Budget : le retour des années 80, c’est bien

C’est le grand retour des investissements publics, remisés depuis les années 80. L’économiste Bruno Colmant décrypte ce qui est selon lui une très bonne chose pour le pays et la population.

Alexander De Croo
Le Premier ministre Alexander De Croo. © BelgaImage

Cocorico. Le Gouvernement fédéral s’est accordé sur une enveloppe de 1 milliard d’euros pour des investissements stratégiques supplémentaires. Ces moyens viennent s’ajouter aux 1,25 milliards d’euros de projets fédéraux inclus dans le Plan de relance européen (PRR) et aux 328 millions d’euros d’investissements complémentaires déjà dégagés en avril dernier. Ce premier véritable conclave du gouvernement De Croo marque un tournant historique pour les investissements, se félicite le secrétaire d’État pour la Relance et les Investissements stratégiques.

Et pour cause. Depuis les années 1980, la part des investissements publics dans le PIB a sensiblement et structurellement reculé en Belgique. En 2019, elle s’élevait à 2,63% du PIB, contre plus de 5% dans les années 1970. En 2019, selon Eurostat, la Belgique faisait partie des États membres de l’UE qui investissaient le moins. C’est dans ce contexte que le Gouvernement fédéral s’était fixé comme objectif le retour à un taux d’investissements publics de 4% du PIB à l’horizon 2030 et une étape intermédiaire de 3,5% du PIB en 2024.

Si on n’a plus fait d’investissements publics depuis si longtemps, c’est globalement à cause de l’équilibre budgétaire réclamé par la zone euro. « Or cet équilibre était impossible à trouver à cause des pensions et de la sécurité sociale qui augmentaient, explique Bruno Colmant, professeur d’économie à l’ULB et à l’UCLouvain. On a dès lors diminué les investissements publics. Et on a eu l’équilibre budgétaire, c’est vrai. Mais à quel prix ! Il a même fallu vendre des bâtiments publics ». C’était la technique de l’époque Verhofstadt notamment. « On fait aujourd’hui marche arrière et c’est salutaire. Beaucoup de projets de société doivent se faire à trop long terme pour que le privé, en recherche de rentabilité à court et moyen terme, puisse s’en charger. Le public peut jouer ce rôle. Or tout projet public crée de l’emploi et du bien-être pour la population. »

Et la dette ?

Certes. Mais vivre à crédit, avec une dette énorme, ça peut faire peur. « Ce n’est jamais bien de vivre à crédit. Mais la dette est actuellement rachetée par la banque centrale européenne. Donc nous sommes protégés, comme tous les autres pays. Et puis, on s’endette actuellement à un taux d’intérêt très bas. Si le taux de croissance est de 3 ou 4%, on sera gagnant. Il y a tellement de chantiers à réaliser comme le RER, des routes, des écoles », développe Bruno Colmant. Dans les années 60 et 70, on avait ainsi construit les centrales nucléaires, le ring de Bruxelles, le métro, la petite ceinture, des projets d’Etat dont on tire encore aujourd’hui les bénéfices.

Thomas Dermine est socialiste. Alexander De Croo est libéral. Mais au total, les investissements publics ce n’est ni de gauche ni de droite. C’est simplement le politique qui reprend la main en faveur de sa population. En comptabilisant les nouveaux moyens débloqués ce week-end, les investissements publics du Fédéral devraient atteindre près de 14,5 milliards d’euros sur la période 2021-2024. « Les ambitions de l’accord de majorité sont donc largement atteintes même si une croissance soutenue sera nécessaire sur le long terme.  Entre 2019 et 2026, on assistera à une hausse de l’ordre de 50% des investissements publics annuels du Fédéral », calcule-t-on chez Thomas Dermine. Et le secrétaire d’Etat de rassurer : « ce soutien fédéral aux investissements publics se fera hors trajectoire budgétaire et, dès lors, n’affectera pas les ni les prestations sociales et de santé, ni les services publics. C’est un changement de paradigme important et qui témoigne de l’importance consacrée à notre politique d’investissements pour répondre aux enjeux environnementaux, économiques et sociaux de notre pays».

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