Immobilier de luxe: qui veut payer des millions?

Les émissions télé nous montrent des appartements ou des villas à huit chiffres à Paris ou Los Angeles. La Belgique aussi a ses pépites, bien entendu inabordables.

maison de luxe
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Beaucoup d’entre nous se sont déjà évadés devant les séries Netflix comme The Parisian Agency, Selling Sunset ou Million Dollar Beach House. Dans ces shows, les biens ­partent parfois à des sommes astronomiques atteignant une trentaine de millions de dollars. En Belgique, le marché du luxe existe aussi. Ceux qui s’amusent à surfer sur des sites d’agences immobilières de prestige le savent. Entre les lofts du sud de ­Bruxelles et les villas de Lasne ou de Knokke, l’offre existe, bien qu’elle échappe souvent à nos recherches Immoweb. Les espaces y sont éléphantesques, les matériaux utilisés rares et précieux, les finitions irréprochables… Parfois, on trouve ­certains biens dignes de l’excès américain avec des piscines à débordement, des terrains de basket ou de tennis, des salles de cinéma et des saunas. Les visites virtuelles accessibles en un clic rendent l’expérience encore plus incroyable.

Manifestement, il y a dans le chef des acteurs de l’immobilier de haut de gamme la volonté de ­rester discrets. Parmi les huit demandes de reportages lancées auprès d’agences bruxelloises et ­wallonnes, seul le directeur de l’une d’entre elles – Lecobel Vaneau – a accepté de nous recevoir. On a dès lors appelé une autre agence en tant que ­client potentiel pour en savoir un peu plus. ­Concernant une villa avec piscine à 3,2 millions d’euros à Rhode-Saint-Genèse, on nous a dit que ce n’était pas la peine de tenter notre chance si nous n’avions pas la totalité en fonds propres, car d’autres candidats étaient déjà positionnés sur le bien. Et ils paient cash. Du côté de Lecobel Vaneau, Abraham de ­Bettencourt, le directeur, nous a donné rendez-vous dans un bien proche de la place Fernand Cocq à Ixelles, l’un des quartiers les plus tendance du moment en Région bruxelloise. La surface du ­penthouse neuf atteint les 277 mètres carrés avec 87 mètres carrés de terrasse surplombant les toits des logements environnants avec toutefois quelques vis-à-vis. Quatre chambres, trois salles d’eau, une optimalisation de la consommation énergétique, une cuisine américaine Liedssen, du parquet en chêne, un système de ventilation double flux, le chauffage par le sol… L’intérieur est splendide. Valeur du bien? 2,8 millions d’euros. Soit, nous dit Abraham de ­Bettencourt, un bien de luxe moyenne gamme. Récemment, il a vendu un appartement pratiquement identique, mais situé à l’angle de l’avenue Louise et de la rue de l’Aurore, avec vue sur le bois de la Cambre, à 4 millions d’euros. “La localisation est le premier élément qui influence le prix. Le même bien à Molenbeek coûterait moins cher. Dans ce cas-ci, on paie aussi la rareté. Qui peut se vanter de posséder un penthouse face au bois de la Cambre? Une poignée de personnes”, commente le directeur.

Finitions au laser

Estimer un bien de ce type semble complexe. Comment déterminer s’il vaut 4, 8 ou 10 millions d’euros? “J’ai vendu un bien dont la cuisine à elle seule valait 140.000 euros, poursuit-il. Le but des clients était de pouvoir accueillir un chef étoilé à domicile. Parfois, les finitions sont vérifiées au laser pour s’assurer que rien ne dépasse, qu’il n’y a aucun coup sur les murs. Le choix des matériaux est un autre élément prépondérant. On peut avoir un parquet à 180 euros le mètre carré, ou à 250 euros le mètre carré.

Les records belges

Abraham de Bettencourt n’a jamais vu sur le marché belge des biens aussi chers que dans les shows Netflix qui, admet-il, l’intéressent assez peu. Les pépites les plus dispendieuses qu’il a approchées en Belgique sont parties autour des 15 millions d’euros au maximum. La maison présentée comme étant la plus chère de Belgique sur ­Internet, ce qui n’est pas forcément le cas puisque certaines ventes sont confidentielles, était toutefois affichée au prix de 11 millions d’euros. Située dans le quartier du Prince d’Orange à Uccle, la villa “Guy” a une surface de 500 mètres carrés dans un clos privé. Pourtant, le bien en lui-même n’était pas si exceptionnel (on s’entend, hein). Son ­véri­table intérêt résidait dans le fait que le terrain – bâtissable – totalisait 9.400 mètres carrés, ce qui est hyper-rare à Bruxelles. Ainsi, des investisseurs se sont intéressés à ce bien avec un projet de ­construction de 11 appartements de standing. Il y a les investisseurs, mais ce sont cependant surtout des familles aisées qui s’intéressent aux biens de prestige pour y vivre. “On a eu pendant une décennie des acheteurs français qui venaient en ­Belgique. Cette tendance s’est calmée. Désormais, ce sont surtout des familles aisées dont l’un des parents ou les deux travaillent énormément. De ce fait, ­vendre des appartements de luxe sur plan est très ­compliqué. Ils veulent un produit fini. Bien souvent, ils sont ­également très éduqués ou ont des consultants qui ­travaillent pour eux et lisent en détail le cahier des charges. Ils chassent les mauvaises surprises. Certains demandent de rencontrer l’architecte, car ils veulent connaître l’histoire derrière le bien un peu comme ils aiment le faire pour une montre. D’autres recherchent tellement la tranquillité qu’ils veulent acheter tous les meubles du home staging…” ­Abraham de ­Bettencourt conclut, sourire aux lèvres: “Quand on met le prix pour un produit, toutes ces exigences sont évidemment bien normales”.

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