Ce que l’on sait de l’attentat-suicide près de l’aéroport de Kaboul

Deux explosions ont retenti à l’extérieur de l’aéroport de Kaboul, où se pressent des milliers d'Afghans espérant fuir les talibans.

Un Afghan blessé par une explosion à Kaboul. - AFP

La menace « imminente » s’est concrétisée. Jeudi, plusieurs explosions se sont produites près de l’aéroport de la capitale afghane. La première a retenti à proximité d’Abbey Gate, l’un des trois points d’accès de l’aéroport, où se pressent depuis douze jours des milliers d’Afghans soucieux de quitter le pays désormais aux mains des talibans. Non loin de là, la seconde a eu lieu près du Baron Hotel, où logent plusieurs Occidentaux.

Selon plusieurs médias américains, il s’agirait d’un attentat-suicide, au bilan pour l’heure incertain. Selon un premier décompte de l’AFP, au moins 6 morts et une dizaine de blessés sont à déplorer. Mais si l’on en croit un responsable taliban, le bilan serait encore plus lourd : au moins 13 morts, dont des enfants.

Des premières images montrent des personnes en sang, évacuées sur des brancards, en taxi par des équipes médicales. Selon l’agence Reuters, une soixantaine de blessés sont arrivés à l’hôpital de Kaboul.

« C’était une énorme explosion, au milieu de la foule qui attendait devant une des portes de l’aéroport », a déclaré à l’AFP un témoin de la scène, Milad. « Quand les gens ont entendu l’explosion, ça a été la panique. Les talibans ont alors tiré en l’air pour disperser les gens qui attendaient devant la porte », a indiqué à l’AFP un autre témoin, qui a notamment vu « un homme courir avec un bébé blessé dans les bras ».

Un avion de transport militaire italien a été également la cible de tirs ce jeudi alors qu’il décollait de l’aéroport de Kaboul avec une centaine de civils afghans à son bord, rapporte l’agence Reuters sur la base d’une source du ministère italien de la Défense.

Par qui ?

L’attaque n’a pas encore été revendiquée, mais il ne s’agirait pas de l’œuvre des talibans. Les services de renseignements occidentaux évoquaient depuis plusieurs jours la menace que représentait le groupe djihadiste État islamique (EI). Une menace vis-à-vis des Occidentaux, mais aussi des Afghans et des talibans. Ils pourraient donc être les responsables.

Sous le nom d’ISKP (État Islamique Province du Khorasan), l’EI a déjà revendiqué certaines des attaques les plus sanglantes commises ces dernières années en Afghanistan, faisant des centaines de morts. Même s’il s’agit de deux groupes sunnites radicaux, l’EI et les talibans sont en concurrence et sont animés par une haine tenace et réciproque. Jeudi, des analystes en sécurité relevaient que l’activité de l’ISKP s’était brutalement arrêtée depuis 12 jours, signe possible qu’il préparait une opération d’ampleur, via des tirs de mortier ou des attentats-suicide, véhiculés ou individuels.

Alertes

Plus tôt dans la journée, plusieurs pays occidentaux avaient appelé leurs ressortissants à s’éloigner au plus vite de l’aéroport de Kaboul en raison de menaces « terroristes ». Les personnes « se trouvant actuellement aux entrées Abbey, Est et Nord devraient partir immédiatement », avait déclaré le département d’Etat américain, invoquant des « menaces sécuritaires », tandis que le secrétaire d’État britannique chargé des forces armées, James Heappey, évoquait, lui, une menace « très sérieuse » et « imminente ».

Face à cette dégradation de la situation à Kaboul, plusieurs pays, dont la Belgique, avaient annoncé ce jeudi qu’ils avaient mis fin aux vols d’évacuation ou s’apprêtaient à le faire, à l’approche de la date butoir fixée par les Américains pour leur retrait d’Afghanistan, le 31 août. Pour les Etats-Unis, l’objectif reste inchangé. « Nous continuerons à évacuer autant de personnes que possible jusqu’à la fin de la mission », avait assuré le porte-parole du Pentagone John Kirby. Les évacuations se poursuivront dans un contexte encore plus chaotique.

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