Ryanair menace de quitter la Belgique, mais pourrait-elle vraiment le faire?

La compagnie aérienne irlandaise Ryanair menace de quitter les aéroports belges alors qu'une grève se prépare à nouveau.

Bureau Ryanair à Charleroi
Bureau Ryanair au terminal 1 de Charleroi, le 24 juin 2022 @BelgaImage

Le ton est encore monté entre Ryanair et ses pilotes qui menacent de faire grève à la fin du mois de juillet. La compagne vient d’envoyer une lettre à ses pilotes basés en Belgique et n’hésite pas à se montrer dure, brandissant même le spectre d’un départ de Belgique, comme le fait savoir Le Soir. À ceux qui appellent à l’arrêt du travail dans une semaine, Ryanair leur répond: "vous devrez expliquer aux pilotes pourquoi ils doivent gaspiller de l’argent en grèves et pourquoi l’activité quittera finalement les aéroports belges". La menace est lourde de sens mais du côté des syndicats, on se demande à quel point elle est réelle.

Charleroi, centre névralgique de Ryanair

Il faut dire que l’annonce à de quoi étonner. L’aéroport de Charleroi (BSCA) est l’une des bases les plus importantes de la compagnie. On y dénombre pas moins de 121 destinations en combinant avec la base secondaire de Zaventem. Un véritable centre névralgique pour Ryanair, surpassé seulement par de rares aéroports comme Dublin et Londres-Stansted. Cette annonce a d’ailleurs lieu alors que la direction de BSCA affirme avoir accueilli en juin plus de passagers qu’en 2019. Un bon signe de vitalité qui laisse espérer des jours meilleurs après la crise sanitaire.

Autre point intrigant: ces derniers temps, Ryanair n’a laissé paraître aucun signe de désengagement en Belgique, au contraire. En mars dernier, elle a même annoncé l’ajout de 20 nouvelles destinations depuis Charleroi. Les réservations ont depuis été rendues disponibles pour s’y rendre.

Une menace habituelle de Ryanair

Si Ryanair devait véritablement quitter la Belgique, ce serait donc un chamboulement majeur pour la compagnie qui devrait reconfigurer une bonne partie de son réseau. À la CNE, le secrétaire permanent Yves Lambot n’y croit pas du tout. "Je pense que c’est du pipeau", nous dit-il en recitant l’importance de Charleroi pour Ryanair. Il rappelle d’ailleurs que ce n’est pas du tout la première fois que la compagnie brandit cette menace. "De manière systématique, c’est comme ça qu’ils agissent" pour peser dans des négociations. Mais pour Ryanair, c’est simple: fermer ses bases en Belgique, cela reviendrait à reformater tout son réseau aéronautique, ce qui semble peu probable à l’heure actuelle.

La Belgique n’est d’ailleurs pas le seul pays à avoir subi ce genre d’annonce. Yves Lambot donne l’exemple de Marseille où la même chose s’est déroulée. Quelques mois après, de nouvelles destinations ont été ajoutées à partir de cet aéroport. Début 2022, la presse marocaine s’agitait à propos d’un éventuel départ de la compagnie qui déserterait tout le pays africain. Une menace encore une fois peu crédible au vu du potentiel touristique local et surtout du développement de Ryanair là-bas. En mars dernier, une des nouvelles lignes ouvertes depuis Bruxelles était justement celle à destination de Tétouan.

Ryanair ne passe pour ainsi dire jamais à l’action, même si Yves Lambot repense au cas de Gérone où sa présence a été sérieusement réduite. Mais le contexte était très différent. Il cite ainsi d’autres facteurs qui ont pu peser bien plus dans la décision: la présence de vols non rentables, la petitesse de cette base pour Ryanair, etc. La concurrence avec l’aéroport voisin de Barcelone-El Prat a aussi pu jouer. Une configuration bien éloignée de celle de Charleroi donc.

Le secrétaire permanent de la CNE voit donc plutôt dans cette annonce une manière de peser dans les négociations dans un contexte de grève probable les 23 et 24 juillet. Au cœur du problème: l’accord trouvé en 2020 pour éviter que Ryanair ne souffre trop de la crise sanitaire de l’époque. Les employés avaient alors accepté de sacrifier une partie de leurs salaires afin que la compagnie tienne le coup. Aujourd’hui, les clients sont de retour mais Ryanair estime que la situation reste précaire, une vague de Covid-19 semblant probable à l’automne et en hiver. Les pilotes s’opposent à ce que leurs salaires continuent d’être allégés, d’où la tension ambiante actuelle.

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