Le fils du commandant Massoud, ce résistant qui compte libérer l’Afghanistan des talibans

Ahmad Massoud compte continuer le combat de son père alors que des poches de résistance commencent à émerger à travers le pays.

Ahmad Massoud en décembre 2020 @BelgaImage

Il y a 20 ans, le commandant Massoud trouvait la mort dans un attentat suicide d’Al Qaïda, juste avant le 11 septembre. Aujourd’hui, ses ennemis, les talibans, sont toujours là et même de retour au pouvoir, mais c’est désormais son fils qui a repris son flambeau. Âgé de 32 ans, Ahmad Massoud est devenu l’un des principaux leaders de la résistance aux fondamentalistes religieux. Et comme son père, c’est dans la vallée du Pandjchir qu’il a regroupé ses troupes cette semaine. Mais Ahmad Massoud a aussi ses spécificités, liées à un vécu bien différent à celui de son paternel.

Du Moyen-Orient à Londres avant un retour en force

Après l’assassinat du commandant, Ahmad Massoud doit quitter l’Afghanistan pour être mis en sécurité. Il part d’abord pour le Tadjikistan voisin puis pour l’Iran où il va à l’école secondaire. De 2012 à 2016, il passe ensuite par Londres avec un cursus en études militaires et en politique internationale, d’abord au King’s College puis à l’université de la City. Ce n’est qu’une fois son master en poche qu’il rentre en Afghanistan. En 2019, il commence à faire de la politique et reprend l’idée de son père, celle d’une décentralisation des pouvoirs similaire à celle suisse.

Mais ce n’est qu’avec la chute de Kaboul il y a une semaine qu’Ahmad Massoud a acquis la stature d’un véritable leader. Il s’est allié à l’ancien vice-Premier ministre Amrullah Saleh et ont lancé ensemble la «résistance du Pandjchir», surnommée la «seconde résistance» en référence à celle du défunt commandant. «J’écris depuis la vallée du Pandjchir aujourd’hui, prêt à suivre les traces de mon père, avec mes moudjahidines qui sont préparés à reprendre le dessus une nouvelle fois sur les talibans. Nous avons des réserves de munitions et d’armes que nous avons patiemment collectées depuis le temps de mon père, car nous savions que ce jour pourrait arriver», écrit-il dans le Washington Post.

Une résistance balbutiante mais réelle

Son combat s’avère toutefois particulièrement compliqué. Les Occidentaux ne prévoient pas pour l’instant d’intervenir en Afghanistan et ses appels à le soutenir risquent de finir lettre morte. Pourtant, il y croit. Il a appelé à ce que tous les résistants afghans se regroupent dans la vallée difficilement accessible du Pandjchir et commencent la reconquête du pays. Son mouvement revendique ce 22 août près de 9.000 combattants armés. Près de 1.000 autres Afghans ont trouvé refuge dans la vallée, dont des intellectuels, des femmes et des défenseurs des droits humains.

Pour l’instant, la province du Pandjchir est la seule à vraiment échapper aux talibans mais il se pourrait que bientôt, elle ne soit pas la seule. Des milices sont apparues à travers l’Afghanistan et auraient même commencé à reconquérir certaines villes, comme dans la province de Baghlan. «Les talibans sont débordés. Ils ne peuvent pas être partout en même temps. Leurs ressources sont limitées. Ils n’ont pas le soutien de la majorité [de la population]», a déclaré le porte-parole de la résistance du Pandjchir, Ali Maisam Nazary.

Mais dans l’esprit d’Ahmad Massoud, cette armée naissante est d’abord un moyen pour négocier avec les talibans. Le sang a déjà coulé et il veut éviter que cela continue… si possible. Son mouvement a prévenu: si ces négociations n’aboutissent pas à un nouveau gouvernement et à un système décentralisé du pays, ce qui permettrait d’aboutir à la paix, la résistance du Pandjchir sera prête à mener «un conflit de longue durée».

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