Confinement ou pas en Belgique? Les experts donnent leurs avis

Leurs avis peuvent diverger sur le détail des mesures à adopter mais dans les grandes lignes, ils tiennent plus ou moins le même discours.

Bruxelles lors du premier confinement
Bruxelles lors du premier confinement, le 21 mars 2020 @BelgaImage

C’est décidé: au vu de la hausse des contaminations, les Néerlandais vont devoir se plier à un confinement modéré, avec des fermetures d’établissements tôt dans la journée mais pas totales. Est-ce que la Belgique devrait faire de même? C’est la question qui a été posée ce vendredi à plusieurs experts. Globalement, ils ne semblent pas très enthousiastes à cette idée dans l’état actuel de la situation. Mais cela ne les empêche pas à appeler à un renforcement des mesures sanitaires.

Un confinement aujourd’hui, c’est non!

Si les virologues doivent répondre par oui ou par non à un nouveau confinement, la réponse est donc non. «Un tel verrouillage peut certainement fonctionner à court terme, mais vous risquez un mouvement yo-yo», déclare Steven Van Gucht à la VRT. Idem du côté du biostatisticien Geert Molenberghs: «La question est de savoir si une intervention aussi courte fonctionne, car que se passe-t-il après? Il y a matière à discussion pour édicter des mesures supportables et stables sur le long terme».

«Le confinement a été dur et nécessaire, mais les politiciens vont éviter cela à tout prix cette fois», constate le virologue flamand Marc Van Ranst. «Tout le monde va vraiment faire de son mieux pour éviter de nouvelles fermetures. Pour le moment, ce n’est pas un scénario fort probable. Et c’est grâce au taux de vaccination qui est élevé dans le pays, sauf à Bruxelles. C’est très positif», dit-il à La Libre. «On a suffisamment d’outils en main que pour éviter», confirme sur La Première l’ancien porte-parole interfédéral Covid-19.

Côté francophone, le ton est le même. «Refermer des secteurs? Non. Je ne pense pas et je ne vois personne y penser non plus», précise Yves Van Laethem, actuel porte-parole Covid-19. Enfin, au ministère de la Santé, interrogé par La Libre, le discours est le même sur la possibilité d’un confinement: «pour l’instant ce n’est pas du tout à l’ordre du jour», même s’«il n’y a pas de seuil fixé pour en arriver à cette situation».

Des événements qui divisent

Pas de confinement donc mais que faut-il faire alors? Ici, il y a débat. Pour Steven Van Gucht, «il vaut mieux opter pour des mesures durables que vous pouvez également maintenir suffisamment longtemps et qui vous permettent de garder la situation gérable». Il cite par exemple le recours plus large aux masques, au télétravail, à la limitation des contacts et aux systèmes de ventilation. «Si nous le faisons tous ça bien, nous pouvons arriver au pic épidémique sans passer par un confinement» ou même par une suppression des grands événements.

Ces différentes recommandations sont généralement celles prônées par ses collègues, si ce n’est sur le dernier point, où Marc Van Ranst et Geert Molenberghs se montrent plus prudents. «À un certain moment, on peut éviter d’organiser les fêtes qui ne sont pas organisées par les associations professionnelles. Cela peut aider», juge le premier qui invite également à ne fêter Noël dans un espace clos que si le renouvellement de l’air est efficace. «Nous devons bien réfléchir aux événements massifs où beaucoup de gens se rassemblent», complète Geert Molenberghs. «Sans pointer du doigt [les festivals des lumières de] Gand et Bruxelles: de tels événements sont encore difficiles à justifier dans la phase actuelle. Vous obtenez toujours des rassemblements qui profitent au virus». En tout cas, pour lui, «il est clair qu’une intervention est nécessaire». «La puissance du variant Delta est encore sous-estimée. Avec la souche originelle du virus, le problème aurait été largement résolu avec la couverture vaccinale actuelle. Mais maintenant, la couverture vaccinale n’est pas assez élevée».

«Dans certaines circonstances, le seul Covid Safe Ticket (CST), ce n’est pas assez. Mieux vaut un CST plus le masque», estime pour sa part Yves Van Laethem auprès de La Libre. «Dans deux ou trois semaines, on peut espérer être sur la pente descendante. Mais pour cela il faut qu’on fasse tous un petit effort. Noël n’est pas menacé si on ne fait pas les sots». Est-ce que cet effort doit passer par un retour de la bulle sociale? Non d’après Marc Van Ranst. «Ce serait vraiment très difficile de réintroduire les bulles. Avec notre taux de vaccination, on doit être capables d’éviter cela», dit-il.

Enfin, quand est-ce que ce va-et-vient de périodes de tension lors des vagues épidémiques cessera? Pour Molenberghs, la clé réside dans la persistance de la pression sur les hôpitaux. « Ce ne sont pas des conditions qui nous font penser à une saison grippale, pas même à une saison grippale sévère. Nous sommes toujours à plus de 20 décès par jour. Sur une base annuelle, vous arrivez à 7.000 décès. Cela fait l’équivalent de sept saisons grippales. Pour ces raisons, nous ne sommes pas encore prêts à ‘vivre avec le virus’», conclut-il.

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