Covid-19: à quel point les chiffres sont-ils inquiétants?

La nouvelle vague de coronavirus se révèle très différente des précédentes. Les comparaisons sont parfois rassurantes, parfois beaucoup moins.

Unité Covid-19 à Liège
Une unité Covid-19 dans un hôpital liégeois @BelgaImage

Ce mercredi 17 novembre, le comité de concertation (Codeco) se réunit en urgence pour décider des nouvelles mesures sanitaires à adopter. La réunion a même dû être avancée tant la situation épidémiologique apparaît dégradée. Car c’est un fait: tous les indicateurs sont dans le rouge. Les chiffres hebdomadaires notent une hausse de 27% des contaminations, de 25% des hospitalisations (28% pour les soins intensifs) et de 11% des décès. Une dégradation qui peut faire peur et pourtant, les experts sont unanimes pour affirmer qu’un confinement est évitable. Pour le comprendre, il faut remettre les chiffres dans leur contexte et faire la part des choses entre notamment les contaminations d’une part, les décès et les hospitalisations de l’autre.

Vers un record de contaminations?

L’un des indices les plus inquiétants, c’est sans doute le niveau d’infections au coronavirus. Leur nombre ne cesse de croître à une vitesse vertigineuse depuis début octobre, sans signe de faiblesse. Un scénario qui fait craindre un bis repetita par rapport à l’année passée. En octobre-novembre 2020, la courbe des contaminations battait des records, avec un pic d’un peu moins 18.000 cas journaliers en moyenne sur sept jours. Pour l’instant, l’épidémie de cet automne 2021 ne bat pas les chiffres d’il y a un an. La courbe apparaît également moins raide, ce qui pourrait être rassurant.

Le souci, c’est que pour le moment, la flambée des infections continue sur sa lancée. La Belgique compte aujourd’hui entre 10.000 et 12.000 cas quotidiens de Covid-19 sur une moyenne de sept jours et le taux de reproduction du virus reste fermement établi aux alentours de 1,15 (tant qu’il est au-dessus de 1, l’épidémie progresse). Selon les experts du Centre de crise, la vague actuelle pourrait atteindre un pic fin novembre. D’ici là, les chiffres se rapprocheront du record établi en 2020. Est-ce qu’il sera dépassé? C’est la grande question. Plusieurs pays ont déjà subi ce sort-là, comme les Pays-Bas (qui viennent d’édicter un confinement modéré) ou l’Autriche (où les non-vaccinés sont confinés depuis ce lundi).

Les hôpitaux moins surmenés qu’en 2020 (pour l’instant)

Si les autorités belges ne se basaient que sur les contaminations, l’heure serait déjà au reconfinement. En octobre 2020, lorsque le nombre de cas de Covid-19 était équivalent à celui actuel, l’horeca était déjà fermé, la bulle sociale réduite au minimum et le couvre-feu appliqué. Pourtant, rien de tout cela aujourd’hui.

Si les Belges évitent toujours ce reconfinement, c’est clairement parce que les autres indicateurs sont bien plus encourageants comparés à 2020. La Belgique compte aujourd’hui 2.693 lits d’hôpitaux occupés par des patients atteints du Covid-19, dont 557 en soins intensifs. Début novembre 2020, ces chiffres étaient d’environ 7.200 hospitalisations dont 1.500 en soins intensifs. C’étaient les pires chiffres de toute la crise.

Aujourd’hui, la situation est bien moins critique. Certes, il y a pile un mois, ces mêmes chiffres n’étaient que d’environ 850 et 200 respectivement. La hausse est donc importante. Mais si les contaminations plafonnent comme prévu fin novembre, la Belgique peut espérer rester bien en-dessous du record en la matière. Selon le virologue Steven Van Gucht interrogé par Het Laatste Nieuws, le pic du nombre de lits en soins intensifs occupés par des patients Covid pourrait atteindre 650 à condition que les infections ralentissent dès aujourd’hui. Sans cela, il s’attend à plus de 800 lits. Et si la situation se dégrade encore plus vite que prévu, il s’attend à ce que la barre des 1.000 soit dépassée, même s’il juge ce scénario «peu probable».

Petit bémol: il y a toujours un petit décalage entre le pic d’infections et celui des hospitalisations, le deuxième arrivant entre 10 et 20 jours plus tard. Les hôpitaux pourraient donc vraisemblablement rester vigilants jusqu’au moins la mi-décembre. Il faudra aussi compter avec le ras-le-bol d’une partie des soignants, malmenés après un an et demi de crise sanitaire et la frustration née avec leur vaccination obligatoire, sans oublier le manque de personnel et les reports de certains traitements. Tout cela pourrait créer une incertitude et ainsi une certaine tension. Le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke a par exemple déclaré en commission de la Chambre: «Ce qui me revient des hôpitaux est très inquiétant. Je veux avertir la population du sérieux de la situation».

Du côté des décès, là aussi, la situation n’est pas aussi catastrophique qu’en 2020. En un mois, le nombre de morts quotidiens du Covid-19 est passé de 10 à 25, mais cela reste bien moins que les 200 par jour au pire de la deuxième vague, voire près de 300 au pic de la première.

Les vaccins: l’élément-clé pour comprendre la 4e vague

Si la vague actuelle est à ce point différente des autres, c’est manifestement grâce aux vaccins. Pour le moment, 75% des Belges sont entièrement vaccinés. Un chiffre qui varie selon les régions, avec 80% en Flandre, 70% en Wallonie et 56% à Bruxelles.

Bien sûr, le vaccin anti-Covid n’est pas parfait. Sa protection tend à baisser avec le temps, surtout pour éviter les infections, mais reste très forte vis-à-vis des formes graves du Covid-19. Une étude publiée dans Science début novembre le montre bien après avoir étudié ce phénomène chez près de 780.000 Américains vaccinés. Résultat: entre mars et octobre, l’efficacité des vaccins contre les contaminations a baissé de 86,9% à 43,3% pour Pfizer, de 89,2% à 58% pour Moderna et de 86,4% à 13,1% pour Janssen. Quant à l’efficacité pour les formes graves du Covid-19, elle reste en moyenne de 81,7% tous vaccins confondus pour les moins de 65 ans (dans le détail 73% pour Janssen, 81,5 pour Moderna et 84,3% pour Pfizer) et de 71,6% pour les plus de 65 ans (52,2% pour Janssen, 75,5% pour Moderna et 70,1% pour Pfizer).

Ces différences pourraient expliquer, en partie, pourquoi les contaminations flambent autant aujourd’hui en Belgique et dans de nombreux autres pays européens, alors que le nombre d’hospitalisations et de décès reste modéré comparé à 2020. Dans tous les cas, plus un pays a un taux de vaccination faible, plus il est susceptible de voir ses hôpitaux débordés par le Covid-19. Un constat flagrant lorsque l’on compare l’Europe de l’Ouest et de l’Est, ou même des régions d’un même pays entre elles.

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