À quoi reconnaît-on un parfait connard ?

La romancière Virginie Despentes interpelle dans son dernier opus un connard en particulier. Des chercheurs tentent de modéliser les traits constitutifs de l’espèce en général.

les critères d'un connard
On a déjà tous et toutes croisé un connard sur la route. © Adobe Stock

Cher connard, j’ai lu ce que tu as publié sur ton compte Insta. Tu es comme un pigeon qui m’aurait chié sur l’épaule en passant. C’est salissant et très désagréable.La star de la rentrée littéraire automne 2022 bâtit son dernier best-seller sur un environnement où séviraient actuellement un nombre considérable de connards. Les réseaux sociaux. Instagram, Twitter, Facebook… Mais aussi les forums des sites Internet d’informations fleurissent de propos insultants, ­harcelants, dégradants ou simplement discourtois. Un autre environnement riche en individus du même acabit est celui de la circulation routière. L’automobiliste au volant de sa voiture qui tourne au carrefour et klaxonne en menaçant un piéton qui traverse sur le passage au feu qui vient de passer au rouge. Celui qui frôle le cycliste au risque de l’envoyer dans le décor… À cet égard, le plan “Good Move” à Bruxelles est d’ailleurs un véritable bouillon de culture, tout comme d’ailleurs les restrictions de carburant dans les pompes à essence en France. Qui n’a pas eu envie de hurler à celui qui coupe une file ses quatre vérités qui tiennent en ce seul mot?

Comment le distinguer?

Ainsi, apparaît une première caractéristique. On parle bien plus souvent du comportement de connard que du connard lui-même. Éric la ­Blanche, auteur de l’essai Le connard, enjeux et perspectives a établi une définition. “Un connard est une personne qui se comporte de façon déplaisante ou déplacée par manque d’intelligence, de savoir-vivre ou de scrupules et qui est immunisé contre les plaintes des autres.” L’essayiste insiste sur une notion essentielle. “On comprend bien qu’il ne s’agit pas du “con”. Un con, c’est quelqu’un de bête, c’est un imbécile. C’est un état. Permanent chez certains, temporaire chez d’autres. On peut tous parfois être cons. Mais ce n’est pas voulu. Le “connard”, c’est une intention, ce n’est pas un état. Il y a une forme de conviction chez le connard qui le pousse à se dire qu’il peut s’autoriser parce qu’il est mieux que les autres à dépasser tout le monde dans la file, à être grossier, à maltraiter ses subordonnés…” Le salaud se différencie par le fait que lui, aura l’intention de faire du mal là où le ­connard sera motivé par le fait de se mettre en avant en s’en prenant à autrui.

Le comportement intentionnel du connard ­semble être le fait de certains types de personnalités. Une étude menée par la faculté de psychologie de Géorgie tend à le prouver. Le concept de “connard” se traduit en anglais – y compris étymologiquement, à quelques centimètres près – par le terme “asshole”. Dans They Are Such an Asshole: Describing the Targets of a Common Insult Among English-Speakers in the United States, des chercheurs ont interviewé plusieurs centaines de personnes au sujet de leur confrontation avec un connard. Et un consensus s’est dégagé sur la ­personnalité des connards ainsi rencontrés. Ceux-ci avaient le même profil psychologique que les personnes souffrant de troubles de la ­personnalité psychopathiques, narcissiques et/ou antisociaux.

connard

Manque d’empathie, manipulation, tendance à blâmer autrui, culpabilisation d’autrui… Quelques critères du parfait connard. © Adobe Stock

Les six cases du sale con

Un con, c’est un peu comme Monsieur Jourdain dans Le bourgeois gentilhomme de Molière qui fait de la prose sans le savoir, confirme Laurent ­Testot, historien, coauteur de L’histoire universelle de la connerie. Mais lui, fait de la connerie sans le savoir. Un connard le fait délibérément. On peut tous être cons ou même connards. Mais il y a des connards systémiques. Ceux-là ont des personnalités psychopathologiques, souvent asociales qui cochent 6 familles de critères. Le manque total d’empathie, la forte capacité à manipuler autrui, une forte intolérance à la frustration, l’incapacité à supporter les écarts des autres, une tendance à blâmer autrui et l’art de faire culpabiliser autrui.” Et bien entendu le fait de ne jamais s’excuser. Cette dernière caractéristique est une ligne de démarcation. S’excuser, c’est sortir de ce comportement de connard. Ainsi, dans le même ordre d’idées, on est tous le “con de ­quelqu’un”. Le con d’un plombier lorsqu’on n’y connaît rien. Le con d’un astrophysicien. Être le “connard de quelqu’un” est beaucoup plus rare. Mais on le trouve assez souvent en entreprise.

En 2007, Robert Sutton a fait paraître Objectif zéro sale con. Robert Sutton n’est pas n’importe qui. Il est professeur de management à l’Université Stanford, classée régulièrement parmi les trois meilleures universités au monde. Il expliquait dans son ouvrage que certaines théories de management prétendaient que le connard était utile en entreprise. Qu’il pouvait être un aiguillon pour pousser les gens dont il avait la responsabilité à “tirer le meilleur d’eux-mêmes” parce qu’ils n’étaient “pas capables” de se prendre en charge seuls. Il affirmait que ces théories étaient inefficaces. Ce que constatait Robert ­Sutton, dans toutes les études de terrain qu’il avait réalisées, c’est que lorsqu’on congédiait un connard d’une entreprise, toute son ex-équipe montait en performance et en qualité. Il constatait également que le turn-over baissait, que les résultats de l’entreprise augmentaient.

Comment faire face?

La littérature en la matière est concordante. D’une manière générale, il faut fuir quand on voit un connard parce que vous n’allez pas le faire changer d’avis. C’est souvent un connard depuis longtemps et il a une grande expérience en la matière. Pour reprendre, en partie, la métaphore de ­Virginie Despentes, on ne joue pas aux échecs avec un pigeon, comme on ne discute pas avec un ­connard. Parce que celui-ci à un moment ou un autre va renverser l’échiquier en faisant ses besoins dessus. En entreprise, il faut passer à la dimension collective. Et réussir à mettre en place un front commun face au mauvais comportement d’un connard pour retourner la situation. Quitte à faire en sorte qu’il se fasse virer…

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