Bruxelles: comment se sont passés les premiers jours avec le Covid Safe Ticket?

De l’horeca aux salles de sport, l’arrivée du fameux pass a parfois provoqué des tensions, que ce soit du côté des gérants ou du public.

Bruxelles: comment se sont passés les premiers jours avec le Covid Safe Ticket?
Contrôle d’un Covid Safe Ticket @BelgaImage

Cela fait maintenant quatre jours que le Covid Safe Ticket (CST) est de rigueur à Bruxelles. Restaurants, bars, cinémas, musées, salles de sports, etc. Tous doivent contrôler la possession du sésame, soit avec une preuve de vaccination, un certificat de rétablissement ou un test négatif. Pour les non-immunisés, il y a de quoi être frustré et cela s’est vu depuis vendredi. Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls à se plaindre. Si globalement les gros accrochages sont rares, le CST n’a pas manqué de créer des tensions plus ou moins fortes à certains endroits.

Un horeca divisé

Dans l’horeca, il y a d’abord les établissements qui ne se plaignent pas du tout de la nouvelle règle, à l’image d’une adresse d’Etterbeek où s’est rendue une équipe de RTL Info. «C’est plutôt naturel», explique une responsable d’équipe qui contrôle facilement les CST. «Ça a pris littéralement 2 secondes de présenter le Covid Safe Ticket, donc pas de soucis», ajoute d’ailleurs l’un des clients.

Suivent ceux qui contrôlent mais avec quelques réticences. «On a trouvé la formule mais bon, on n’est pas payés pour ça, on n’est pas flics non plus. On a l’impression de fliquer en fait la clientèle à chaque fois», se plaint un restaurateur d’Ixelles à RTL. Idem dans les Marolles où s’est rendu le Nieuwsblad. «Puis-je simplement scanner votre code QR s’il vous plaît? Mes excuses. C’est une formalité obligatoire, certainement pas mon idée. Parce que regardez les conséquences de leurs règles. C’est super calme ici aujourd’hui», se désole un serveur qui redoute les conséquences du pass sur l’affluence.

Le quotidien flamand a même déniché des adresses où le CST n’était tout simplement pas contrôlé. Contrairement à d’autres établissements où l’absence de pass était synonyme de refoulement en terrasse (où il n’est pas requis), c’est comme si «le temps s’était arrêté et que la mesure sanitaire n’était pas en vigueur ici», note le journal.

Un seul véritable incident a été repéré à ce jour. Selon le parquet de Bruxelles, samedi vers 01h15, un gérant de café a été visiblement poignardé par un client puis emmené à l’hôpital (il est depuis rentré chez lui). Selon Bruzz et le fils de la victime, cela s’est produit juste après que le CST ait été demandé.

Pas de souci dans les musées mais des problèmes d’abonnements pour les loisirs

Rien de tout ça dans les musées, où la situation a été très calme selon un article du Nieuwsblad. Selon Brussels Museums, il n’y a eu que quelques couacs, comme un vaccin Spoutnik refusé, mais rien de bien grave. «Contrairement à la restauration, il est plus facile pour les musées de vérifier le CST. Tout le monde doit passer par la caisse et la vérification est alors un petit effort supplémentaire», explique Pieter Van der Gheynst, directeur de l’association muséale, qui ajoute que tout était bien préparé à l’avance.

Il fait également part de son soulagement quant au fait que les groupes scolaires ne soient pas soumis au CST, ce qui aurait potentiellement privé les musées d’une ressource important de revenus. Pour ce qui est des autres visiteurs, difficile de savoir quel sera l’impact du CST sur le chiffre d’affaires. «Nous ne verrons probablement pas de visiteurs qui n’ont pas été vaccinés pendant trois mois. Mais, on espère de plus en plus que les touristes étrangers oseront revenir à Bruxelles grâce à l’introduction de cette règle. Pour eux, cela signifie qu’il est plus sûr d’aller dans un musée», espère Pieter Van der Gheynst.

Si le quotidien flamand remarque qu’à Bozar, ceux sans CST peuvent demander que leurs tickets soient remboursés, RTL Info précise que dans beaucoup d’établissements de loisirs, demander un remboursement d’abonnement sera suivi d’une fin de non-recevoir. En cause: l’obligation de CST est une règle imposée par les autorités et n’est pas le fait de ces établissements. Il en sera de même en Wallonie où le pass sera en vigueur dès le 1er novembre. «Donc que ce soit Walibi, un concert ou un match de football, pour tout évènement où il est obligatoire de demander le CST, pas question de remboursement», conclut RTL.

Le défi des jeunes dans les salles de sport

Dans les centres sportifs de l’Adeps, le ton est plus conciliant. Certes, il n’y a pas de remboursement d’abonnement mais il est possible de demander un report. Un geste de conciliation qui ne calme pas toutes les tensions dans les salles de sport. Le Standaard pointe notamment le fait que le public est très souvent jeune. Or seulement la moitié des 18-25 ans bruxellois sont vaccinés à ce jour (le pass est obligatoire dès 16 ans). Ceux qui ne le sont pas doivent donc faire un choix: le vaccin ou l’arrêt des activités sportives en intérieur. Certains choisissent la première option, à l’image d’une fille de 23 ans à Molenbeek qui a refoulé sa peur des effets secondaires pour ne pas abandonner son club.

D’autres choisissent la résistance et ne viennent plus à la salle à cause du CST. «Ils le vivent comme du chantage, et cela les rend rebelles», constate un entraîneur de Molenbeek. «C’est une catastrophe», se désole aussi le responsable d’un club de sport du côté des Marolles qui confie qu’il est impossible de demander de payer à chaque fois 20€ pour se faire tester, sinon cela coûterait trop cher. Tous les entraînements sont d’ailleurs suspendus chez lui, vu que seulement trois entraîneurs sur quinze sont vaccinés. Un entraîneur de Molenbeek ajoute pour sa part que le CST a fait naître de multiples accrocs. Un tiers de ses joueurs a disparu avec son entrée en vigueur, ce qui a nécessité quelques adaptations pour éviter de devoir abandonner les compétitions, ce qui aurait coûté beaucoup d’argent. «Parfois, les jeunes veulent se faire vacciner mais ce sont leurs parents qui résistent», dit-il.

Un CST parfois critiqué même parmi les politiques

Interrogé à propos de ces problèmes causés par le CST, le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort dit «comprendre» les difficultés du terrain mais «la réalité à Bruxelles est ce qu’elle est». Pour lui, c’est simple: sans CST, c’était prendre le risque d’un reconfinement et d’une fermeture totale de tous ces établissements.

Il n’empêche, tous les responsables politiques ne sont pas forcément réjouis de l’arrivée du CST. La preuve: le bourgmestre d’Etterbeek et président de la Conférence des bourgmestres bruxellois, Vincent De Wolf, a critiqué sur Bel RTL un outil qui «n’est pas bien conçu» et a critiqué le manque de moyens donnés aux communes pour le contrôler. «On nous dit par exemple qu’il faut des contrôles des visiteurs dans les homes, mais il n’y a déjà pas assez d’encadrement des résidents», note-t-il. Il l’avoue: pour contrôler l’application du CST dans l’horeca, les contrôles seront nécessairement «sporadiques», même si «on ne peut jamais annoncer qu’il y aura une tolérance». «Je demande aux policiers d’agir avec intelligence, psychologie et compréhension. Si on se rend compte que les gens sont de bonne volonté, on ne va pas tout de suite les sanctionner», concluait-il.

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