La sortie du nucléaire aura un impact limité sur les prix, selon un rapport

Le rapport d'évaluation se veut rassurant sur la possibilité de sortir du nucléaire pour 2025, mais les libéraux estiment ce document pas assez convaincant.

Centrale de Tihange
Centrale nucléaire de Tihange, près de Huy, le 29 septembre 2018 @BelgaImage

Le rapport d’évaluation sur la sortie complète du nucléaire d’ici fin 2025, que la ministre fédérale de l’Energie, Tinne Van der Straeten (Groen), doit présenter vendredi au conseil des ministres restreint, conclut que l’impact sur le prix serait "limité", rapportent jeudi Le Soir et la RTBF, qui ont consulté le document. La transition est évaluée à 257 millions d’euros par an pendant 15 ans. Pour autant, trop d’incertitudes subsistent encore sur la sortie du nucléaire, estime le président du MR, Georges-Louis Bouchez, à la suite de la publication de ce rapport. Un avis partagé par le président de l’Open Vld, Egbert Lachaert. Aux yeux de Georges-Louis Bouchez, décider sur base de ce rapport serait une "faute".

Une fin du nucléaire possible pour 2025

Le rapport d’évaluation reprend l’étude menée par l’UGent qui avait conclu à un faible impact du maintien ou non de deux réacteurs nucléaires sur les prix de gros de l’électricité – de l’ordre de 5 à 15 euros par an TVA comprise pour un ménage moyen. Une étude complétée par des simulations menées par la Commission de régulation de l’électricité et du gaz, qui évalue entre minimum 1,3 % et maximum 4,24 % la différence pour les factures – dont le prix de gros ne représente qu’environ un tiers du total – des ménages, des entreprises et des industriels entre un scénario de fermeture complète et un scénario de maintien de 2 GW nucléaire. "L’impact sur les prix s’avère limité", note le rapport.

Le rapport d’évaluation s’est également penché sur la sécurité d’approvisionnement en gaz naturel. Le rapport d’évaluation porte à croire que les nouvelles centrales pourront être alimentées de façon pérenne vu le réseau de transport existant. "Rien ne permet d’attester que la capacité du système gazier à alimenter tous les besoins en hiver dans le cas d’un système électrique qui repose très fortement sur des centrales à gaz pour son adéquation, ne serait pas suffisante", peut-on y lire.

"Il est conclu que la première enchère organisée dans le cadre du CRM (le "mécanisme de rémunération de capacité", NDLR) a atteint son objectif et que son résultat permettra avec le concours du résultat de Y-1 (une enchère prévue en 2024, NDLR), de garantir la sécurité d’approvisionnement du pays à partir de 2025 dans un contexte de fermeture complète de toutes les centrales nucléaires", écrit encore le SPF Economie dans ce rapport.

La sécurité d’approvisionnement n’est en effet garantie qu’avec le concours de cette autre enchère prévue en 2024 (le "Y-1") et qu’à condition que la centrale de Vilvorde, pour laquelle la ministre flamande de l’Environnement Zuhal Demir (N-VA) a refusé d’accorder un permis, soit construite comme prévu, souligne encore le document.

Les libéraux pas rassurés

Sur Twitter, le président du MR se dit "déçu et inquiet" par le résultat du rapport. Il déplore notamment que le seul scénario de la fermeture complète des centrales ait été étudié et non celui de la prolongation de deux centrales, une option laissée ouverte par l’accord de gouvernement. Selon lui, il manque aussi des informations sur le prix ou l’effet sur le climat des émissions de CO2 des centrales au gaz qui doivent compenser partiellement le nucléaire.

À lire le MR, la sécurité d’approvisionnement ne serait pas non plus garantie par le Mécanisme de Rémunération de Capacité (CRM) mis en place par le gouvernement pour remplacer la capacité nucléaire. Les premières enchères dans le cadre de ce mécanisme ont déjà eu lieu. Les secondes auront lieu en 2024. Il n’y a pas de certitude, jugent les libéraux. "Décider sur cette base serait une faute".

Au MR, l’on assure que les questions qui se posent ont été avancées lors des réunions intercabinets qui ont déjà eu lieu sur ce dossier. Le comité ministériel restreint tiendra une première réunion vendredi pour étudier le rapport. Le MR remettra ses questions sur la table et attend qu’elles soient étudiées, a-t-on indiqué au siège du parti.

Du côté de l’Open Vld, Egbert Lachaert fait part lui aussi du même type de préoccupation. "Pour l’instant, je ne suis pas encore rassuré ", explique-t-il sur le plateau de LN24. La ministre flamande de l’Environnement, Zuhal Demir (N-VA), a refusé d’octroyer un permis au projet de Vilvorde. Selon Egbert Lachaert, soit une solution est trouvée pour le permis, soit Engie propose un projet de remplacement. "S’il n’y en a pas, on revient vers le nucléaire", a souligné le président libéral. Quoi qu’il en soit, la Belgique aura besoin de "tous les scénarios", estime-t-il. À ses yeux, même si les centrales actuelles sont fermées, il faudra investir dans le nucléaire de nouvelle génération. "On ne va pas laisser tomber le nucléaire complètement. Nous demandons que cette possibilité soit ouverte et que l’on change la loi pour cela", a-t-il ajouté.

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