Prisons belges: la majorité des cachots incompatibles avec la dignité humaine

Certaines mises au cachot prennent des allures de cauchemar et il n’est pas rare que des droits fondamentaux des détenus soient bafoués.

Prisons belges: la majorité des cachots incompatibles avec la dignité humaine
Couloir de la prison de Lantin, le 4 mai 2007 @BelgaImage

En Belgique, les cellules d’isolement, plus communément appelés cachots, sont généralement contraires à la dignité humaine. C’est ce que fait savoir le dernier rapport du Conseil central de surveillance pénitentiaire (CCSP), relayé par la RTBF, qui a analysé en détail les conditions de détention dans ces cellules présentes dans toutes les prisons belges (sauf à Dinant). Les témoignages font part de situations où la maltraitance des prisonniers est choquante.

Des conditions d’isolement «totalement inacceptables»

Le cachot figure parmi les sanctions les plus sévères qu’il peut y avoir en prison. La direction peut décider, qu’importe la nature de l’infraction disciplinaire, d’imposer cet isolement plutôt qu’une autre sanction, et ce pour une durée de maximum neuf jours (ou 14 pour une prise d’otage). Le détenu peut être aussi privé de téléphone, d’activités communes ou encore des objets lui appartenant. Pour le reste, le règlement insiste sur les droits du prisonnier (de consommer ses repas, de se laver et de s’habiller dans des conditions décentes, d’avoir suffisamment de lecture, de pouvoir sortir en plein air au moins une heure par jour, de faire du sport, etc.).

Ce que constate le CCSP, c’est que ces droits ne sont souvent pas pris en compte, comme le confirme le président du conseil, l’avocat Marc Nève. «Il y a quelques jours, lorsque nous sommes allés à la prison de Tongres, nous avons constaté qu’un détenu placé en cachot n’avait pas trouvé d’autre moyen pour se vêtir, que de s’enrouler le corps avec du papier toilette. C’est totalement inacceptable», s’indigne-t-il auprès de la RTBF. Il énumère aussi une absence de lumière et d’aération, une literie moyenâgeuse et des sorties en plein air «très rarement» réalisées. Le CCSP dénonce également le recours abusif aux menottes lors des déplacements vers le cachot, qu’importe que le milieu soit hautement sécurisé, ce qui est stigmatisant pour le détenu.

Un problème qui tarde à être résolu

Ce n’est pas la première fois que les cachots sont dénoncés pour leurs travers. Un rapport de l’OIP (Observatoire International des Prisons) citait par exemple le cas de deux directeurs et d’un agent de la prison d’Ittre condamnés en 2014 par le tribunal de Nivelles. Ils avaient menotté un détenu aux poignets et aux chevilles avec une chaine reliant les deux paires de menottes et il est resté comme ça pendant dix jours. En 2013, un détenu de la prison de Gand est resté 45 jours au cachot sans jamais pouvoir sortir, le tout avec une lumière constamment allumée. Il n’aurait d’ailleurs pas été le seul à avoir subi ce même traitement.

En 2016, le président de l’Ordre des barreaux francophones et germanophone (Avocats.be), Patrick Henry, évoquait des «conditions inimaginables, qui ne sont pas de ce siècle-ci» après la visite de la prison de Forest. «Je me souviens d’avoir vu un cachot de ce type dans ma vie, c’était lorsque j’ai visité Auschwitz. Il y avait juste un matelas par terre, un seau et pas de chasse ni d’eau pour évacuer les excréments. Ces circonstances sont abominables», déclarait-il.

L’OIP précise pour sa part qu’un tel isolement est nocif pour la réinsertion du détenu dans la vie sociale, et cause de graves problèmes psychologiques et physiologiques. L’Observatoire dénonce enfin «l’impossibilité de recours contre une décision de régime de sécurité» et des normes «floues», comme le relaye la RTBF.

Les abus sont donc nombreux mais il y a néanmoins une bonne nouvelle. Le CCSP se réjouit en effet de savoir que cette sanction disciplinaire n’apparaît plus dans les projets à long terme du ministre de la justice. «Il n’y aura plus de cachots dans les établissements de transition. C’est ce qu’a indiqué Vincent Van Quickenborne. C’est une petite lueur d’espoir dans ce tableau particulièrement sombre», se réjouit Marc Nève qui demande en attendant à ce que les prisons assurent l’enregistrement systématique des placements en cachot, contrairement à aujourd’hui.

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