Un plan Good Move ou un bad timing?

Baptisé “Good Move”, le récent Plan régional de mobilité à Bruxelles est loin de faire l’unanimité.

Il faut moins utiliser la voiture
@Belga Image

En matière de mobilité, Bruxelles fait figure de village d’Astérix. La voiture occupe toute la Gaule. Toute, sauf Bruxelles. Le trait est un peu forcé: la capitale belge n’est pas la seule ville du monde à limiter la présence de la voiture en son sein. Mais elle le fait depuis une dizaine d’années avec une volonté ­irréductible. Et avec un certain succès. En effet, même si globalement en Belgique, le nombre d’immatriculations d’automobiles augmente, de moins en moins de voitures fréquentent la Région bruxelloise. Les comp­tages réalisés par Bruxelles Mobilité l’attestent. Par ailleurs, la longueur des trajets diminue.

Les usagers ont changé leurs habitudes. Suite à une prise de conscience des enjeux environnementaux. Les autorités actuelles se gardent cependant de tout triomphalisme. “Si les Plans régionaux de mobilité précédents – Iris I (1998) et Iris II (2010) – n’ont pas produit le changement espéré, ils ont posé les jalons d’une culture de la ­mobilité durable”, déclarent-elles. Et elles avancent. “Il est donc temps d’opérer le basculement attendu par les citoyens. Une approche multimodale, une gouvernance plus directe et une planification volontariste sont autant de facteurs de réussite pour le plan Good Move.”

Ce 16 août, une nouvelle phase de ce plan a été appliquée sur le territoire de Bruxelles-Ville. Changements de sens des rues, rues à sens unique, zones d’accès limitées ont rapidement créé des embouteillages. Suffisamment pour que le président du syndicat SLFP des pompiers de Bruxelles s’en émeuve. “Des véhicules, de retour d’une intervention à Molenbeek-Saint-Jean, ont mis 40 minutes pour le trajet de deux kilomètres les séparant de leur caserne.” Et de faire remarquer: “Ce plan vise à empêcher le trafic de transit dans le Pentagone, en obligeant les automobilistes à rester sur la petite ceinture. Or, la petite ceinture est à l’arrêt en raison de travaux”… Ne fallait-il donc pas attendre un peu pour éviter une paralysie du trafic qu’on imagine inévitable lors de la rentrée?

“On ne pouvait plus se permettre d’attendre”

Bart Dhondt est échevin (Groen-Écolo) de la Mobilité et des Travaux publics à la Ville de Bruxelles.

Lorsque je constate qu’il y a, cet été, cette canicule et que l’année dernière, c’était des inondations, je suis très satisfait d’avoir réussi à mettre en place cette phase du plan Good Move. Que l’on soit parvenu à se coordonner avec les autorités régionales, c’est une vraie satisfaction. La vague de chaleur a un fort impact sur la population et ­particulièrement parmi les moins favorisés. Pour cette raison, nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre plus encore. Nous prenons toutes nos ­responsabilités pour rendre la vie la plus agréable pour tout le monde mais aussi pour veiller à la santé publique. Avec le plan Good Move, on va pouvoir diminuer les accidents de circulation, on va rendre plus agréable la vie dans le centre-ville, on va favoriser le mode de déplacement actif: marche, vélo… Ceci va faire diminuer nos émissions de CO2 et va améliorer la santé de la population.

Certes, il y a des embouteillages. Mais il faut cinq ou six mois pour voir l’impact réel d’un tel plan. Alors oui, il y a des travaux dans le tunnel Trône et ensuite ce sera le tour d’autres tunnels. Mais si Bruxelles Mobilité réalise des travaux, ce n’est pas pour le plaisir. C’est parce que sans ces travaux, on risque de devoir fermer ces tunnels avec toutes les conséquences que cela im­plique. La petite ceinture permet de distribuer le trafic parmi les communes bruxelloises et rend possible l’accès de la Région bruxelloise aux autres régions. C’est la raison pour laquelle il faut rénover cette petite ceinture. Pour éviter un problème encore plus large. Mais on sait bien que pour chaque nouveau schéma de circulation, il faut du temps. Ce n’est pas agréable, ce n’est pas facile et on demande beaucoup. Ici, ce que l’on fait, ce n’est pas simplement reporter le trafic sur la petite ceinture, mais on invite les gens à réfléchir à la manière dont ils se déplacent. En diminuant le trafic de transit, on va laisser plus de place aux piétons, aux vélos et à ceux qui ont réellement besoin de leur véhicule pour se déplacer ou pour approvisionner la ville. Pour la rentrée, si vous voulez être à l’heure au travail ou à l’école, il vous faudra vous lever un peu plus tôt ou réfléchir à un autre moyen – parking de dissuasion ou autre mode de transport… – que d’utiliser votre voiture.

“Il fallait consulter toutes les parties prenantes”

David Weytsman est député bruxellois et chef de groupe MR-VLD à la Ville de Bruxelles.

Ce qui est ennuyeux avec cette majorité (PS/­Écolo-Groen…), c’est qu’elle concentre toujours les objectifs de qualité de vie – qu’on peut par ailleurs partager – uniquement sous le spectre de la mobilité. La mobilité pour nous, c’est important mais ce n’est pas la priorité. Il conviendrait de lutter contre le problème endémique de malpropreté, d’insécurité dans certains quartiers, de harcèlements sexistes, de mendicité organisée, de phénomènes d’errance de personnes parfois agressives… Tout cela est un ensemble. Or, la Ville de Bruxelles n’intervient que sur la mobilité. J’admets volontiers que les choses en la matière peuvent être améliorées: c’est la raison pour laquelle je n’ai pas voté contre ce plan, mais je me suis abstenu. On s’est cependant rapidement rendu compte qu’il n’y avait aucune volonté de discuter. D’abord, on n’a pu obtenir aucune étude. Ni celle ayant trait à des prévisions de volume de trafic en moins, ni celle ayant trait aux impacts sur la petite ceinture, sur la pollution, sur l’économie, sur l’accès de corps de métiers essentiels (plombier, chauffagiste, personnel soignant pour les maisons de retraite, etc.). Il y a un problème de concertation.

Les autorités nous disent qu’elle a eu lieu avec les services de secours. Je ne commenterai pas la déclaration du président du syndicat des pompiers… Il y a eu seulement 15 réunions organisées, contre plus de cent pour le piétonnier, plus de cent! Moins de 1 % de la population concernée a participé à ces réunions et a été informée. On nous a dit que cela a été très compliqué à réaliser à cause de la crise Covid. Soit. Mais pourquoi ne pas refaire de consultations quitte à prolonger de quelques mois? Il n’y a pas eu de concertation avec certaines professions: notamment avec la fédération des infirmières à domicile. Et puis, il y a un problème de cohérence. La ministre de la Mobilité bruxelloise Elke Van den Brandt, en avril 2022, a fait mettre des panneaux sur l’avenue Louise demandant aux automobilistes de ne pas emprunter la petite ceinture. Parce que celle-ci arrive à saturation à cause des ­travaux. Et maintenant on veut y déporter un surplus de trafic? Alors que les travaux continuent? Il est ­évident qu’il aurait fallu attendre. Mais attendre c’était risquer, pour la majorité, de devoir appliquer Good Move à la veille… des élections!

Sur le même sujet
Plus d'actualité