Fédération Horeca Wallonie: "Il faut sortir de cette logique de fermeture"

Le président de la Fédération Horeca Wallonie Maxence Van Crombrugge, invité sur DH Radio ce mercredi matin, remet en question la communication du gouvernement après la récente série de Codecos.

Manifestation de l'horeca
Manifestation de l’Horeca en novembre 2020. Depuis, la situation n’a pas (beaucoup) changé. © BelgaImage

Alors que l’Horeca est contraint de fermer ses portes à 23h, le nouveau président de la Fédération Horeca Wallonie attend une exception pour les fêtes de fin d’année. « Je reste optimiste. Pour un réveillon de Noël, j’ai envie de proposer un menu cinq services. Comment voulez-vous faire ça si on ferme à 23h? Nous qui organisons des fêtes, l’idée est de pouvoir fêter les douze coups de minuit. En ce qui concerne la Saint-Sylvestre, je pense à la jeunesse. Les jeunes veulent se retrouver entre eux et fêter ça. J’espère que les discothèques pourront rouvrir et que les restaurants pourront offrir un moment de qualité à leurs clients. »

Le secteur de l’Horeca a perdu près de 20.000 emplois depuis 2019. Comment expliquer cela? Pour Maxence Van Crombrugge, c’est dû à l’instabilité du secteur, qui craint de fermer à chaque Codeco. « Après deux ans, il y a beaucoup de morosité qui s’installe. Beaucoup de patrons de boites de nuit veulent arrêter et en faire des lieux commerciaux. Les discothèques sont pourtant des lieux de rencontre pour la jeunesse. C’est dommage de vouloir remplacer ça par des lieux de consommation. Les travailleurs ayant perdu beaucoup de pouvoir d’achat se sont réfugiés dans les secteurs non touchés comme la grande distribution, la construction, les jardins, etc. Ils attendent que le secteur de l’Horeca redevienne un secteur sécurisant pour revenir. On attend un changement du Codeco pour qu’il n’y ait plus ces messages de peur. On avait retrouvé un petit équilibre en septembre mais ces derniers Codecos viennent doucher le secteur. C’est peut-être voulu car il y a moins de fréquentation dans les restaurants mais économiquement c’est dur. Le climat anxiogène développé durant cette série de Codecos a plombé le business de l’ordre de 50% aujourd’hui. »

S’il comprend la réalité sanitaire, Maxence Van Crombrugge remet en question la communication du gouvernement. « Ils communiquent un message envers la population mais ils utilisent des secteurs professionnels pour contingenter les déplacements. Dès qu’on prend des mesures sur la population, on utilise le secteur de l’Horeca, le monde du sport, de la nuit, etc. On se demande toujours ce qu’ils vont nous inventer, à juste titre, mais ça impacte directement. Une fermeture à 20h, c’est comme vous mettre un sac en plastique sur la tête où vous asphyxiez petit à petit. Si on nous fermait à 20h, on fermait complètement et on avait droit aux aides. La dialectique du gouvernement doit être rassurante et éducative. Soyons vigilants et prudents mais continuons à travailler sinon on va se tourner vers une dépendance économique. »

« Les aides ne sont pas suffisantes »

Le président de la Fédération Horeca Wallonie a-t-il l’impression d’être écouté? « Je vais frapper aux portes. Je discute de maintenant et de 2022. Il faut sortir de cette logique de fermeture. On ne peut pas continuer indéfiniment à priver la population de réjouissance à chaque fois qu’il y a des contaminations. Il y a aussi une souffrance économiques et des drames psycho-sociaux. La réalité est difficile. Les décisions prises en matière sanitaire englobent les réalités économiques. J’espère voir une économie plus forte demain mais orientée sur la santé, le climat et le bien-être des travailleurs. »

Le Covid Safe Ticket, élément indispensable pour fréquenter le secteur de l’Horeca, a-t-il eu un impact positif? Le spécialiste est sceptique. « Nous priver de 20% de clientèle parce qu’elle n’a pas le CST, c’est gommer tout espoir de rentabilité. Cela n’a pas un réel impact sur les contaminations puisque les gens ont un sentiment d’assurance avec le CST qui leur fait oublier les gestes barrière. On a dû revenir à ces gestes avec le CST+. On a perdu des clients qui n’étaient pas malades et parfois ceux qui ont le CST le sont. On trouve que ce n’est pas l’idée du siècle, on prône pour des établissements sûrs basés sur des protocoles de sécurité basés sur les gestes barrière et l’hygiène. Le CST est un écran de fumée. »

Avec 28 millions d’euros de budget jusqu’à la fin du premier trimestre de l’année prochaine, les aides sont-elles suffisantes? « Le simple droit passerelle était réservé aux gens qui avaient perdu 65% de leur chiffre d’affaire, donc une faillite. Ça a été reporté à 40%, c’est aussi une faillite dans l’Horeca. C’est un plan survie et donc une petite aide. Le dernier Codeco n’a rien inventé de plus puisque même les primes de fin d’années, ce sont des budgets bloqués en 2020 qui vont aider les entreprises à payer les primes de fin d’année. Ce n’est pas assez. Je veux d’abord qu’on réserve les aides pour les secteurs complètement fermés puis aux secteurs fort impactés. J’ai aussi une attention particulière pour les autres secteurs comme la culture, les salles de sport ou le personnel soignant. Le gâteau doit être réparti équitablement et il faut penser à tout le monde. »

Sur le même sujet
Plus d'actualité