Obligation vaccinale des soignants: la CNE va déposer un préavis de grève

Le syndicat s'indigne des sanctions prévues à l'encontre des récalcitrants et explique pourquoi il juge que cela va trop loin.

Obligation vaccinale des soignants: la CNE va déposer un préavis de grève
Vaccination des soignants contre le Covid-19 dans une clinique de Limoges, le 15 novembre 2021 @BelgaImage

La CNE a annoncé mardi qu’elle couvrirait par un préavis de grève «toute action collective qui se déclenchera dans les institutions de soins» pour protester contre les modalités de l’obligation vaccinale du personnel soignant vis-à-vis du Covid-19, «vu les conditions de travail déjà déplorables» dans le secteur de la santé.

Une mesure qui «va amplifier la fracture au sein personnel»

Le gouvernement réuni en comité restreint s’est accordé lundi soir sur l’obligation vaccinale du personnel soignant. Entre le 1er janvier et le 31 mars, les professionnels de la santé devront être vaccinés ou attester d’un test PCR négatif de moins de 72 heures, réalisé à leur frais. Faute de quoi, ils seront mis au chômage temporaire corona. À partir du 1er avril, les personnes non vaccinées seront licenciées et auront droit au chômage classique. Le texte de cet accord doit encore passer au conseil des ministres vendredi et être soumis au Conseil d’État.

Ces modalités et surtout les sanctions en cas de refus de vaccination offusquent les syndicats. La CNE souligne que malgré les demandes répétées, «aucune étude scientifique ne nous a été transmise prouvant que le personnel soignant joue un rôle significatif dans la propagation du virus». Pourquoi dès lors n’appliquer l’obligation vaccinale qu’à ces travailleuses et travailleurs? Si le syndicat chrétien admet que l’obligation pourrait «apporter un plus en matière de santé publique» dans certains services en contact avec une population plus fragile, «rien ne démontre que les mesures de protection actuelles dans la plupart des autres services ne suffisent pas à répondre à une fragilité éventuelle des patients traités». Pour autant que les effectifs soient suffisants et que le matériel adéquat soit mis à disposition, lance la CNE. Pour le syndicat, cette mesure générale «va créer plus de résistance et amplifier la fracture au sein personnel» entre personnes vaccinées et non vaccinées.

Les autres syndicats également frustrés

La CNE dénonce également des sanctions «disproportionnées» alors que le professionnel de la santé risquera non seulement de perdre son emploi s’il refuse la vaccination mais aussi l’accès à sa profession. «Alors que sur le terrain, les conditions de travail se détériorent fortement, que l’absentéisme s’aggrave, que les démissions se succèdent, cette loi risque fort d’aggraver encore la situation».

Comme le Setca et la CSC Services publics, la CNE regrette aussi que le personnel soignant, applaudi pendant le premier confinement, soit visé par ces sanctions alors qu’il a été en première ligne du combat contre la pandémie. Le syndicat dit refuser «la stigmatisation du personnel de santé et la discrimination au sein d’une même entreprise, entre soignant et non soignant». Les premiers pourront en effet perdre leur poste s’ils refusent la vaccination alors que les seconds pourront rester en place, même sans être vaccinés. Or, une institution de soins n’est pas composée que de membres du personnel soignant.

La CNE «exige une réelle concertation avec les organisations syndicales sectorielles de la santé » ainsi que « du courage politique pour assumer une obligation de couverture immunitaire pour tous (…) ou alors pour aucune catégorie professionnelle stigmatisée».

Sur le même sujet
Plus d'actualité