Un projet de méga-pipeline divise la Flandre

Les conséquences non-négligeables de sa construction, notamment sur l’environnement, font de plus en plus polémique au nord du pays.

La construction d'un pipeline près de Wrangelsburg, au nord-est de l'Allemagne, le 16 février 2019 @BelgaImge

C’est le grand dessein du gouvernement flamand: bâtir un pipeline de 45 mètres de large entre le port d’Anvers et la région industrielle de la Ruhr, en Allemagne. Le projet a été étudié il y a quelques années puis abandonné et aujourd’hui, voilà qu’il revient en force. Mais le problème, c’est que là où il passera, il ne restera rien, même si la canalisation sera souterraine. Ni maison, ni forêt, ni la moindre petite construction. Juste un terrain vague, et ce sur 130-175 kilomètres, selon le tracé définitif du pipeline. Dans les provinces d’Anvers et de Limbourg, littéralement coupées en deux par la construction, le plan des autorités n’a pas manqué de créer de multiples tensions, notamment au vu de ses conséquences environnementales.

Des sites naturels classés impactés

Trois itinéraires sont actuellement sur la table pour construire ce gazoduc: le tracé nord, sud et combiné. A priori, c’est le premier qui a le plus de chance d’être retenu puisqu’il permet de limiter le nombre d’expropriations à 37. Mais le grand perdant dans l’histoire, ce resterait la nature. La «Leidingstraat» (c’est le surnom du projet) créerait une balafre au milieu de plusieurs zones naturelles protégées.

@Ministère de l'Environnement flamand

Parmi ces derniers, il y a la vallée de Visbeek à Lille, à l’est d’Anvers et classée Natura 2000. Cela fait quatre ans que des millions d’euros y sont investis pour faire de cette zone marécageuse un havre de paix pour la faune et la flore locale. Avec le pipeline, ce serait un gros retour en arrière. Une perspective qui révulse le président local de l’association flamande Natuurpunt, Nico Paepen. Pour lui, plusieurs espèces pourraient en payer le prix alors qu’elles prospèrent à cet endroit. «On ne peut pas faire de gros travaux et demander à la nature de s’y adapter. Pourquoi une espèce rare pousse-t-elle ici et pas ailleurs? Parce que c’est juste ici, et pas là», rappelle-t-il à la Gazet van Antwerpen.

Autre lieu potentiellement impacté, le parc national de la Haute Campine, qui figure sur la liste indicative de l’UNESCO. Un ancien site minier de Genk serait également menacé. Au total, 189 hectares de forêt disparaîtraient avec le tracé nord, ainsi que 88 hectares de prairies permanentes et 67 hectares de zones à haute valeur biologique.

Des conséquences à long terme sur les terres agricoles

Le pipeline aurait aussi des conséquences très concrètes pour les agriculteurs. Une fois construit, même une serre n’aurait pas le droit de se trouver sur son itinéraire. Quant aux récoltes, elles pourraient être grandement impactées par ce chantier qui remue les terres de fond en comble, notamment les cultures à racines profondes. C’est ce qu’affirme l’université de Wageningue qui conclut à une perturbation «grande et profonde» des terres agricoles pour ce type de construction. Des conséquences qui pourraient se faire sentir pendant plusieurs années, et il s’avère très difficile de revenir à la situation ante quem. Il faudrait plutôt trouver d’autres utilisations du sol.

Ensuite, il y a la question de l’indemnisation. Les syndicats et patronats flamands sont sur le coup mais pour l’instant, aucun accord précis n’a été mis au point. Une situation encore plus stressante pour les agriculteurs. «Nous avons toujours pensé: le port d’Anvers? C’est loin. Mais écoutez, elle pourrait bientôt traverser notre arrière-cour», s’inquiète auprès du Standaard l’un d’entre eux dont le terrain serait traversé par le pipeline. «Et entre nous: en fait, on ne m’a jamais dit pourquoi ce pipeline était vraiment nécessaire».

Du côté du gouvernement flamand, l’intérêt est pourtant manifeste. Construire un tel gazoduc permettrait au port d’Anvers de renforcer son cluster pétrochimique et pourrait servir de tremplin pour le développement des énergies renouvelables. En 2020, la Flandre a commencé l’établissement du plan et en autonome prochain, l’itinéraire définitif du pipeline devrait être fixé.

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