Un accès au chômage en cas de démission? La Flandre s’oppose à Dermagne

La proposition du ministre de l’Emploi a été très mal accueillie par les partis du gouvernement flamand ainsi que par le patronat du nord du pays. Des réactions bien différentes de celles au sud.

Un accès au chômage en cas de démission? La Flandre s’oppose à Dermagne
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Le président de l’Open Vld Egbert Lachaert a balayé mercredi la proposition formulée par le ministre de l’Emploi Pierre-Yves Dermagne (PS). Le vice-Premier socialiste proposait, dans L’Echo et De Tijd, d’offrir la possibilité aux salariés qui démissionnent d’avoir accès aux allocations de chômage. Sur Twitter, le libéral flamand s’est dit «radicalement contre» cette idée. «L’objectif, c’est plus de gens au travail et moins avec une allocation. Pas l’inverse», a-t-il écrit. Même son de cloche du côté du patronat flamand. Il s’agit d’«une proposition du siècle passé», estime le responsable de l’Unizo Danny Van Assche.

Le réveil du clivage nord-sud

Afin de favoriser la mobilité professionnelle, Pierre-Yves Dermagne propose d’offrir la possibilité aux salariés de réorienter leur carrière un nombre limité de fois. Ceux-ci pourraient, à condition d’occuper un emploi depuis plusieurs années, avoir accès aux allocations de chômage s’ils quittent volontairement leur job. Cette proposition s’inscrit dans le cadre du débat sur la réforme du marché du travail envisagée par la coalition Vivaldi. Côté francophone, Ecolo est également favorable à ce «droit à la deuxième chance», comme l’a confirmé le chef de groupe Gilles Vanden Burre lundi dans La Libre. Au MR aussi, on est ouvert à l’idée, mais pas dans le contexte d’une lutte contre les métiers en pénurie évoquée par M. Dermagne. «Le MR a proposé un droit à la réorientation à une reprise, après 10 ans de cotisations. Ce droit à la démission aménage les carrières mais ne résout pas la pénurie des métiers. C’est absurde de le penser. Cela pourrait même aggraver la situation», a réagi le président des libéraux francophones Georges-Louis Bouchez sur Twitter. Le président du cdH (opposition) Maxime Prévot s’est de son côté dit «heureux de découvrir depuis quelques jours que le PS et Ecolo souscrivent enfin à la proposition que nous avons formulée il y a déjà 2 ans. Mieux vaut tard que jamais?». Le propos a été contesté par Ecolo.

Au nord du pays, la tonalité est bien différente, notamment au sein du parti du Premier ministre Alexander De Croo. «Cette proposition figurait dans des notes précédentes lors des négociations», rappelle Egbert Lachaert, qui fut préformateur de la Vivaldi l’année dernière. Le président des libéraux flamands convient certes qu’il devrait y avoir une plus grande mobilité de la main-d’œuvre, «mais pas ainsi». Le CD&V a également réagi par la voix de la députée Nathalie Muylle, prédécesseure de Pierre-Yves Dermagne au portefeuille de l’Économie. «Travailler moins avec des allocations pour pallier les pénuries de main-d’œuvre… je ne comprends plus», a-t-elle tweeté. Dans l’opposition, la N-VA a qualifié la proposition d' »énième mesure irresponsable du PS« . Selon le député Björn Anseeuw, elle «contredit totalement l’objectif de ce gouvernement d’atteindre un taux d’emploi de 80%. Conduisons les personnes qui ont besoin d’un défi différent vers un nouvel emploi et non vers des allocations de chômage».

«Chaque proposition du PS est d’avance suspecte pour certains», a rétorqué le député de la majorité Wouter De Vriendt (Groen). «Ces allocations, même si vous démissionnez, libèrent les gens du burn out et d’un travail dans lequel ils se sentent coincés. Et elles rendent le marché du travail plus mobile».

«Inacceptable» pour le patronat flamand

Les employeurs du nord du pays jugent cette formule totalement «inacceptable» sur le marché du travail actuel. Pour M. Van Assche, il s’agit d’une invitation à se mettre au chômage afin de toucher une allocation. « C’est une proposition du siècle passé qui ne contribue pas du tout aux objectifs du marché de l’emploi. C’est une incitation à la désactivation. Je ne comprends pas comment un ministre de l’Emploi puisse venir avec une telle proposition« , explique Danny Van Assche.

Au sein de l’organisation des entrepreneurs flamands, le Voka, la pilule est aussi difficile à avaler. «La Flandre n’a vraiment pas besoin d’une telle proposition. C’est un très mauvais signal. Il faut activer les personnes qui n’ont pas de travail». Cette proposition incite à nouveau à se constituer un confortable matelas d’allocations, commente l’administrateur délégué Hans Maertens.

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