De plus en plus de Belges optent pour une piscine naturelle: comment ça fonctionne?

Après le confinement et les vagues de chaleur, la demande en piscines a explosé. Mais beaucoup de familles préfèrent désormais l’étang de baignade, une alternative biologique et sans produit chimique.

une piscine naturelle dans un jardin
Comptez entre 55 et 70.000 euros pour une piscine naturelle. © DR

Lorsque la pandémie a obligé chacun à se cloîtrer à domicile, l’importance d’avoir un logement qu’ils apprécient, qui leur convienne, a sauté aux yeux de beaucoup de Belges. Privés de voyages, ceux qui pouvaient se le permettre ont décidé de faire venir les vacances jusqu’à eux. Pour beaucoup, celles-ci sont syno­nymes d’eau. Mer, océan, rivière ou leur traduction à domicile: les piscines. Elles ont connu un immense boom, perpétué jusqu’à aujourd’hui par les différentes vagues de chaleur. “Le nombre de piscines a doublé en quelques années. On tourne maintenant autour de 6.000 construites par an, détaille Patrice Dresse, directeur général de la Fédération belge des professionnels de la piscine et du bien-être. De plus, pour un bien immobilier de 6 à 700.000 €, l’acheteur s’attend désormais à un jardin avec une piscine, ce qui fait que beaucoup de propriétaires sautent aussi le pas pour investir.

Filtration naturelle

Parmi ces Belges qui peuvent désormais piquer une tête à domicile, de plus en plus ont opté pour ce qu’on appelle communément une “piscine naturelle” ou une “piscine biologique”, même si le terme préféré par le secteur est plutôt “étang de baignade”. Soit la promesse d’une eau plus pure, débarrassée du chlore et des produits chimiques qui rebutent pas mal de familles. Parmi les atouts de la piscine naturelle, c’est le principal. Son eau est filtrée naturellement via deux bassins supplémentaires, des lagunages. Une série de plantes y vivent et “nettoient” elles-mêmes l’eau de la zone de baignade. Des végétaux bien spécifiques assez voraces, costauds et habitués aux marais et à la survie en zone de lagunage, où il n’y a pas de terreau. La seule aide artificielle à ce système est une pompe qui assure une circulation optimale de l’eau entre les trois bassins. De la sorte, il n’est jamais nécessaire de la vider comme pour une piscine traditionnelle, même s’il faut de temps en temps y remettre l’eau qui se sera évaporée. Autre possibilité, cette nouvelle méthode au succès grandissant: la filtration biominérale. Cette fois, l’eau est filtrée sans plantes ni chlore grâce à des minéraux, bactéries et autres micro-organismes injectés dans l’eau par un filtre spécial. Mais dans ce cas de figure, on troque les bassins de lagunage contre un appareil électrique de plus.

Pas pour tout le monde

Il ne faut pas cependant idéaliser ce genre d’installation. “Les gens se font beaucoup d’idées avec ce qu’ils voient sur Internet et les réseaux sociaux. Il est important de bien comprendre dans quoi on se lance. Une petite partie des clients changent d’avis une fois les ­travaux déjà commencés.” Dans sa forme la plus ­basique et en petites dimensions, l’étang de baignade est plutôt attractif. Moins cher qu’une piscine traditionnelle (“environ 30.000 la naturelle et 60.000 la classique”, selon les estimations de Patrice Dresse), son eau pourra “prendre une légère teinte, ce qui n’est pas au goût de tout le monde” et “ne peut pas être chauffée”. Les bassins nécessitent quant à eux d’être bien entretenus “sinon ils redeviennent des étangs comme les autres”, ajoute le directeur de la fédération. “Ce n’est pas moins bien, c’est différent. Le mieux, c’est d’en voir une vraie avant de se décider.

Mais aujourd’hui, les méthodes ont évolué et ce genre de piscines naturelles se fait rare. “Beaucoup de gens croient qu’on nage dans les algues, mais pas du tout. Avec la bonne sélection de plantes, l’utilisation d’un filtre à UV pour éviter que des biofibres ne se forment sur les parois et l’utilisation de ralentisseurs d’algues biologiques, l’eau des étangs de ­baignade est ultra-limpide sans aucun produit ­chimique. Il faut par contre la tester régulièrement, précise Romain Pinte, gérant d’Aquatic Design. Il est aussi possible de les chauffer, mais on n’y gagne que quelques degrés de plus.

La ruée vers l’eau

Cette société basée à Limal (Wavre) est active dans les aménagements aquatiques de jardins depuis plus de 25 ans et spécialisée dans les piscines naturelles. On fait appel à ses services jusqu’à l’autre bout de la Belgique et même dans le nord de la France. Ici aussi, on confirme que l’envie de nager à la maison a explosé. “À partir du premier confinement, les demandes de piscines naturelles ont doublé, raconte le patron. Elles ont un peu baissé ensuite, mais restent beaucoup plus nombreuses qu’en 2019. On a même dû engager un peu de personnel pour pouvoir suivre.” Temps d’attente actuel pour une piscine: un an. Selon Romain Pinte, avec les technologies garantissant une eau impeccable et les attentes du public, quasi impossible de construire une piscine naturelle pour moins cher qu’une piscine traditionnelle. “Elles demandent un savoir-faire particulier et beaucoup de travail. Même la plus basique de 4 mètres sur 8 coûtera tout de même 45.000 ou 50.000 €. Mais en général, les clients préfèrent des finitions plus qualita­tives, et on tourne plutôt entre 55.000 et 70.000 €.” Ce qui pousse principalement les gens à dépenser cette somme est l’aspect bio. “C’est ce qui intéresse principalement les clients”, précise le gérant. Mais un autre aspect à ne pas négliger est leur côté esthé­tique. “Elles se fondent bien mieux dans le paysage. De plus, les lagunages et leurs plantes peuvent s’aménager de différentes façons autour du bassin principal ou même sur plusieurs niveaux.

Un sacré investissement donc. Et une fois installée, elle demande un peu d’attention, un à deux entretiens par an et de l’électricité pour la pompe et le filtre UV. C’est tout. Si vous produisez votre électricité avec des panneaux solaires, c’est encore mieux. Mais si l’envie vous vient de sauter le pas un jour, sachez que les sociétés spécialisées sont débordées et que de nouvelles entreprises, peu expérimentées, sont arrivées sur le marché. Certains clients ont déjà eu de mauvaises surprises… “Le choix de l’entrepreneur est primordial. Choisissez une société qui pourra prouver son savoir-faire et répondra présent pour vos questions ou effectuer vos entretiens. Ce n’est pas le cas de tous”, conclut Patrice Dresse.

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