Pourquoi Luc Hennart ne veut pas inscrire le terme féminicide dans le Code pénal

Le président honoraire du tribunal de première instance de Bruxelles Luc Hennart était l'invité de Maximet Binet sur DH Radio ce lundi matin.

Pourquoi Luc Hennart ne veut pas inscrire le terme féminicide dans le Code pénal
Une manifestante lors de la marche contre les violences sexuelles. © BelgaImage

La semaine dernière, une sordide affaire de viols dans certains bars bruxellois a éclaté au grand jour. Des marches ont été organisées afin de manifester contre ce phénomène inquiétant. L’un des suspects a déjà fait l’objet de 23 plaintes par le passé. Pourtant, il n’a jamais été réellement inquiété. 70% des plaintes pour agressions envers les femmes sont classées sans suite. Pour Luc Hennart, président honoraire du tribunal de première instance de Bruxelles, ce chiffre est à relativiser. « Le classement sans suite des plaintes est à hauteur de 60 à 70% à Bruxelles pour toutes les affaires. Cela ne veut pas dire que les magistrats sont négligents. Ils font une appréciation basée sur le contenu de la plainte. Et bien souvent, les dossiers ne sont pas assez solides », explique-t-il.

Pour autant, ne faudrait-il pas protéger davantage les femmes au niveau de la loi. En inscrivant le mot féminicide dans le Code pénal par exemple? Luc Hennart est catégorique: « La réponse est non ! ». Il a ensuite développé son propos. « Je pense que c’est une erreur de catégoriser toutes sortes de phénomènes. Cela ne veut pas dire que je pense que la violence à l’égard des femmes est acceptable. Mais ce qui importe de dire, c’est que toute forme de violence est insupportable. Je ne pense pas qu’inscrire le féminicide dans le code pénal changerait drastiquement la violence à l’égard des femmes. »

Dès lors, comment combattre ces violences qui sont récurrentes? En effet, neuf femmes sur dix ont déjà connu un harcèlement de rue. Il y a quelques années, Joëlle Milquet avait lancé une loi pour punir les hommes qui agresseraient les femmes, que ce soit verbalement ou physiquement. Avec une condamnation en sept ans, on ne peut pas dire que cette loi ait réellement eu un impact. « C’est la preuve de ce que j’avance », estime le juge. « Ce n’est pas parce que une loi est inscrite que tout change subitement. »

Le nœud du problème se situe au niveau de la preuve. Car les femmes doivent démontrer qu’elles ont été agressées. Un pas qu’elles ne parviennent pas toujours à prouver. « Cela ne veut pas dire qu’elles inventent, loin de là. Bien souvent, il s’agit de la parole de l’un contre la parole de l’autre. Le juge ou le procureur n’ont pas le moindre élément pour investiguer en profondeur le dossier. Ce n’est pas une offense à la femme de dire qu’en manque de preuve, la justice ne peut malheureusement rien faire. »

Pour combattre tous les phénomènes de violence, une réforme du code pénal est en cours. Même si le juge insiste. « D’un point de vue pénal, il n’y a rien de particulier dans les violences faites aux femmes. Le code pénal est une synthèse de ce que l’on veut supprimer. Selon moi, il ne faut pas singulariser toutes les violences mais les combattre toutes de la même manière », a-t-il conclut sur le sujet.

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