Faut-il aimer ou avoir peur du PTB?

Avec un nouveau président à sa tête, à partir du 5 décembre, le PTB pourrait devenir le premier parti de Wallonie en 2024. Sauf qu'il soutient encore des projets de société pour le moins révolutionnaires.

Raoul Hedebouw
Raoul Hedebouw, seul candidat à la présidence du PTB. © BelgaImage

Faut-il aimer le PTB?

Oui, on peut aimer les Travailleurs de Belgique. Du reste, on ne risque rien: le PTB n’accède jamais au pouvoir. À l’issue des élections du 26 mai 2019, le PTB pouvait pourtant se réjouir. Il comptait un total de 42 députés dans les cinq parlements du pays dont 12 au fédéral, 10 au parlement wallon et 10 à Bruxelles. D’aucuns applaudissaient l’idée de voir se former à Bruxelles et en Wallonie une majorité très à gauche composée d’Écolo, du Parti socialiste et du PTB. C’était le “Grand Soir” à portée de compromis. Sauf que le discours est resté immuable durant les quelques négociations: “sans acquis de rupture, le parti ne participera à aucune majorité”. Une option qui leur a permis de s’installer – “confortablement” pensent certains – dans l’opposition.

Sinon, lire le programme du PTB, c’est aussi rapidement tomber sur un plaidoyer pour l’environnement. Moins 60 % d’émission de CO2 pour 2030, sortie du nucléaire et électricité “verte”, gratuité des transports en commun, agriculture responsable, etc. Un développement théorique expose la possibilité de la coexistence d’une révolution climatique et d’une révolution sociale. La formation politique regrettait à la suite de la COP 26 “le Festival du greenwashing des pays du Nord” et un “flop” pour les populations du monde entier.

On peut aussi l’aimer comme on aime la Brabançonne. C’est une évidence: le parti est belgicain. Son vice-président, David Pestieau, un temps considéré comme le prochain numéro 1, a lancé en septembre dernier, avec sa formation, une campagne de communication nommée We are one. Pièce centrale du dispositif: un manifeste pour l’unité de la Belgique complété par 20 questions didactiques sur l’histoire de la Belgique (“Comment est née la Belgique”, “Pourquoi la Belgique est-elle si compliquée”…). Depuis le “Walen buiten!” originel, l’ADN du parti a radicalement changé. Pour preuve? La formation politique de gauche radicale est le seul parti de Belgique structurellement unitaire: le PTB-PVDA. Raoul Hedebouw, le nouveau président est, par ailleurs, l’homme politique belge actuel probablement le plus bilingue. C’est un tribun hors pair aussi à l’aise en français qu’en néerlandais.

Pour trouver facilement de l’argent, comptez sur lui. Depuis 2009, le parti édite ainsi le “Top 50 des entreprises belges qui ne paient pas ou peu d’impôts” et qu’il suffirait de taxer normalement pour permettre à l’État de récupérer pas moins de 15 milliards d’euros. Un Top 50 qui se révèle, après analyse, beaucoup moins enthousiasmant pour les amateurs de solutions aux allures d’évidences. Ce classement est en effet établi sur la base de bilans comptables de structures holdings dont les revenus… ont déjà été taxés.

peter mertens du ptb

Peter Mertens, futur ex-président du PTB. © BelgaImage

Doit-on en avoir peur?

Oui, on peut également se méfier du PTB. Longtemps confidentiel, il pourrait devenir incontournable. Car il est en constante expansion. En 2008, Peter Mertens était élu pour succéder au président du parti de l’époque. Il déclare alors que le parti va abandonner son attitude donneuse de leçons et les ­“grandes théories”. Ce changement ­marque le début de l’ascension poli­tique du PTB. Un décollage également porté par Raoul Hedebouw dont la ­personnalité a su, d’évidence, séduire tant au nord qu’au sud du pays. Avec l’élection, ce 5 décembre, de Hedebouw à sa tête, on assiste à une réorganisation tactique du PTB avant la grande ­échéance de 2024. Nous aurons cette année-là des élections régionales, fédérales, européennes et en octobre les élections locales, c’est-à-dire tous les scrutins belges possibles. Il reste deux ans et demi avant de voter, le PTB se met en ordre de bataille pour continuer son expansion. Probablement pour accéder au pouvoir communal… Et qui sait? Pourquoi pas en Région?

Le productivisme, c’est le système économique qui a pour objectifs premiers la production et la productivité. Mais produire pollue. Le PTB est marxiste et le marxisme est productiviste. L’ADN ­économique du PTB, c’est donc aussi la pollution. Les efforts pour préserver le climat peuvent ainsi être prestement sacrifiés. À Charleroi, la ville voulait décourager l’utilisation de l’automobile en étendant la zone de parking payant. Revendication immédiate de la section locale: pas touche aux voitures des ­travailleurs!

L’historien bloqué dans les années 60 pourrait voir le PTB, couteau entre les dents, fomentant la fin de la Belgique. Car le PTB est, à l’origine, un mouvement de contestation étudiante qui voit le jour à Leuven, après 1965. Ses membres se joignent, alors, aux ­sympathisants de la Volksunie – dont la dislocation donnera plus tard naissance à la N-VA – dans les cortèges réclamant la fermeture de la section francophone de l’Université de ­Leuven aux cris de “Walen buiten!”. Le mouvement se détachera peu à peu de son flamingantisme pour plonger dans un marxisme-léninisme tout aussi véhément. Si son slogan actuel est “Les gens d’abord, pas le profit”, le premier slogan de ce qui allait être le PTB était: “Bourgeois buiten!”.

Les personnes aisées peuvent considérer les sondages très favorables au parti à l’étoile avec une certaine inquiétude. Une taxe des millionnaires sur les patrimoines nets dépassant un million d’euros y est défendue. Les taux sont de 1 % au-dessus de 1 million d’euros, 2 % au-dessus de 2 millions d’euros et 3 % au-dessus de 3 millions d’euros. Par ailleurs, le parti a lancé une pétition réclamant une taxe exceptionnelle – dite “taxe corona” – de 5 % sur les patri­moines supérieurs à 3 millions d’euros net. Déjà plus de 100.000 signatures ont été recueillies…

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