Codeco: les rébellions se multiplient dans la culture, la colère gronde au parlement

Des partis demandent à l'exécutif d'annuler le confinement des cinémas et théâtres, alors que plusieurs établissements ont décidé de se rebeller.

Salle de cinéma vide
Salle de cinéma vide @BelgaImage

Après les salles de cinéma des Grignoux, d’autres établissements culturels ont décidé de se rebeller contre la décision du Codeco du 22 décembre de fermer une bonne partie du secteur. En parallèle, le Premier ministre, Alexander De Croo, et le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, se sont trouvés bien seuls jeudi à la Chambre pour défendre les nouvelles mesures de restriction décidées mercredi en comité de concertation. Une tension particulièrement palpable vis-à-vis de la fermeture des cinémas et des théâtres, dénoncée aussi bien dans la majorité que dans l’opposition.

Des rebelles en Wallonie et à Bruxelles

Ce mercredi, l’annonce des Grignoux a été suivie par celle de deux autres institutions. À Charleroi, il s’agit du Quai 10. Dans un communiqué, ce dernier a fait savoir qu’il ne fermerait pas ses portes après le 26 décembre, contrairement à ce que demande l’exécutif. "Notre objectif est de rester ouvert et donc on essaiera de le faire si on nous l’autorise. Je pense que c’était vraiment important de passer outre cette décision qui n’a vraiment aucun sens. Si j’avais le moindre doute que cette annonce puisse enrayer l’épidémie je fermerais demain mais là c’est une certitude qu’il n’y a aucun sens", déclare à la DH Matthieu Bakolas, directeur du Quai 10.

Sur les réseaux sociaux, le théâtre des Tanneurs, à Bruxelles, a déclaré suivre le mouvement en poursuivant ses activités. "Devant les dernières mesures prises, injustes et infondées, nous poursuivons notre combat pour que nos lieux restent ouverts et que nous puissions y accueillir tous les publics", écrivent les responsables du lieu.

D’autres cinémas ont également décidé de faire de même. Les Grignoux indiquent que plusieurs salles d’art et essai à Bruxelles ont déjà répondu à cet appel, notamment les cinémas Palace, Vendôme et Galeries. Le cinéma coopératif bruxellois Kinograph a lui aussi suivi.

Le groupe Kinépolis, qui gère 11 cinémas en Belgique, s’est, lui, contenté de déclarer ne pas comprendre la décision du gouvernement et "ne pas exclure" une éventuelle action en justice tout en précisant qu’il respecterait l’obligation de fermeture. Le groupe indique aussi avoir constaté une augmentation de la demande de ticket avant la fermeture.
Interrogée sur la tenue d’autres actions de protestations, la Fédération des cinémas de Belgique indique qu’il n’y a, à l’heure actuelle, "aucune décision officielle".

Une contestation forte, même au sein de la majorité

Pourtant, à entendre le Premier ministre et le ministre de la Santé, ces nouvelles mesures sont nécessaires. Plusieurs députés ont mis en avant le fait que les experts du GEMS, qui conseillent les autorités, ne préconisaient pas de telles décisions, du moins pas tout de suite mais en cas de hausse des contaminations. Or, selon les rapports reçus, vu l’évolution du variant omicron, celle-ci paraît inéluctable. Par souci de précaution, ces mesures ont été prises, même si elles sont "difficiles". "Fermer les yeux et se dire: on verra bien, est-ce une bonne politique? Non", a souligné M. De Croo qui se refuse à procéder comme les semaines passées où trois comités de concertation se sont succédé en moins de 20 jours. En cas d’aggravation de la situation, c’est un confinement total qui menace, c’est-à-dire la fermeture de tous les secteurs, a fait remarquer M. Vandenbroucke qui a appelé, face à l’incertitude générée par le variant omicron, à faire le choix de la solidarité en faveur du système de soins de santé au bord de la saturation.

Début janvier, la situation sera réévaluée et, mardi, le ministre rencontrera les acteurs du secteur culturel. Dans la majorité, Ecolo a appelé le gouvernement à revoir sa décision. "Il faut de la proportionnalité et de la cohérence dans les décisions. Or, aujourd’hui, ce n’est pas le cas", a souligné Marie-Colline Leroy. "Il faut avoir le courage parfois de reconnaître que l’on n’a pas fait les bons choix. M. le Premier ministre, revoyez ces décisions". Au PS et au MR mais aussi au CD&V, l’incompréhension domine également alors que ces partis sont représentés au comité de concertation.

La situation n’a pas échappé au cdH et au PTB. La cheffe de groupe centriste, Catherine Fonck, a déposé une motion d’ordre demandant de revoir la décision. Elle attend le soutien des partis de la majorité qui se sont exprimés et a dénoncé un "marchandage" qui s’est fait sur le dos de la culture. Le PTB est sur la même ligne. "Ecolo, PS, MR: comment avez-vous pu décider de tuer à nouveau la culture?", a lancé Raoul Hedebouw. La Chambre doit encore statuer sur la recevabilité de la motion avant de se prononcer. Quoi qu’il en soit, le Premier ministre a appelé chacun à assumer les décisions prises. Il n’entend pas revenir sur les mesures adoptées. "Si on prend une décision,avec tous les gouvernements ensemble, qu’on s’est regardé dans les yeux et qu’on s’est dit: on pense que c’est la mesure à prendre, qu’on s’est basé sur des faits, eh bien, même si c’est difficile, il faut maintenir la décision", a-t-il dit.

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