Enquête pour viols dans des bars ixellois: le retour du spectre du GHB

Selon les témoignages, du GHB aurait été utilisé avant les viols. Cette drogue est devenue l'arme de prédilection des prédateurs sexuels, que ce soit en Belgique ou ailleurs.

Enquête pour viols dans des bars ixellois: le retour du spectre du GHB
Illustration de GHB versé dans un verre @BelgaImage

Depuis dimanche soir, de nombreuses jeunes filles décrivent la même scène dans des messages postés sur les réseaux sociaux. Toutes se disent victimes ou témoins de viols et d’agressions sexuelles dans au moins deux bars du Cimetière d’Ixelles, le Waff et le El Café. Certaines citent la «drogue du viol», le GHB. Le premier établissement s’est défendu en assurant que la sécurité des clients était assurée, notamment avec des caméras infrarouges. Mais contrairement à ce qu’il affirme, une enquête a bel et bien été ouverte sur cette affaire, comme l’a confirmé le parquet de Bruxelles à la presse. Selon certains témoignages, un barman est notamment mis en cause, accusé d’avoir mis de la drogue dans des verres avant de commettre des viols. En attendant que la justice tranche, un constat s’impose: ce type d’accusations est loin d’être un cas unique. D’autres pays ont été témoins du même phénomène, comme au Québec où les associations s’inquiètent même d’une «vague d’intoxications».

Des victimes ixelloises démunies face à la justice

Depuis hier, plusieurs témoignages sont parus dans les médias belges quant à l’affaire des bars ixellois. C’est le cas d’Anna (nom d’emprunt), 26 ans qui explique à BX1 qu’elle s’était rendue dans un des deux bars incriminés. Après une bière et un cocktail, tout est devenu flou et son «corps ne suivait plus». Elle a heureusement demandé à une amie d’être amenée à l’hôpital mais aucune analyse n’a été faite faite. Plusieurs jours plus tard, elle soupçonne avoir ingéré du GHB. Elle va alors chez son médecin mais c’est trop tard, cette drogue n’étant décelable que pendant 12 heures. Elle ne pourra pas porter plainte, se désole-t-elle, la police considérant que le témoignage de son amie n’est pas suffisant.

Elle n’est pas la seule à expliquer la même chose, avec des témoignages datant parfois de plusieurs années. Exemple avec Marie (nom d’emprunt), qui avait 20 ans lors d’une soirée dans un des deux bars ixellois en 2018. Elle accuse directement le barman de l’avoir droguée. «Ce n’est pas le barman qui m’a violée, mais une connaissance à moi qui passait par là et qui a profité de mon état», raconte-t-elle. Amenée à l’hôpital pour faire des prélèvements, elle décide ensuite de porter plainte. Un an plus tard, elle apprend que l’affaire a été classée sans suite «car mon agresseur, que j’avais identifié, affirmait que la relation avait été consentie», explique-t-elle. «Quand j’ai expliqué ce qui s’était passé à quelques amies, elles m’ont dit qu’il était connu que ce bar était dangereux».

Sur Instagram, d’autres filles disent ne pas pouvoir mobiliser la justice, toujours à cause de cette absence de preuves. Le parquet incite néanmoins à porter plainte, même dans ces cas-là, pour être sûr que cela soit examiné. Mais comme le rappelle l’association SOS Viol qui cite des chiffres officiels, 53% des cas de viol sont classés sans suite en Belgique. En 2018, 3.455 plaintes pour viols ont été déposées, soit 9,5 par jour.

Selon une source citée par la RTBF et ayant travaillé dans l’un des bars incriminés, les serveurs auraient créé un groupe WhatsApp où ils se partageaient leurs conquêtes, mais il n’a pas pu confirmer ou infirmer la présence de drogue ou de relations non-consenties.

Le fléau mondial du GHB

L’affaire d’Ixelles fait suite à d’autres cas similaires à l’étranger ces derniers jours. La semaine passée, une vague de témoignages a fait état de filles droguées au GHB dans des bars et discothèques à Tours, en France. Une enquête a été ouverte. À Québec, rebelotte dans plusieurs bars. Le CHU de la ville a dénombré 122 visites pour des cas d’intoxications au GHB et ce ne serait qu’une petite partie de la réalité, toutes les victimes n’allant pas à l’hôpital.

L’association belge SOS Viol a déjà eu l’occasion de s’inquiéter de la présence du GHB dans des affaires de viols. En 2015, un de ses psychologues, Vincent Liesse, déclarait à la RTBF que l’implication de GHB dans des affaires d’agressions sexuelles «est quelque chose qui n’est pas anodin et d’assez fréquent», même s’il est impossible de fournir des chiffres exacts. Il décrit trois effets. Le premier est une désinhibition. S’en suit une sorte d’hypnose et «si quelqu’un vous incite, vous donne un ordre ou une suggestion, vous allez avoir tendance à obéir sans vous poser de question». Et enfin, il y a l’effacement de la mémoire le temps de l’effet de la drogue. Et malheureusement, il est difficile pour les témoins de la scène de faire la différence avec un état d’ébriété. «C’est dur à détecter sur le moment même», confiait le psychologue.

Au Québec, selon l’organisation Points de repères, le GHB serait de plus en plus présent, celui-ci étant peu coûteux et facilement accessible. Autrement dit, l’arme parfaite pour les prédateurs sexuels. «Cette drogue-là est facile à dissimuler dans un verre, à faire ingurgiter à quelqu’un. Il y a aussi souvent le phénomène de blackout total. Pas de témoin, les personnes sont confuses et incapables d’identifier», illustre Mario Gagnon, directeur de l’organisme.

«Lorsqu’on consomme de l’alcool, il est important de toujours avoir un œil sur la boisson qu’on a entre les mains pour être certain que personne ne puisse mettre quelque chose dedans. L’autre chose, ne jamais accepter de consommation de quelqu’un qu’on ne connaît pas», rappelle de son côté la police québécoise. En Belgique, Vincent Liesse déclarait à la RTBF «que chacun se doit de surveiller l’autre». «Je pense qu’il n’y a pas d’autre technique par rapport à ça», ajoutait-il.

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