Semaine de quatre jours: késako, qui est pour et qui est contre?

Partis et syndicats sont très divisés sur cette proposition, certains y voyant surtout des avantages pour les travailleurs alors que d'autres estiment qu'il n'y aurait aucun bénéfice pour leur bien-être.

Semaine de quatre jours: késako, qui est pour et qui est contre?
Le ministre de l’Emploi Pierre-Yves Dermagne le 7 octobre 2021 @BelgaImage

Depuis cette semaine, la Vivaldi songe à un nouveau grand projet: permettre d’aménager sur quatre jours au lieu de cinq la semaine de 38 heures de certains travailleurs salariés. Ils presteraient donc 9,5 heures par jour pendant quatre jours, suivis d’un jour libre, avec maintien des salaires mais sans réduction nette d’heures de travail. Mais si l’idée est défendue par le gouvernement, elle ne suscite pas un grand enthousiasme auprès des syndicats et de certains partis politiques.

Une Vivaldi divisée

La mesure est autant approuvée par le ministre de l’Emploi, Pierre-Yves Dermagne (PS), le MR et l’Open Vld. Selon un libéral francophone interrogé par La Libre, «cela donne un jour de repos supplémentaire par semaine au salarié qui peut mieux articuler sa vie professionnelle et sa vie privée». Il y voit trois autres avantages: plus de repos pour éviter le burn-out et les risques psychosociaux, un impact moindre des trajets maison-bureau sur l’environnement, et un gain de pouvoir d’achat puisqu’il faut moins se déplacer.

Mais premier problème: tous les partis de la majorité ne sont pas du même avis. C’est notamment le cas d’Ecolo. Ce vendredi, la ministre fédérale du Climat, l’écologiste Zakia Khattabi, a déclaré sur Bel-RTL qu’elle a «toujours défendu la réduction du temps de travail» or «ici, c’est un aménagement du temps de travail». «Le jour de repos, tel qu’il est proposé dans cette formule-là, à mon avis, il sera nécessaire pour se remettre des heures prestées les jours précédents», a-t-elle ajouté. «Donc non», son parti ne soutiendra pas cette proposition, a-t-elle dit.

Les syndicats socialistes et chrétiens peu favorables

Cette critique reflète ce que pense également certains syndicats qui ont accueilli très froidement la proposition du gouvernement. Du côté du syndicat socialiste, on se dit opposé à ce type de semaine de travail au cours de laquelle on fait en quatre jours ce que l’on réalise normalement en cinq jours, ce qui augmente la charge de travail. Les parents isolés risquent en plus d’être particulièrement lésés, selon la FGTB, qui est par contre favorable à une semaine de quatre jours, mais en combinaison avec une réduction du temps de travail.

Interviewé par La Libre, le patron de la FGTB, Thierry Bodson, a déclaré que «la concentration du temps de travail pourrait avoir des effets pervers sur le bien-être des travailleurs» et se dit «courroucé» face à l’annonce de ce projet fédéral. «D’abord, si on prend en compte le temps de trajet, de 40 minutes en moyenne, les travailleurs seraient en dehors de leur foyer durant 11 heures. Pour peu qu’ils aient des enfants en bas âge, quelle sont les crèches qui sont ouvertes aussi longtemps? Ensuite, autre question que je me pose: l’effet sur la productivité. Il ne faut pas être grand-clerc pour se rendre compte que plus les journées s’allongent, plus la productivité baisse. Je ne suis pas certain qu’au bout du compte, faire travailler les gens 9h30 par jour leur serait profitable», explique-t-il.

Le syndicat chrétien se pose aussi de sérieuses questions quant à cette formule. «Si vous travaillez 9,5 heures par jour en plus d’un déplacement, cela commence à devenir de vraiment longues journées. Est-ce bon pour le bien-être des gens?», se demande-t-il. Enfin, les syndicats soulignent qu’une journée de travail de 9,5 heures risque de contrevenir aux conventions internationales sur le temps de travail.

Les patronats et le SNI ouvert à la discussion

Le ton est néanmoins très différent du côté du syndicat neutre pour indépendants (SNI). La semaine de quatre jours de travail, dont le dossier est actuellement sur la table fédérale, c’est possible, selon le SNI, «à condition que le coût du travail n’augmente pas», souligne-t-il vendredi par communiqué. Si la possibilité de prester 9,5 heures par jour pour les travailleurs passe, elle ne doit pour autant pas devenir une obligation pour l’employeur, estime encore le SNI. Il existe néanmoins de nombreux avantages, pour le secteur du commerce de détail notamment. «Cela pourrait être un atout pour faciliter la recherche de personnel, un problème auquel est confronté nombre de commerçants. Cela permet également d’offrir davantage de services aux clients, mais aussi de recevoir les clients plus longtemps ou même de produire plus?».

Du côté des fédérations patronales, l’accueil de la proposition du fédéral est là aussi plutôt bon. Interrogé par La Libre, Pierre-Frédéric Nyst, président de l’Union des classes moyennes (UCM), estime qu’employeurs et travailleurs pourraient trouver un terrain d’entente. «On ne va pas se mentir, il y a des intérêts des deux côtés à mettre cette forme de flexibilité en œuvre, mais il va falloir définir correctement le cadre. Ainsi, il est évident que si le travail se fait sur 4 jours, les chèques-repas seront distribués pour ces jours de travail».

Une discussion en cours

À la suite de ces réactions, le ministre fédéral de l’Emploi, Pierre-Yves Dermagne, a défendu l’idée d’une réduction collective du temps de travail. La paternité de cette proposition très commentée ne revient toutefois pas au ministre PS, mais à l’Open Vld, faisait-on remarquer vendredi. Si elle devait effectivement passer le cap des négociations gouvernementales, il reviendrait aux partenaires sociaux d’en tracer les contours, car elle touche à l’aménagement du temps de travail, a rappelé le cabinet de M. Dermagne. À ses yeux, un tel régime devrait en outre reposer sur une base volontaire et être assorti d’un droit à la déconnexion afin de respecter le temps de repos des travailleurs. La crise du covid a démontré à quel point le télétravail avait augmenté la charge mentale supportée par les travailleurs, a-t-il ajouté.

Le gouvernement De Croo reprend vendredi ses discussions budgétaires. L’idée des cinq jours de travail concentrés en quatre est une idée sur la table, parmi d’autres, observait-on encore.

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