Quand la BBC reçoit un appel des talibans en plein direct

Prise de court en plein direct, une journaliste a improvisé une interview du porte-parole du mouvement fondamentaliste.

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Ce dimanche, la BBC News a consacré une large partie de son journal à l’Afghanistan, alors que les talibans étaient sur le point de pénétrer dans Kaboul. Yalda Hakim, une journaliste spécialiste de l’actualité afghane, en était chargée de la présentation. Elle assure donc le direct mais à un moment, son téléphone s’allume. À sa grande surprise, elle se rend compte que le porte-parole des talibans, Suhail Shaheen, tente de la joindre. Prise au dépourvu, elle a dû bouleverser quelque peu son programme pour répondre à cet interlocuteur.

Rassurer malgré des témoignages contradictoires

Après quelques ajustements, les téléspectateurs ont donc pu suivre cette interview un peu particulière en direct. Première préoccupation de la journaliste: en savoir plus sur le sort que les talibans réservent aux habitants de Kaboul.

Suhail Shaheen tient à rassurer à ce propos: ce que le mouvement fondamentaliste veut, c’est «la paix». «Il ne devrait y avoir aucune confusion, nous sommes sûrs que le peuple afghan dans dans Kaboul, leurs biens et leur vies, sont en sécurité», assure-t-il. «Il n’y aura de vengeance sur personne. Nous sommes les serviteurs du peuple et de ce pays. Nos dirigeants ont demandé à nos forces armées de rester aux portes de Kaboul et de ne pas entrer dans la ville. Nous attendons un transfert pacifique du pouvoir».

La journaliste est immédiatement interpellée par cette aspiration à un «transfert pacifique du pouvoir», alors que les talibans assiègent militairement la ville. Elle demande donc à avoir des précisions à ce sujet. «Le pouvoir et la ville doivent d’abord être remis aux mains de l’Émirat islamique d’Afghanistan. Ensuite, un gouvernement islamique inclusif sera mis en place et tous les Afghans pourront y participer», précise le porte-parole. Et quand il lui est demandé si cela veut dire qu’un système électoral sera mis en place, avec un vote par personne, sa réponse reste lacunaire: «Il y aura des organes auxquels ils pourront prendre part».

Mais la grande question, cela reste ce qui attend les femmes afghanes une fois les talibans au pouvoir. Sur ce point, Suhail Shaheen tient à être clair: il n’est pas question de leur interdire d’aller à l’école et de travailler, comme c’était le cas dans les années 1990 lorsque les talibans dirigeaient le pays. «Aucune action n’est entreprise à leur encontre. Elles continuent leurs études et d’aller à l’école, comme c’était le cas avant». Une réponse qui surprend Yalda Hakim qui n’a pas reçu la même information de la part de femmes d’Hérat, la troisième ville du pays: des combattants talibans les empêcheraient de se rendre à l’université «dans l’attente d’une décision» sur ce qu’elles pourraient faire ou pas. Un témoignage inquiétant, mais Suhail Shaheen veut rassurer les téléspectateurs: «les femmes peuvent avoir accès à l’éducation et à l’emploi. Mais bien sûr, elles devront porter le hijab», conclut-il, en ajoutant qu’il n’est pas non plus question d’imposer la burka.

À noter que depuis cette interview, des témoins ont affirmé que des talibans n’hésitaient pas à se montrer violent dans Kaboul, contrairement à ce que prétendent les plus hauts gradés du mouvement. C’est le cas d’un photojournaliste du Los Angeles Times, Marcus Yam, qui raconte avoir vu des soldats prendre pour cibles les Afghans aspirant à quitter le pays. Des attaques impliquant le recours à des armes à feu, des fouets ou encore des objets tranchants à proximité de l’aéroport. Loin de l’aspiration à la « paix » du porte-parole des talibans.

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