L’ Afghanistan, le cimetière des empires

Deux empires se sont déjà effondrés dans les montagnes afghanes. Les Etats-Unis semblent suivre cette route de la perdition. Pour autant, la vraie guerre stratégique américaine est ailleurs.

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A la fin du XIXe siècle, le tout puissant empire britannique fait main basse sur l’Afghanistan. Cela faisait trente ans qu’Albion cherchait à prendre contrôle de ce pays frontalier de l’Inde britannique. Mais les Afghans n’ont jamais accepté cette perte d’indépendance et, au sortir de la Première guerre mondiale, ils ont renvoyé les Anglais chez eux. L’empire britannique était alors sur un déclin qui n’allait faire que s’accélérer.

En 1979, l’Union soviétique envahit l’Afghanistan car il voit le pays lui échapper dans le cadre de la Guerre froide. Les moudjahidines, première incarnation des talibans (financée par les Etats-Unis), offrent une telle résistance à l’Armée rouge que les montagnes afghanes deviennent un enfer pour l’URSS qui décide de se retirer en février 1989. Huit mois plus tard, le mur de Berlin tombera.

En 2001, à la suite des attentats du 11 septembre, les Etats-Unis décident d’envahir l’Afghanistan, considérée comme une plaque importante du terrorisme islamiste, et d’en finir avec le régime taliban qui a instauré la terreur et la charia. Vingt ans plus tard, le départ des troupes américaines redonne les clés du pouvoir aux talibans dans un chaos indescriptible.

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Les talibans comme alliés?

Une débâcle. Un échec. Une défaite ? Ces mots sont utilisés par les éditorialistes américains. Ce qui est certain, c’est que l’Amérique qui se pensait toute puissante se prend la réalité de son impuissance en pleine figure. « Alors qu’on est supposé être la plus grande puissance militaire au monde, nous voyons à présent notre leader et supposé commandant en chef s’agenouiller complètement devant les talibans et leur demander la permission de sortir nos compatriotes de là », s’est exprimé Greg Steube, un élu républicain de Floride à la Chambre des représentants.

Erreurs d’évaluation des services de renseignement, scènes chaotiques à l’aéroport, évacuation incomplète (il reste 1.000 citoyens américains sur place et, surtout, les Afghans ayant travaillé avec les USA sont laissés pour compte) et attentats meurtriers. L’évacuation de Kaboul rappelle celle de Saïgon en 1975 et les derniers événements laissent effectivement penser que les Etats-Unis ne sont plus les maîtres du monde.

C’est effectivement une débâcle pour la puissance américaine, un échec pour Joe Biden et ses trois prédécesseurs. Une défaite ? Ca commence à y ressembler. Certes, il faudra voir sur le long-terme si l’Afghanistan est redevenu un terreau pour le terrorisme international, mais les attentats du 26 août revendiqués par l’Etat islamique laissent voir une réalité du terrain aussi inquiétante qu’absurde : les talibans sont aujourd’hui les meilleurs alliés des Américains pour contenir les attaques djihadistes !

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Echec cuisant au Moyen-Orient

L’Empire américain a-t-il vécu ? Ses faiblesses sont en tout cas aujourd’hui apparentes : c’est peu dire qu l’image d’une Amérique grande protectrice face à la terreur en prend un coup et le modèle de régime démocratique qu’elle voulu imposer dans la région n’est plus celui qui est forcément recherché.

Si on jette un oeil sur les dernières guerres dans lesquelles les Etats-Unis se sont lancées, le bilan est pas loin d’être catastrophique : après la défaite au Vietnam, la première guerre en Irak sembla installer le pays dans la région pour de bon, mais sa présence depuis 2001 n’a réussi qu’à plonger le Moyen-Orient dans un chaos quasi généralisé dont bénéficient aujourd’hui les islamistes.

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Guerre stratégique face à la Chine

Pour Francis Fukuyama, politologue américain réputé, la vraie faiblesse des Etats-Unis n’est pas tant militaire que politique : « Les Etats-Unis ne vont probablement pas regagner leur statut hégémonique, et ce n’est d’ailleurs pas souhaitable. Ce à quoi ils peuvent aspirer est un ordre mondial en harmonie avec les valeurs démocratiques. Et ce n’est pas en menant des actions éclairs à Kaboul qu’ils peuvent y parvenir, mais en recouvrant un sens d’identité nationale et d’objectif commun chez eux ».

De fait, pour Joe Biden, la vraie guerre stratégique est ailleurs. Elle se joue contre la Chine sur le plan des valeurs, du modèle de société et de l’économie. De la même manière que, malgré la défaite au Vietnam, les Etats-Unis ont gagné la guerre idéologique contre le communisme, le président quitte aujourd’hui le Moyen-Orient pour se diriger vers l’Asie en voulant, notamment, sauver Taïwan des griffes de la Chine. Cela ne se fera pas militairement. Mais de là à y parvenir face à un Empire du milieu en pleine expansion, c’est une autre affaire… La puissance américaine est peut-être tombée dans ces montagnes afghanes réputées comme le « cimetière des empires ».

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