Pourquoi l’Afghanistan importe tant ? A cause de ses réserves de lithium

Ce métal rare est indispensable pour la production des batteries qui font fonctionner nos smartphones et rouler nos voitures électriques.

Un mineur afghan dans la province de Herat, en 2010 - Belga

La prise de pouvoir des talibans en Afghanistan pourrait bien avoir un impact sur l’économie mondiale. C’est que les nouveaux maîtres de Kaboul sont désormais assis sur des mines de métaux rares parmi les plus stratégiques du monde. Cobalt, cuivre, fer, or et en premier lieu, le lithium, dont le département de défense américain a découvert des gisements en 2010 qu’il a estimé à 1000 milliards de dollars. De quoi faire de l’Afghanistan, « l’Arabie saoudite du lithium ».

Le lithium ? Ce n’est pas seulement une chanson de Nirvana, c’est aussi et surtout un métal indispensable pour la fabrication de batteries électriques. Smartphones, éoliennes, vélos et voitures électriques, tout cela fonctionne au lithium. Autant dire qu’il s’agit d’une mine d’or, d’ailleurs appelée « l’or blanc », en comparaison à « l’or noir » du XXe siècle, le pétrole. Le lithium est au centre de la transition verte que nos pays sont obligés de suivre, question de survie – de la planète et de nos économies.

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« L’or blanc » pour la transition verte

Pas étonnant que l’AIEA (agence internationale de l’énergie atomique) envisage une explosion de la demande de lithium d’ici à 2040. Aujourd’hui, ce sont les talibans qui risquent d’en profiter, au nez et à la barbe de l’Oncle Sam… Sauf que. Pour exploiter ces ressources, des infrastructures gigantesques sont nécessaires. Et donc, des investissements importants. Or, les investisseurs étrangers ne se bousculent pas au portillon. Les talibans seront-ils capables de mettre cela en oeuvre seuls ? A voir.

Restés pendant 20 ans dans les montagnes afghanes, les talibans ont survécu grâce à des revenus tirés de la culture du pavot (et donc, de la production et de la vente d’opium), d’impôts et de soutiens étrangers. Mais aussi de la production de minerais. Car le sous-sol afghan recèle non seulement de lithium, mais aussi de cobalt et de cuivre. Tout ce dont la technologie moderne et « verte » a besoin. Une mine d’or, on vous dit !

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Géopolitique des métaux rares

C’est bien pour cette raison que la Chine et la Russie se sont empressés de reconnaître le nouveau régime en Afghanistan. La géopolitique mondiale se joue aussi dans les sous-sols afghans et le pouvoir économique dépendra des accords économiques passés entre les grandes puissances et les talibans.

Si la Chine met la main sur le lithium afghan, cela lui donnera une avance non-négligeable dans la production de batteries pour smartphones et voitures électriques. Et donc, dans la course pour devenir (et rester) la première puissance mondiale. Notons que l’Empire du milieu avait déjà passé un accord avec l’Afghanistan pour exploiter ses sous-sols, mais cela n’avait pas donné grand-chose à cause de l’insécurité du pays. En prime, la terre de Chine regorge, elle aussi, de ce métal rare.

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Les Etats-Unis, eux, ont définitivement rangé leurs ambitions quant au lithium afghan. Tout comme l’Europe. Le lithium se trouve généralement dans les fonds de lagunes et de lacs asséchés des zones désertiques. La plupart des ressources se trouvent en Amérique du sud, dans les régions désertiques du Chili, de la Bolivie et du nord de l’Argentine. Les plus gros producteurs sont, à l’heure actuelle, l’Australie, le Chili, la Chine, l’Argentine et le Zimbabwe. Nos voitures électriques rouleront-elles un jour avec le lithium des talibans ?

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