Vers une interdiction de l’abattage rituel à Bruxelles ? Pas si simple…

Le ministre bruxellois du Bien-être animal Bernard Clerfayt a mis sur la table du gouvernement un projet d'ordonnance pour rendre obligatoire l'étourdissement des animaux d'abattoir. Un sujet sensible sur plusieurs fronts.

Vers une interdiction de l’abattage rituel à Bruxelles ? Pas si simple…
Belga

Bernard Clerfayt est très prudent quand il s’exprime sur son projet d’ordonnance : « Les partenaires du gouvernement m’ont confié le soin d’améliorer le bien-être animal à Bruxelles. Je ne peux pas, en tant que ministre, ne pas mettre le dossier sur la table. Je dois proposer cette avancée qui me paraît juste et proportionnée ».

Ce dossier, c’est un projet d’ordonnance rendant obligatoire l’étourdissement des animaux d’abattoir avant leur mise à mort. Ce qui interdirait de facto « l’abattage rituel ». Le sujet est donc sensible, sur le front religieux, mais aussi économique. Le secteur de la viande à Bruxelles ne voit pas cette avancée d’un bon oeil.

Dans les faits

Les animaux qui se retrouvent dans notre assiette sont abattus de deux façons. L’abattage conventionnel signifie que l’animal est étourdit par un coup de pistolet à tige perforant sa boîte crânienne avant d’être égorgé. L’abattage dit « rituel » implique que la bête est pleinement consciente lors de la mise à mort par égorgement.

Concrètement, la bête est placée dans une machine et retournée sur le dos. La peau de sa gorge tendue et dégagée pour être plus facilement tranchée. Pour certains (le secteur de la viande), elle perd connaissance après dix à quinze secondes, mais pour d’autres (le secteur du bien-être animal), elle reste consciente pendant 2 à 6 minutes de souffrance.

Le fait est que l’abattage « rituel » est une pratique courante à les abattoirs d’Anderlecht, qui est aussi le seul abattoir répertorié en région bruxelloise. Il est même plus courant que l’abattage conventionnel. La raison est simple, l’établissement est spécialisé dans la consommation halal, étant donné la forte demande de la population bruxelloise.

Le point de vue religieux

Selon les règles des religions juives et musulmanes, l’animal doit être pleinement conscient lorsqu’on lui tranche la gorge. Ce qu’on appelle un peu abusivement l’abattage « rituel ». Pour Caroline Sagesser, chercheuse au CRISP citée par Le Soir, il s’agit « plutôt de prescriptions alimentaires que de rite religieux, à l’exception des abattages réalisés à l’occasion de la fête musulmane de l’Aïd el-Kébir ».

Quoi qu’il en soit, pour les musulmans comme pour les juifs, l’égorgement de l’animal doit avoir lieu sans étourdissement préalable de l’animal. Une troisième voie est également tolérée par certaines communautés musulmanes, celle du « post-cut stunning », soit de l’étourdissement par pistolet dans la seconde qui suit l’égorgement.

Le point de vue économique

Pour les abattoirs d’Anderlecht, spécialisé dans le halal, l’interdiction de l’abattage « rituel » menacerait 200 à 300 emplois directs et indirects à Bruxelles. Dont profiteraient d’autres régions, comme le Nord de la France. Cela pourrait même mettre en péril les abattoirs d’Anderlecht.

Le point de vue juridique

L’abattage « rituel » est interdit en Flandre et en Wallonie depuis 2019. Et cette interdiction a été validée par la Cour Constitutionnel, laquelle s’appuyait sur la Cour de Justice européenne, en septembre 2020. C’est ce qui a poussé Clerfayt a bougé sur ce dossier. Pour la CJUE, « les règles européennes n’empêchaient pas d’adopter des dispositions supplémentaires pour une plus grande protection des animaux, y compris pour les abattages religieux ».

Le point de vue politique

Conforté par ce jugement, le ministre du Bien-être animal a donc mis le dossier sur la table du gouvernement bruxellois. Lequel est divisé sur la question. Pour l’obligation d’étourdir, on retrouve Défi, l’Open VLD et Groen. Divisé au point d’être mal à l’aise sur la question : PS et Ecolo. Car il y a aussi des voies électorales en jeu. Bernard Clerfayt ne s’est d’ailleurs pas gêné de mettre Ecolo devant ses contradictions, les Verts ayant voté pour l’étourdissement obligatoire en Wallonie. Un sujet tellement sensible que le dossier devrait passer du côté du Parlement.

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