Pollution à Zwijndrecht: d’autres substances toxiques dans l’Escaut ?

De nouveaux échantillons ont été prélevés aux abords de l'usine 3M à Zwijndrecht, tandis que les riverains sont priés de ne pas consommer d'œufs de poules élevées en plein air.

L'usine anversoise 3M. - BELGA

L’inspection de l’environnement a prélevé de nouveaux échantillons aux abords de l’usine 3M à Zwijndrecht, à la demande de la ministre flamande de l’Environnement, Zuhal Demir, rapportent samedi De Morgen, Het Laatste Nieuws et Het Nieuwsblad. L’entreprise chimique, qui fait depuis quelques mois l’objet de nombreuses critiques en raison d’une pollution au PFOS, semble aussi déverser illégalement une autre substance toxique dans l’Escaut, du FBSA.

L’usine anversoise ne disposerait pas de permis pour se débarrasser de telles substances. Dans un premier temps, l’inspection de l’environnement n’y voyait cependant rien de grave. « La législation actuelle sur l’environnement en Flandre n’exige pas de mentionner de manière explicite la substance FBSA. Et les plus récentes licences de 3M ne la mentionnent pas. » Les services d’inspection comptaient donc en rester là, mais de nouveaux échantillons ont tout de même été prélevés dans l’eau jeudi à la demande de la ministre Demir. « S’il s’avère que 3M a dépassé les bornes, elle sera appelée à prendre ses responsabilités« , indique-t-on au cabinet. Les résultats des échantillons devraient être connus dans le courant de la semaine prochaine.

Les œufs de poules élevées en plein air toujours déconseillés aux habitants

Les mesures de précaution prises à la suite de la détection d’une pollution au PFOS à Zwijndrecht, dans les alentours de la société 3M, ne sont pas adaptées. Les riverains sont ainsi priés de ne pas consommer d’œufs de poules élevées en plein air et de ne pas se procurer de légumes et de fruits uniquement dans leur jardin. Des particules de PFAS et de PFOS ont effectivement été détectées dans divers échantillons, principalement dans des œufs de poules élevées en plein air.

poules

Ces dernières semaines, trois enquêtes indépendantes ont été menées respectivement par l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca), par l’université d’Anvers, et par le bureau d’études ERM, ce dernier ayant été engagé par la société 3M, responsable de la pollution au PFOS à Zwijndrecht. Des échantillons d’œufs, de viande, de légumes, de fruits et de cultures ont été prélevés et analysés, avec une attention toute particulière portée sur la présence de PFOS.

L’Afsca a prélevé ses échantillons dans des exploitations locales situées dans un rayon de 15 km autour de l’usine 3M de Zwijndrecht. Tous les échantillons ont satisfait aux exigences de qualité de l’agence concernant une consommation en toute sécurité des produits fermiers.

De son côté, l’UAntwerp a mené son analyse sur des échantillons provenant d’un agriculteur biologique de Zwijndrecht. Les résultats ont montré une présence très limitée de PFAS, mais pas de PFOS. Par conséquent, tant pour les adultes que pour les enfants, la « consommation normale » de ces produits est sans danger.

L’étude du bureau ERM a, quant à elle, examiné des œufs de poules élevées en libre parcours, du lait, des légumes, des fruits et des cultures provenant de particuliers et d’entreprises agricoles et horticoles dans une zone entourant le site de l’usine 3M. Les résultats concernant les œufs sont particulièrement préoccupants : des particules de PFAS ont été détectées dans tous les œufs de poules élevées en plein air testés, avec le PFOS comme principal composé. Un échantillon présentait même une valeur bien supérieure à la limite d’intervention de l’Afsca, signifiant qu’en temps normal, ce produit devrait être tout simplement retiré du marché. De la pollution au PFOS a également été trouvée dans le lait et les cultures (principalement des graminées).

Selon Karl Vrancken, les résultats restent rassurants, car aucune valeur alarmante n’a été trouvée, mais la prudence reste de mise. « Certainement lorsqu’il s’agit de consommer des œufs de poules élevées en plein air, qui vivent à même le sol, par exemple. Ces derniers présentent des valeurs de PFAS beaucoup plus élevées que les œufs provenant d’une ferme où les poules vivent sous un toit et ne se nourrissent donc pas du sol (contaminé). La différence entre les légumes et les fruits de son propre jardin et les produits issus de l’agriculture et de l’horticulture traditionnelles est moins prononcée.« 

Des analyses sanguines sont encore en cours auprès de 800 habitants de Zwijndrecht, qui devraient permettre de déterminer dans quelle mesure les PFAS, cette substance perfluoroalkylée classée comme perturbateur endocrinien et polluant organique persistant, se sont accumulés dans le sang.

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