient pas à Georges-Louis Bouchez. Il avait été pris par Charles Michel quand il s’est allié avec la N-VA, permettant notamment le projet de visites domiciliaires. Georges-Louis Bouchez reste adoubé et largement protégé par le clan Michel. Et il le leur rend bien, choisissant lors du dernier meeting libéral de donner une tribune à Louis Michel plutôt qu’à Pierre-Yves Jeholet, pourtant chef de gouvernement en fonction.

En réalité, le véritable moment où il a été menacé est passé. Et ça n’a rien changé, que du contraire. C’était lors de la formation de la Vivaldi lorsque Mathieu Michel a raflé un portefeuille, provoquant de multiples déceptions et lorsque Valérie De Bue s’était vue remplacée temporairement par Denis Ducarme. Un grand comité de consultation au sommet, le G11, avait alors été promis. Il ne s’est, semble-t-il, jamais réuni. Le MR est aujourd’hui géré avec une évidente efficacité, en intégrant brillamment les nouvelles technologies. C’est un fait. L’ambiance est fort peu chaleureuse, par ailleurs. Le style Bouchez, c’est de flinguer, pas de masser. Âmes sensibles s’abstenir.

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