Mais que se passe-t-il dans les coulisses des Codeco?

Un Comité de concertation électronique aura lieu ce mercredi, après l'échec du dernier Codeco et avant un nouveau la semaine prochaine. Décryptage d’une mécanique grippée.

Le Premier ministre et les ministres des entités fédérées devraient se pencher jeudi soir sur un nouveau texte d'ébauche du baromètre.
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Ce sont chaque fois des empoignades, des engueulades, des jérémiades. Le Premier ministre Alexander De Croo joue les coordinateurs, ce qui ne l’empêche pas d’avoir ­quelques complicités sur le côté. Frank Vandenbroucke, ministre de la Santé en chef tient une approche ultra-sanitaire. Le libéral David Clarinval, ­presque caricatural, défend avec toutes ses dents les indépendants. L’écolo Georges Gilkinet essaie à sa manière d’être attentif aux entités fédérées mais semble avoir du mal à peser. Et ainsi de suite. Les douze apôtres du Codeco ont chacun leurs marottes, leur rôle, leur bible. Mais la voie du Saint-Esprit sanitaire s’avère quelquefois impénétrable, surtout quand il inspire de fermer théâtres et cinémas pour que le vin chaud puisse couler à flots dans les foyers de tout le royaume.

Les Codeco n’ont pourtant jamais été aussi vivants et utiles que depuis le Covid, paraît-il. La pandémie en Belgique est rythmée par sommets chargés de trouver un compromis face à un triple objectif: lutter contre la pandémie, protéger le système de soins et préserver les libertés. La mécanique est huilée. Le GEMS, le groupe d’experts qui ne réunit pas que des virologues, prépare en amont la rencontre. Le commissaire corona Pedro Facon digère les différents avis et formule ensuite une synthèse orientée. Ensuite, des discussions se tiennent en comité ministériel restreint (Kern) avec Pedro Facon et son adjointe et Erika Vlieghe qui représente le GEMS. Enfin, le Codeco se réunit. Et les hostilités commencent… Car il s’agit de trouver un consensus sans que personne ne puisse exercer un droit de veto et sans qu’il y ait un vote à un moment donné, sans quoi la possibilité de trouver une solution est impossible. Entre toutes ces étapes, des coups de fil entre politiques se passent, se perdent, s’embrouillent. Sur le dernier Codeco, ceux qui s’opposaient à la fermeture du secteur culturel se sont pris le mur des autres pour qui il fallait faire “quelque chose” face à la montée du variant Omicron. Frank Vandenbroucke a martelé que c’était “vraiment inquiétant”. Il le fait chaque fois. “Quelqu’un” a suggéré de faire passer l’enseignement en hybride à la rentrée. Mais ça n’a pas fait consensus. L’idée de fermer l’Horeca à 20 heures, et surtout les bistrots, a fusé. Mais l’imposant ministre-président flamand, le nationaliste Jan Jambon, a dit niet. “Le vin chaud a gagné. Ce fut rideau”, raconte un ­membre du Codeco qui suspecte un coup de fil décisif entre De Croo et Jambon. L’art difficile du point d’équilibre entre cinq gouvernements en Belgique est à présent suspecté d’être une vulgaire bagarre de chiffonniers. Avec un couac de taille, celui d’une N-VA calée sur un double agenda en pourrissant les rapports intrabelges: exercer le pouvoir aujourd’hui et démontrer en même temps que le pays est ingouvernable dès demain matin.

Une usine à gaz?

Le Codeco existait bien avant la pandémie. Il a été instauré par la loi en 1980 tout en étant dépourvu de reconnaissance constitutionnelle. Son but? Réunir des ministres fédéraux, régionaux et communautaires afin de tenter de prévenir ou de régler les conflits d’intérêts et certains des conflits de compétence entre composantes de l’État fédéral belge. Parmi les 12 représentants des ­divers gouvernements du pays, la parité est de mise: 6 membres francophones et 6 membres néerlandophones, 6 ­membres désignés par l’Autorité fédérale et 6 membres désignés par les entités fédérées. La loi n’accorde pas aux germanophones de représentant au Comité de concertation, hormis dans le cas d’un conflit d’intérêts les concernant. Mais dans les faits, le ministre-président de la Communauté germanophone est invité à chaque fois aux réunions du Comité.

Le foutoir

Travailleurs et soutiens de la culture et de l’événementiel ont crié leur colère dimanche sur le Mont des Arts à Bruxelles, contre la fermeture des activités culturelles en intérieur. Selon les organisateurs, 10.000 personnes étaient présentes. La police, elle, en a dénombré 5.000. Un peu partout, des opérateurs culturels ont décidé de faire de la résistance et d’ouvrir malgré l’interdiction. Face à cette “désobéissance civique” dénoncée par le président du MR Georges-Louis Bouchez, le Centre de crise national (NCCN) a pris contact avec les gouverneurs des dix provinces ainsi qu’avec le ministre-président bruxellois, Rudi Vervoort, pour leur demander de s’assurer du respect, par les autorités locales, de toutes les mesures prises le 22 décembre dernier par le Comité de concertation. Mais, ce mardi, le Conseil d’Etat leur a infligé une véritable gifle en suspendant l’arrêté royal qui fermait une partie du secteur culturel. Un nouveau Codeco a été convoqué en urgence ce mercredi pour rouvrir immédiatement les théâtres et cinémas… avant un nouveau Comité de concertation la semaine prochaine.

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