La fin de la Sabena, c’était déjà il y a vingt ans

La compagnie nationale belge avait été fondée en 1923.

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Quelques 7.300 personnes ont perdu leur emploi suite à la faillite de la Sabena/ ©BELGAIMAGE

Le dimanche 7 novembre marquera le 20e anniversaire de la faillite de la Sabena. A cette même date, en 2001, vers 11h35, le vol SN690, en provenance de Cotonou (Bénin), avait été le dernier de la compagnie nationale belge. L’avion avait été encerclé par des employés sur le tarmac. Quelques heures plus tard, la faillite de l’entreprise, toujours la plus importante de l’histoire du pays, avait été déclarée. Quelque 7.300 personnes ont perdu leur emploi.

La Sabena avait été fondée le 23 mai 1923. La compagnie aérienne avait succédé au SNETA (Syndicat National pour l’Etude des Transports Aeriens), qui étudiait le développement de l’aviation commerciale en Belgique depuis 1919. En 1923, la SNETA termine sa mission de recherche et quelques mois plus tard, en mai, le premier vol régulier officiel de la Sabena est effectué: de Bruxelles à Lympne, dans le comté anglais du Kent, avec uniquement du courrier et du fret à bord.

Premier vol en Afrique en 1925

En 1925, un avion de la Sabena atterrit pour la première fois en Afrique, après un vol de 75 heures qui a duré pas moins de… 51 jours. Une liaison régulière, qui dure toujours plusieurs jours, s’établit dix ans plus tard. Le réseau africain sera toujours un fer de lance important pour Sabena et aussi pour son successeur Brussels Airlines. En 1947, l’entreprise traverse ensuite pour la première fois l’océan Atlantique, en direction de New York. En 1958, la Sabena franchit le cap des 10.000 employés. Seul le ciel semble alors être la limite pour la compagnie, qui se targuait également de toujours utiliser les avions les plus modernes (Douglas DC-6, Boeing 707, Caravelle, Boeing 747, etc.).

Mais, financièrement, la société ne se porte pas très bien. Des années 1960 jusqu’à la fin, à quelques rares exceptions près, elle n’aura pas été en mesure de présenter des chiffres financiers positifs. Au début des années 1980, le déficit cumulé était de près de 10 milliards de francs belges (environ 250 millions d’euros). Pendant toutes ces années, l’Etat a dû intervenir régulièrement à coups de milliards de francs et diverses restructurations se sont succédé. Se sont ensuivis des flirts, des fiançailles et/ou des mariages avec différents partenaires.

Sous la tutelle française puis suisse

Dans les années 80, la SAS scandinave avait des vues sur la Sabena, mais les discussions n’ont pas abouti. En 1990, British Airways et KLM ont acquis chacune 20% du capital de la Sabena pour un prix de 2 milliards de francs. Mais l’aventure est de courte durée: sous la pression politique, les deux entreprises se retirent à la fin de l’année et la Sabena doit leur rembourser à chacune les 2 milliards de francs. En avril 1992, Air France prend alors une participation de 37,5% dans la Sabena. En échange, les Belges reçoivent 6 milliards de francs d’argent frais. Ce mariage prend également rapidement fin, en 1994.

Un an plus tard, c’est Swissair qui fait son apparition: les Suisses prennent une participation de 49,5% dans la compagnie nationale. En 2000, le gouvernement fédéral et SAirGroup (Swissair) concluent un accord en vertu duquel les Suisses détiendraient à terme 85% du capital de la Sabena.  Mais l’année 2001 a cependant été fatale pour les deux transporteurs. La Sabena est alors confrontée à une montagne de dettes de près de 100 milliards de francs et les résultats sont désastreux. Il est question d’une nouvelle restructuration lourde, couplée à une injection de capital par Swissair.

Faillite prononcée le 7 novembre 2001

Mais on n’en arrivera pas là. Les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis infligent des dommages encore plus importants au secteur de l’aviation, déjà fragile. Au début du mois d’octobre, Swissair fait ainsi elle-même faillite. La Sabena suit: le 7 novembre, le tribunal de commerce de Bruxelles déclare la faillite du géant belge de l’aviation. Avant même que la faillite ne soit prononcée, certains acteurs économiques avaient travaillé au redémarrage d’une nouvelle compagnie aérienne, à la voilure réduite cependant. Il s’agit de Delta Air Transport (DAT), la filiale régionale de Sabena. Le 10 novembre, trois jours à peine après la déclaration de faillite de la compagnie nationale, le premier vol de la nouvelle DAT a lieu vers Genève, en Suisse.

Fin 2001, les administrateurs de la Sabena cèdent pour un euro symbolique les parts de DAT à SN Airholding. Une entreprise fondée par un consortium d’une quarantaine d’investisseurs dirigé par les financiers Etienne Davignon et Maurice Lippens. Ils ont levé près de 200 millions d’euros. Le 15 février 2002, DAT devient ainsi SN Brussels Airlines, l’actuelle Brussels Airlines. Cette compagnie aérienne est désormais détenue par le groupe allemand Lufthansa. Vingt ans après la faillite, tous les détails n’ont pas encore été réglés. Le curateur Christian Van Buggenhout est toujours occupé par les suites de la faillite. Depuis lors, de nombreuses parties et propriétés de Sabena ont en effet été vendues, comme la filiale de maintenance d’avions Sabena Technics, l’école de pilotage Sabena Flight Academy ou quelques hôtels que la compagnie avait construits à Bruxelles et au Rwanda.

Sabena Aerospace

Au début de cette année, De Standaard écrivait que tout cela a déjà rapporté plus d’un milliard d’euros, dont 570 millions pour l’État belge. Mais il reste encore des actifs. Le plus important est l’hôtel Memling dans la capitale congolaise Kinshasa, à propos duquel un accord aurait été trouvé seulement récemment. Le curateur espère ainsi pouvoir clore le dossier en 2024, date à laquelle les procédures judiciaires devraient se terminer.

Le curateur a également la main sur l’argent qui est parqué, depuis la faillite, dans un fonds social destiné aux anciens employés de la Sabena – on parle de 1,85 million d’euros. Il s’agit de cotisations versées par le personnel de cabine de l’époque. Les syndicats attendent toujours un avis juridique et espèrent que l’argent pourra être versé dans les mois à venir, selon Jan Coolbrandt du syndicat chrétien. Le nom Sabena n’a pas encore complètement disparu du secteur de l’aviation. Sabena Technics existe ainsi toujours. Dans la foulée de la faillite, l’ancienne division de maintenance des avions de la Sabena avait été reprise par le groupe français TAT. Les activités belges avaient ensuite été reprises par la direction locale en 2014 et transformées en Sabena Aerospace.

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