Restitution d’œuvres mal acquises durant la colonisation, où en est la Belgique?

Alors que la France a renvoyé 26 chefs-d’œuvre au Bénin, la Belgique se prépare aussi à la restitution de biens mal acquis durant la période coloniale.

Statuettes à l'AfricaMuseum
© Belga Image

192.000 pièces. L’AfricaMuseum de Tervuren renferme un véritable trésor culturel. Un trésor polémique puisque parmi ces œuvres, nombreuses sont celles acquises illégalement. L’heure est à l’étude de ces objets avant de les restituer.

Des dizaines de milliers de pièces à examiner

Les objets préservés dans les collections muséales belges peuvent être répartis en trois catégories : ceux acquis de manière légitime, ceux spoliés et ceux dont la preuve scientifique, s’ils ont été mal acquis ou non, n’existe pas (encore). « Pour une majorité des pièces, soit 56%, les circonstances d’acquisition sont parfaitement documentées et légitimes. Par légitimes, j’entends qu’elles résultent soit d’un véritable don, soit d’une transaction commerciale », expliquait le secrétaire d’État en charge de la politique scientifique, Thomas Dermine, dans une interview accordée à L’Echo.

Le royaume s’est donc lancé dans un long processus pour recenser et identifier la provenance de milliers d’objets issus de ses anciennes colonies. 35.000 à 40.000 pièces, soit la moitié de la collection congolaise, sont passées au peigne fin pour savoir si un retour sur leur terre natale est envisageable.

Pour les catégories d’objets mal acquis et ceux en cours d’étude, Thomas Dermine propose un seul cadre juridique: transférer ce patrimoine du domaine public vers le domaine privé de l’État, pour le rendre aliénable et donc restituable. S’il s’avère que certains objets ont été acquis de manière légitime, ils rebasculeront dans le domaine public.

« Changement de cap radical »

Ce processus s’inscrit dans un vaste programme dévoilé en juillet par Thomas Dermine. Le socialiste a appelé à ce que « tout ce qui a été acquis par la force et la violence dans des conditions illégitimes » soit restitué. « Les objets qui ont été acquis de façon illégitime par nos grands-parents, arrière-grands-parents ne nous appartiennent pas. Ils appartiennent au peuple congolais. »

« La Belgique a entamé un changement de cap radical, alors qu’elle était l’un des pays les plus en retard sur ces questions », analyse Marie-Cécile Zinsou, présidente de la fondation artistique Zinsou, sur France 24.

Plus de 1.000 pièces déjà éligibles

Entre 1.500 et 2.000 objets d’art sont déjà classés comme mal acquis et sont donc éligibles pour une restitution. Quelques exemples : la statue Lusinga, pillée par le général Emile Storms ; le masque Luba, pillé par le commandant Oscar Michaux ; le masque d’éléphant, pillé par le lieutenant Charles Lemaire ; ou encore la statue Nkisi nkonde, pillée par Alexandre Delcommune. Au fur et à mesure des études, d’autres œuvres viendront certainement grossir la liste des biens spoliés. « Il faut avoir l’honnêteté de dire que, pour une grande partie de ces objets, leur provenance demeurera à jamais inconnue », avoue Thomas Dermine dans l’Echo.

Officiellement, les autorités congolaises n’ont pas introduit de demande de restitution. Cependant, elles ont demandé à la Belgique de les aider à reconstituer uniquement les pièces manquantes des collections représentatives de certains groupes ethniques. Ces pièces seront accueillies dans le nouveau musée national de la République démocratique du Congo, inauguré en 2019 par le président Félix Tshisekedi. Mais la patience sera de mise: il ne peut accueillir, pour l’instant, « que » 12.000 pièces dans des conditions optimales de conservation.

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