Election présidentielle: la France fera-t-elle à nouveau barrage à l’extrême droite ?

Pour ce second tour de l'élection présidentielle 2022 en France, beaucoup d'électeurs de gauche et de droite préfèrent l'abstention ou le vote blanc au front républicain.

barrage extreme droite
Deux choix qui rebutent une partie des électeurs. (@Belga Image)

J-6 avant le deuxième tour des élections présidentielles 2022 en France. Un second tour aux airs de déjà vu puisqu’il s’agit du même qu’il y a 5 ans. A l’époque, les électeurs de tous bords s’étaient mobilisés pour former le fameux " front républicain ", créant un barrage à l’extrême-droite. Résultat : 2/3 des votants avaient choisi Emmanuel Macron.

Mais cinq ans plus tard, les décisions et politiques du président ont découragé bon nombre d’électeurs à revoter pour lui malgré les très fortes chances de la candidate du Rassemblement National d’accéder à l’Elysée. Beaucoup préfèrent s’abstenir ou voter blanc.

Même du côté de la droite "traditionnelle", malgré le soutien clair et affiché de Valérie Pécresse. "Le front républicain est mort", déclare par exemple Stéphane Le Rudulier, dans les colonnes du Monde.  Le chef de file du parti Les Républicains pour les Bouches-du-Rhône a choisi de voter blanc. "J’ai combattu la politique d’Emmanuel Macron pendant tout son mandat, je me vois mal tomber dans ses bras maintenant, alors qu’il prévoit un projet mortifère d’économies sur le dos des communes".

Son confrère député du Pas-de-Calais Pierre-Henri Dumont va dans le même sens : " Le front républicain n’existe pas. Non que les gens veuillent voter Le Pen, mais parce qu’il existe un décalage complet entre la politique nationale et la politique locale. Si j’appelais à voter Macron, ça n’aurait pas de sens. Les gens auraient l’impression qu’on les prend pour des cons."

"Peste et choléra"

Côté gauche, ce sentiment "Ni Le Pen Ni Macron" est partagé. Difficile pour les soutiens de la France Insoumise ou d’Europe Ecologie-Les Verts de voter pour celui dont ils ont combattu les choix pendant le quinquennat. "Par rapport à 2017, on sent que les gens sont las. Soit ils dédramatisent, soit ils ne croient pas à une victoire de Le Pe ", explique Antoine Maurice, leader EELV à Toulouse, toujours dans Le Monde.

"Les gens de gauche disent qu’ils n’ont plus envie de se faire bananer. Ils hésitent à voter encore Macron. Je ne suis pas sûr du tout que les électeurs de Jean-Luc Mélenchon vont participer à un front républicain", commente Jean-Claude Grand, 72 ans, militant socialiste de Villeurbanne.

Ce rejet de deux versions de la France qui ne leur conviennent pas a aussi été vu dans différentes universités de France où les étudiants ont fait grève ou bloqué l’accès aux bâtiments afin de dénoncer "un faux choix".  " Ils ne nous représentent pas du tout. Ce sont deux options aussi mauvaises l’une que l’autre et l’on en a marre de devoir choisir entre la peste et le choléra ", a expliqué une étudiante à la Sorbonne à l’AFP. "On va avoir cinq ans d’ultralibéralisme ou de fascisme ", a ajouté un autre. "C’est une catastrophe pour notre génération. On estime que cette élection nous a été volée et c’est notre avenir qui nous est volé. On réagit."

"Très difficile"

Il reste cependant des élus locaux qui sollicitent leurs soutiens pour empêcher un quinquennat d’extrême-droite. A Toulouse, par exemple, droite et gauche invitent les citoyens à voter Emmanuel Macron, dont le maire LR de Toulouse, Jean-Luc Moudenc et le président socialiste du département, Georges Méric.

Mais ceux qui incitent publiquement à voter pour le président sortant ne le font pas tous de gaieté de cœur. "C’est très difficile", affirme Alexia Descours, permanente du PS à Villeurbanne. "Voter Macron, c’est encore voter pour un candidat de droite mais  il faut aller au-delà du rejet du personnage ".

Heureusement dirait Nonna Mayer. Cette politiste, chercheuse et spécialiste du Front national interrogée par le Monde affirme que cette mouvance du " ni Macron, ni Le Pen " est très dangereuse et met les deux programmes sur un pied d’égalité. "Ce qui est loin d’être le cas", commente-t-elle. "C’est un jeu dangereux, compte tenu de ce qu’est le programme de Marine Le Pen. Il est contraire à la Constitution, aux normes et aux valeurs européennes, aux traités internationaux. Il mettrait la France au ban de l’Europe et sur le chemin des démocraties illibérales. Il faut savoir quel est le pire danger. La notion d’un vote utile serait sérieusement à considérer."

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