Joséphine Baker entre au Panthéon. Mais où sont les femmes ?

Leur quasi-absence au Panthéon reflète l'invisibilisation des femmes dans une Histoire écrite par des hommes.

Le Panthéon à Paris. - BELGA

Le Panthéon, ce temple des « grands hommes », porte bien son surnom. Seules cinq femmes sur 80 personnalités y sont actuellement inhumées. Le 30 novembre prochain, l’artiste franco-américaine Joséphine Baker, figure de la Résistance et de la lutte antiraciste, deviendra la sixième, et la première femme noire, à reposer dans ce monument parisien.

Elle rejoindra ainsi la femme politique et rescapée de la Shoah Simone Veil entrée en 2018, les résistantes Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle en 2015, la scientifique Marie Curie en 1995 ainsi que Sophie Berthelot, première femme au Panthéon en 1907, mais uniquement distinguée « en hommage à sa vertu conjugale ». Dans son éloge, le ministre Aristide Briand avait déclaré à l’époque : « elle avait toutes les qualités rares qui permettent à une femme belle, gracieuse, douce, aimable et cultivée d’être associée aux préoccupations, aux rêves et aux travaux d’un homme de génie. » Le ton est donné.

Aux oubliettes

Mais comment expliquer une si maigre présence des femmes dans cette nécropole créée en 1791 ? « C’est inscrit dans la pierre, sur le fronton de l’édifice: ‘Aux grands Hommes la patrie reconnaissante’ », répondait en 2015 au Figaro Françoise Thébaud, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université d’Avignon. Même si le terme « Hommes » avec une majuscule signifie aujourd’hui « être humains », cela n’a pas toujours été le cas. « Dans les conceptions culturelles du XIXe siècle et d’une grande partie du XXe siècle, on parlait des grands hommes, mais les grandes femmes n’existaient pas. Elles n’étaient tout simplement pas considérées comme des individus à part entière, dotées de droits individuels. En résumé, leur statut se résumait à celui de mère de famille. »

De la préhistoire au XXe siècle, les femmes sont longtemps restées en marge d’une histoire écrite et étudiée par des hommes. Encore aujourd’hui, elles sont absentes des noms de rues et des manuels scolaires. Leur empreinte est pourtant bien réelle. Et ce, à toutes les époques et d’innombrables domaines, en particulier la recherche scientifique mais également le développement informatique.

Reconnaissance tardive

Depuis plusieurs décennies, les féministes luttent contre cette invisibilisation, à coups de pétitions et d’ouvrages réparateurs. À l’instar du travail fait par Pénélope Bagieu avec « les Culottées », on voit se multiplier les portraits de femmes oubliées. « Pour être reconnues, il faut être connues, et pour être connues, il faut être vues », explique le collectif Georgette Sand, auteur de « Ni vues, ni connues », qui tente de comprendre pourquoi et comment l’Histoire qui est enseignée n’a pas retenu le nom de la femme qui affirme l’existence du système solaire avant Galilée, de celle qui invente l’art abstrait avant Kandinsky, ou encore théorise les pulsions de mort avant Freud. On peut également citer le déni de la contribution des femmes dans le développement informatique ou la recherche scientifique.

Ce gigantesque travail pour sortir les femmes de l’ombre est une preuve supplémentaire que beaucoup plus de femmes mériteraient leur place au Panthéon. Plusieurs noms ont été proposés ces dernières années, comme celui de la philosophe et femme de lettres Simone de Beauvoir, l’une des pionnières du féminisme Olympe de Gouges ou encore, plus récemment, l’avocate et militante féministe Gisèle Halimi.

« La patrie peut être reconnaissante aux grands humains qui s’avèrent être des femmes comme des hommes ! », plaide Anne Lazar, du collectif féministe. Faire entrer plus de femmes au Panthéon enverrait un message fort et symbolique à la société, un message d’égalité: elles aussi ont écrit l’Histoire de France, et d’ailleurs. L’entrée de Joséphine Baker en est un premier pas.

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