La majorité des livreurs de repas à vélo à Bruxelles seraient sans-papiers

Une enquête montre comment les sans-papiers ont été amenés à faire ce métier dont "plus grand monde ne veut" à cause de conditions de travail déplorables.

La majorité des livreurs de repas à vélo à Bruxelles seraient sans-papiers
Un livreur Uber Eats à Bruxelles le 13 mars 2020 @BelgaImage

Une proportion importante des livreurs de repas à Bruxelles sont aujourd’hui des sans-papiers «travaillant» dans des conditions déplorables, rapporte Le Soir lundi à l’issue d’une enquête. Le quotidien met en lumière un «marché» du faux compte sur les plateformes de livraison Uber Eats ou Deliveroo répondant aux lois de l’offre et de la demande.

La nécessité de travailler pour vivre

Le quotidien a interviewé plusieurs dizaines de livreurs à vélo dans les rues de la capitale ces dernières semaines – tous des jeunes hommes entre 18 et 30 ans -, qui viennent généralement d’Afrique du Nord et de l’Ouest, mais aussi d’Amérique du Sud, du Pakistan, de Syrie et d’Afghanistan. Ils ne parlent pas toujours français, néerlandais, anglais ou espagnol. Une bonne moitié de ceux interrogés confient «ne pas avoir de papiers» et utiliser un «faux» compte Uber Eats ou Deliveroo pour subvenir à leurs besoins.

Selon Nada Ladraa, animatrice pour le Mouvement ouvrier chrétien, qui est à l’origine du mouvement bruxellois «Coursiers en lutte», «les livreurs sans papiers composent aujourd’hui la majorité de la main-d’œuvre des plateformes à Bruxelles». Pour la chercheuse, «l’aggravation des conditions de travail et tarifaires est à l’origine du basculement opéré il y a environ deux ans, renforcé par l’épidémie de covid: plus grand monde ne veut faire ce job, restent ceux qui n’ont pas d’autres options».

Le statut ‘P2P’ ou celui de l’économie collaborative entré en vigueur en 2018 a facilité le développement du travail illégal sur les plateformes, reconnait le cabinet du ministre de l’Economie, Pierre-Yves Dermagne (PS). Le ministre prévoit une révision de cette loi d’ici à la fin de l’année et a organisé à cet effet une consultation populaire en ligne.

Deliveroo conteste

Dans une réaction, Deliveroo fait savoir que le postulat selon lequel la majorité des coursiers seraient des sans-papiers est issu d’une citation d’une des personnes dans l’article du Soir, n’est nullement prouvé et ne correspond en tout cas pas du tout à la réalité du terrain observée.

La plateforme affirme avoir une politique de tolérance zéro envers des agissements illégaux et assure qu’elle cesserait de travailler avec un coursier qui se ferait remplacer par une personne en infraction avec la législation belge du travail et ne disposant pas des documents requis pour travailler en Belgique. «À ce jour, nous avons reçu très peu de rapports concrets sur de telles activités illégales qui nous permettraient d’agir. Lorsqu’ils nous sont parvenus, nous avons pris les mesures imposées et collaboré avec la police», dit-elle encore.

Les coursiers indépendants ont le droit de se substituer, comme tout autre travailleur indépendant dans d’autres secteurs. C’est une partie tout à fait légale du travail indépendant et ce n’est pas spécifique à Deliveroo, explique encore l’entreprise. En revanche, les coursiers de l’économie collaborative ne peuvent en aucun cas être substitués, insiste-t-elle. La plateforme contrôle également ses propres coursiers. Elle indique également qu’elle travaille sur une technologie de reconnaissance faciale pour prévenir des fraudes similaires.

Uber Eats explique pour sa part que les coursiers sont identifiés via une technologie ID en temps réel, à l’aide d’un selfie, pendant leurs activités sur la plateforme. Il peut leur être demandé à tout moment de se reconnecter selon la même méthode. «S’il n’y a pas de correspondance, le compte est immédiatement bloqué», ajoute un porte-parole. «En cas de fraude, nous pouvons procéder à une clôture définitive de ce compte».

Sur le même sujet
Plus d'actualité