Comment nos émotions se transmettent aux animaux

De nouvelles études prouvent l'importance de l'interaction émotionnelle entre les humains et les autres animaux. Un phénomène de mieux en mieux connu.

Des enfants avec un chien et un chat
Des enfants avec un chien et un chat @BelgaImage

Que vous soyez heureux ou dépressif, ne pensez pas que vos animaux domestiques restent impassibles à votre état d’esprit! Plusieurs décennies après que les scientifiques aient (enfin) admis la présence d’émotions chez nos fidèles compagnons, ceux-ci s’intéressent de plus en plus à un autre mécanisme: la contagion émotionnelle entre nous et eux. Une nouvelle étude de l’université de Copenhague vient à nouveau de le prouver en scrutant la réaction de plusieurs animaux à nos émotions. Des exemples qui confirment ce qu’ont déjà remarqué de nombreux chercheurs.

Quand des cochons et des chevaux reproduisent nos émotions

Dans le cas présent, les scientifiques danois se sont plus particulièrement intéressés aux équidés (chevaux domestiques et de Prjevalski) et aux suidés (cochons et sangliers). Ils les ont tour à tour soumis à des voix humaines représentant par moments des émotions positives et d’autres fois des émotions négatives. Résultat: à part les sangliers, tous ont clairement fait la différence entre les deux, tout comme lorsqu’ils sont amenés à réagir aux émotions de leurs propres congénères.

"Nos résultats montrent que ces animaux sont affectés par les émotions que transmettent nos voix lorsque nous leur parlons ou que nous sommes autour d’eux. Ils réagissent plus fortement – généralement plus rapidement – lorsqu’ils sont exposés à une voix chargée négativement, par rapport à une voix chargée positivement. Dans certaines situations, ils semblent même refléter l’émotion à laquelle elles sont exposées", explique la co-auteure de l’étude, Elodie Briefer, à Science Daily.

Comme le relaye le quotidien français Le Parisien, la chercheuse émet trois hypothèses pour expliquer le phénomène. La première, ce serait que l’expression de nos émotions est un héritage commun à au moins tout une partie du règne animal, les sons ayant d’ailleurs souvent la même signification (les graves correspondent à la menace ou la colère, les aigus à l’enthousiasme et l’excitation). Deuxième piste: la domestication amène nos émotions respectives à correspondre de plus en plus. Enfin, il se pourrait que les animaux s’adaptent par familiarité à nos mécanismes émotionnels. "Ces trois hypothèses ne sont pas exclusives et pourraient toutes jouer un rôle dans la contagion émotionnelle, à des échelles différentes selon les espèces", précise Elodie Briefer.

Des chimpanzés qui nous rassurent et des chiens aussi stressés que nous

Outre cette étude, on ne compte plus les nombreuses preuves de l’intelligence émotionnelle des animaux. Après tout, pourquoi seraient-ils différents des humains, qui sont eux-mêmes des animaux? Pourtant, il a fallu du temps pour que cette idée fasse consensus. Comme le rappelle à France Inter l’éminent primatologue et éthologue néerlandais Frans de Waal, Charles Darwin acceptait très bien l’hypothèse que nous ne soyons pas les seuls à ressentir des émotions, mais sa théorie n’a pas fait mouche. Il a fallu attendre près d’un siècle pour que les neuroscientifiques puissent faire accepter cette idée à la communauté scientifique.

Frans de Waal explique qu’aujourd’hui, les chercheurs savent très bien que le mécanisme émotionnel est le même chez l’humain et l’animal dans bien des cas. Le rat a par exemple peur de nous exactement comme nous pouvons avoir peur d’eux, l’amygdale s’activant de la même façon dans les deux cas. Autre exemple frappant: celui de Mama, une femelle chimpanzé. Alors qu’elle était mourante, elle a reçu la visite du primatologue Jan van Hooff, venu lui faire ses adieux. La vidéo de la scène est restée célèbre. Mama tente alors de calmer son hôte en l’embrassant et en l’enlaçant, tout comme elle le ferait pour un jeune chimpanzé. Frans de Waal n’est pas non plus étonné quand il entend le cas de chats qui se blottissent contre leurs humains en ronronnant quand ces derniers ne sont pas bien, ou lorsqu’ils suivent à la trace pendant plusieurs jours une femme qui vient de perdre son mari. L’éthologue y voit une réaction typique à la détresse de quelqu’un, présente globalement chez les mammifères. C’est ce que l’on appelle un "comportement de consolation".

