Faut-il rendre les transports en commun gratuits en Belgique ?

Pour Paul Magnette, c’est une des façons d’aider la Belgique à atteindre ses objectifs climatiques d’ici 2030.

Faut-il rendre les transports en commun gratuits en Belgique ?
Bientôt la fin des billets de train ? (Crédit photo: Belga)

Même si cela ne faisait vraiment pas de doute, le réchauffement climatique met notre planète en danger et 2021 l’a bien rappelé à tout le monde. Pour lutter contre cette problématique, la Belgique, comme ses partenaires de l’Union européenne, s’est fixé l’objectif de réduire ses émissions de CO2 de 55% d’ici 2030, par rapport aux données récoltées en 1990. Il ne nous reste donc qu’un peu plus de 8 ans. Surtout que, d’ici 2050, l’UE devra avoir atteint la neutralité carbone. D’ici là, il faut donc faire des efforts et bousculer nos habitudes.

Dernièrement, c’est Paul Magnette, bourgmestre de Charleroi et président du PS, qui a remis sur la table un projet qui devrait contribuer à une Belgique plus verte : la gratuité des transports en commun.

C’est selon lui une des décisions majeures qui aidera le pays à atteindre son but et surtout, financièrement, c’est jouable. « La billetterie de la SNCB ne lui rapporte que 700 millions d’euros par an. Ce n’est pas grand-chose, on peut facilement les trouver », précise-t-il dans Le Soir. « La taxe de 0,15 % sur les comptes-titres rapporte 500 millions par an. En portant le taux à 0,5 %, on a largement les moyens nécessaires. Et si, dans une première étape, on limite aux moins de 24 ans et aux plus de 65 ans, ça ne coûterait que 150 millions. On a besoin de mesures chocs. »

Le socialiste aimerait même que cet objectif de rendre les bus, métros et trains gratuits soit entériné rapidement pour pouvoir le présenter à la COP26 à Glasgow en novembre. « D’ici là, on doit avoir un plan qui indique concrètement comment on va réduire nos émissions. »

Difficile d’imaginer qu’un accord à ce sujet sera trouvé rapidement, surtout avec des partis aux opinions si différentes dans le gouvernement. Mais Paul Magnette donne le Luxembourg en exemple, « avec un Premier ministre libéral en coalition avec socialistes et écologistes. »

Mais pour le Carolo, la gratuité ne suffit pas, il faut aussi renforcer l’offre. « Beaucoup de jeunes se disent que s’il y a de très bons transports en commun, si je peux aller de ma petite commune vers le centre très facilement, en bus, en métro […], peut-être que je n’achèterai plus de voiture, que je l’utiliserai moins ou je la partagerai », a-t-il donné en exemple sur RTL ce dimanche.

« Pas sérieux », « surenchère »…

Les réactions des autres partis n’ont évidemment pas tardé à suivre. Georges-Louis Bouchez, président du MR, un des partis de la majorité, a rapidement réagi sur Twitter. « Le PS continue à faire croire à l’argent gratuit. Il n’est pas sérieux de continuer à additionner les dépenses sans résoudre les enjeux d’emploi. Les dépenses PS d’aujourd’hui, ce sont les impôts de demain et la dette abyssale que nos enfants devront supporter », a-t-il écrit. « Le PS semble ne pas savoir ce qu’est un citron. Il faut leur indiquer qu’à force d’être pressé, un citron ne donne plus de jus. C’est le cas de la classe moyenne et populaire en Belgique. Gardez vos taxes, taxes, taxes et travaillons à créer des jobs, jobs, jobs ».

Pour le cdH, le président Maxime Prévot a aussi réagi sur les réseaux sociaux. « Le tout gratuit du PS n’est pas pertinent. C’est de la surenchère regrettable par rapport au PTB ! Des études montrent que maximum 9% des automobilistes sont prêts à abandonner leur véhicule en cas de gratuité. À Tallinn, à peine 3% de report modal », a-t-il commenté. « La demande est plus sensible à une diminution de la durée de trajet qu’à une réduction du coût. Gratuit mais toujours aussi long et encombré n’a pas de sens ! La gratuité est efficace si des investissements sont faits en parallèle et que l’offre est boostée. Or le Gouvernement fédéral impose de nouvelles économies ! »

Chez Ecolo, le ministre bruxellois de la Mobilité, Alain Maron a aussi abordé le sujet à sa façon. « À Bruxelles, le gouvernement a décidé à la fois de diminuer les tarifs (-25 ans) et à la fois de massivement investir dans l’amélioration des réseaux de transport en commun. Parce que l’un n’a pas de sens sans l’autre. Et nous continuerons dans cette voie », a-t-il tweeté.

Enfin, du côté du PTB, on soutient la proposition de Paul Magnette. « Au PTB, il n’y aura jamais de copyright, que du copyleft ! On fait bouger les lignes, on continue le combat ! », a réagi Raoul Hedebouw, faisant allusion au fait que l’idée faisait d’abord partie du programme de son parti. Interrogé à ce propos sur RTL, le président du PS s’est défendu en précisant que cela fait 10 ans que le PS suggère la même chose.

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