Quelle est l’origine des symboles de Pâques (œufs, lapins, cloches)?

D'origines diverses, les symboles de Pâques ont souvent un lien étroit avec la religion, mais pas seulement.

Lapin et œufs de Pâques
Lapin et œufs de Pâques, à Garmisch-Partenkirchen (Bavière, Allemagne), le 17 avril 2022 @BelgaImage

Ce week-end, la chrétienté célèbre Pâques et dans les foyers, une véritable orgie de chocolat a commencé. Des plaisirs sucrés qui prennent la forme de lapins, d’œufs voire de cloches. Ces symboles de la fête pascale sont largement répandus mais leurs origines sont diverses et variées. Certaines viennent de nos contrées, d’autres d’ailleurs.

L’œuf, un symbole très ancien

Le symbole de Pâques le plus répandu est sans aucun doute le célèbre œuf. En Russie par exemple, leur décoration est une tradition fortement ancrée. C’est pour célébrer ce moment de l’année que les deux derniers tsars, Alexandre III et Nicolas II, ont notamment commandé les célèbres œufs de Fabergé (il en existe plus de 50!). Mais il faut remonter bien plus dans le temps pour croiser les premiers ornements de ce type. Comme le note l’université de Cambridge, les archéologues ont retrouvé dans la région du Kalahari des œufs d’autruche décorés datant… d’il y a 60.000 ans. Évidemment, ils ne servaient pas à fêter Pâques à l’époque! Ceux-ci étaient vidés pour y stocker des boissons et décorés par la suite. Mais cela prouve que ce produit agricole est depuis très longtemps orné.

Plus globalement, l’œuf est un symbole de fécondité voire de renaissance, y compris durant l’Antiquité en Perse et en Égypte, comme le rappelle Sarah Scholl, historienne du christianisme à l’université de Genève. Une image qui correspond particulièrement bien à la période du printemps. Cette symbolique a ensuite été récupérée par les chrétiens qui ont dû imposer leurs croyances aux religions païennes préexistantes. Le professeur de sociologie Kenneth Thompson note que l’utilisation des œufs à Pâques semble provenir des églises chrétiennes de Mésopotamie, où la coutume de les décorer existait déjà, en passant ensuite par l’Europe de l’Est et enfin de l’Ouest. Gérard Leser, historien et folkloriste, explique au journal Le Monde que chez nous, "les œufs font partie de la liturgie de Pâques depuis le XIIe siècle". Selon lui et Sarah Scholl, il faut par ailleurs noter que la tradition des œufs tient aussi à une habitude prise lors du Carême. Durant cette période, l’Église prohibait leur consommation. Ceux-ci s’accumulaient en abondance et à la fin du Carême, lors du jour de Pâques donc, ceux-ci pouvaient être redistribués.

À la chasse aux œufs en chocolat!

Pendant longtemps, ces œufs ont été peints, notamment en rouge (couleur du sang de la passion du Christ, célébrée lors de la fête de Pâques). Au Moyen-Âge, hors de question d’en profiter pour mettre à l’honneur le chocolat puisqu’il n’existait pas! Celui-ci n’apparaît en Europe qu’après la conquête des Amériques et encore, sous une forme qui ne permet pas d’en faire les friandises actuelles. Il faudra attendre la révolution industrielle pour que cela change, notamment avec l’invention de la poudre de cacao par le chimiste néerlandais Coenraad Johannes van Houten en 1828. Vingt ans plus tard, en 1847, l’Anglais Joseph Fry innove encore en présentant le chocolat sous la forme qu’on lui connaît aujourd’hui. En 1873, sa société, J. S. Fry & Sons, adapte sa technique pour en faire des œufs de Pâques. Deux ans plus tard, l’entreprise de confiserie Cadbury fait de même. Le succès est au rendez-vous et se répandra à travers le monde.

Quant à la chasse aux œufs, selon Sarah Scholl, elle apparaît dès le XVIIIe siècle. Ce n’est toutefois qu’au XIXe siècle que celle-ci se répand, "lorsque les enfants deviennent le centre de la vie familiale et sociale". "C’est le moment où les jouets sont inventés et ou des traditions ludiques apparaissent en masse. Les œufs de Pâques deviennent l’objet de chasses et de courses. La tradition s’éloigne alors de l’Église, elle occupe jardin et parc public".

Les très saintes cloches

Pour les fameuses cloches, l’histoire est tout autre et il faut chercher bien moins loin. Ce symbole n’est répandu que dans les pays francophones et néerlandophones (où on parle de "Paasklokken"). Gérard Leser et Sarah Scholl rappellent que l’origine est ici à trouver dans une coutume chrétienne. "Selon la tradition liturgique, du jeudi saint au soir au samedi saint au soir, les cloches se taisent. C’est le triduum pascal, les trois jours marquant la passion et la mort du Christ avant sa résurrection", explique l’historien au Monde.

Résultat: pendant trois jours, le silence règne dans ces contrées qui vivent au rythme du son des cloches. Pour expliquer ce calme plat, notamment aux enfants, l’habitude a été prise de dire que les cloches partaient pour Rome, siège de la papauté, pour y recevoir la bénédiction du pape.

Un lapin allemand

Ce lien fait avec le Vatican n’était cependant pas au goût de tout le monde, notamment pour les protestants qui voulaient s’émanciper de l’autorité papale. Pour eux, "il n’était pas envisageable que les cloches aillent à Rome. Il a donc fallu trouver une autre histoire", note Sarah Scholl. Cette histoire, c’est celle des lapins. Comme pour les œufs, ceux-ci sont un symbole de fécondité depuis longtemps. Dès le Moyen-Âge, il devient un symbole répandu, comme dans celui des Dreihasenbild ("l’image des trois lièvres", originaire en réalité de Chine et devenue courante en Allemagne de l’Ouest et en Angleterre). À la fin du XVIIe siècle, un certain Johannes Richier évoque une histoire répandue dans le sud de l’Allemagne actuelle et en Alsace. Selon celle-ci, un lapin de Pâques qui pondrait des œufs avidement recherchés par les enfants.

Il faudra toutefois attendre le XIXe siècle pour que cette légende ne se diffuse, lorsque le nationalisme allemand prend forme. Le célèbre philologue Jacob Grimm spécule alors sur la légende d’une déesse germanique du printemps, Éostre, dont l’existence est contestée car seulement citée par un moine du VIIIe siècle, Bède. Que l’histoire de cette déesse ait existé ou pas, Jacob Grimm lui donne une grande visibilité. Rapidement, le lièvre lui est associé dans l’iconographie allemande et devient de plus en plus représenté. Plus tard, des lapins en chocolat apparaissent et avec la diaspora allemande, notamment aux États-Unis, la popularité du lapin de Pâques se répand à travers le monde.

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