Une autre étude qui s’est intéressée au phénomène a été réalisée à l’université de Linköping, en Suède. Les chercheurs ont alors remarqué qu’un humain pouvait transmettre plusieurs émotions à son chien. Les niveaux de cortisol (l’indicateur de stress par excellence) de l’un et l’autre pouvaient par exemple se synchroniser. "C’est la personnalité du propriétaire qui a influencé le niveau de cortisol dans les poils du chien, plutôt que la personnalité même du chien", explique une des auteures de l’étude, Lina Roth, au Guardian. "Si le propriétaire est stressé, le chien est également susceptible de refléter ce stress". Cela dit, le lien entre humain et chien peut également être plus complexe. Une personne névrosée aura ainsi plus de chances d’avoir un toutou moins stressé. La raison: celle-ci a plus tendance à le caresser et à passer du temps avec lui, ce qui logiquement l’apaise. "Votre chien est un soutien social pour vous et vous êtes un soutien social pour le chien".

Des chiens et chats en deuil et des singes farceurs

Plus généralement, les scientifiques ne cessent de collecter des preuves de manifestations émotionnelles chez les animaux. Un exemple célèbre est celui des oiseaux inséparables, la mort de l’un des membres du couple provoquant le décès de l’autre à quelques jours ou semaines de décalage. Frans de Waal cite aussi le cas de chiens qui cessent de se nourrir lorsqu’un congénère du même foyer meurt. Dans le cas des chats, certains réagissent de la même façon, d’autres dans une indifférence apparente. La différence entre ces deux animaux serait notamment due à leur sens du groupe, les chiens descendant du loup qui vit en meute, contrairement aux chats qui sont de nature solitaire en milieu sauvage. Les réactions des humains à un décès se placeraient ici entre celles de chiens et des chats.

Le sociologue Jean-François Dortier relève pour sa part que l’humour a parfois été clairement identifié chez d’autres animaux que nous. En attestent des observations réalisées dans un zoo américain avec un groupe de singes. L’un d’entre eux s’amusait ainsi à garder de l’eau en bouche pour cracher ensuite sur les visiteurs du parc. Immédiatement, les autres chimpanzés se sont pliés de rire par terre.

Des animaux différents et semblables

Évidemment, les animaux sont aussi très différents entre eux. Si les émotions sont déjà très différentes au sein de l’espèce humaine, c’est encore plus vrai à l’échelle de la faune toute entière. Il est ainsi très probable que les serpents et les tortues ne ressentent pas l’attachement comme nous, ces espèces n’ayant pas besoin de s’occuper de leurs petits. Il en est tout autrement pour les requins et les orques qui peuvent transporter leurs bébés prématurément morts sur de longues distances et ce pendant des jours. Mais globalement, les émotions sont surtout essentiels pour la survie des animaux. Le meilleur exemple, c’est la peur. Un ban entier de poissons peut ainsi fuir en voyant un de leurs congénères se barrer à vive allure face à une menace. Idem pour les chevaux chez qui cette contagion émotionnelle a également été remarquée.

Interviewé par France 5, Christophe Haag, chercheur en psychologie sociale à EMLYON, explique enfin que tout un tas de mécanismes émotionnels permettent aux humains et aux animaux de communiquer entre eux, et ce dans les deux sens. "On sait que les émotions exprimées au travers de la voix et du visage vont se refléter chez le chien et le chat, y compris lorsqu’elles sont négatives. Lorsque l’on dresse un chien par le biais de colère, il le ressent tout de suite. Dans l’autre sens, on observe par exemple que les chiens et les chats peuvent induire en nous des émotions parfaitement authentiques, sincères et assez intenses, plutôt positives la plupart du temps. Chacun libère de l’ocytocine, qui est un réel baromètre chimique du chien-être chez les mammifères", explique-t-il. Ainsi, si vous voulez baisser votre tension artérielle ou votre stress, vous savez quoi faire. Jouez cinq minutes avec votre compagnon et de cette façon, vous profiterez l’un comme l’autre d’un véritable anxiolytique naturel.

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