Où les réfugiés afghans iront-ils?

Certains pays se barricadent déjà dans la perspective d’une vague migratoire. D'autres font quelques concessions pour les accueillir.

Des réfugiés afghans en Turquie le 24 juillet 2021 @BelgaImage

Ils sont déjà des millions à avoir fui leur pays et voilà qu’aujourd’hui, un nouvel afflux de réfugiés afghans se dessine avec le retour des talibans au pouvoir. Impossible à l’heure actuelle de savoir quelle sera l’ampleur réelle de cette migration. Mais dans le doute, une bataille s’est déjà engagée pour déterminer qui les recevrait, notamment entre les pays occidentaux et ceux du Moyen-Orient. Lors des flux migratoires précédents, la stratégie était simple: l’Occident aidait financièrement les pays voisins de l’Afghanistan pour que les réfugiés y soient accueillis. Mais cette fois-ci, cela s’annonce plus compliqué.

Un transit qui n’en est pas un

En théorie, la première destination des réfugiés afghans, ce n’est pas du tout l’Europe mais les pays dits « de transit » (même s’ils finissent souvent par y rester): le Pakistan, l’Iran et la Turquie. Selon le Haut-Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés, ces trois États accueillent déjà un nombre astronomique de migrants afghans : plus de 1.400.000 au Pakistan, 780.000 en Iran et 125.000 en Turquie. Et si Ankara en reçoit moins, elle est en parallèle le pays avec le plus de réfugiés au monde toutes nationalités confondues (3,65 millions). Mais ces chiffres ne comptabilisent pas les ressortissants sans papiers. Si on les prend en compte, il y aurait environ 4 millions de réfugiés afghans au Pakistan et environ 2.800.000 en Iran, même si ces chiffres sont plus difficiles à établir.

Vu la situation en Afghanistan, le sujet des réfugiés afghans est à nouveau devenu un sujet brûlant. Le problème est d’autant plus délicat qu’avec le Covid-19, toute la région doit déjà gérer une crise à la fois sanitaire et économique. En Iran, l’opinion publique est d’habitude tolérante à l’idée d’accueillir des Afghans. Mais comme l’explique à la Croix le chercheur Farid Vahid, spécialiste du Moyen-Orient, l’Iran n’est pas aujourd’hui «économiquement prospère et si [les réfugiés] ne trouvent pas de travail, les Afghans vont sûrement être poussés à quitter le pays».

Une éventualité à laquelle la Turquie a décidé de se préparer. Ces derniers mois, Ankara a entamé la construction d’un mur à la frontière avec l’Iran. Trois mètres de béton sur près de 300 km. Digne d’un projet de Donald Trump. Il faut dire que l’opinion publique turque est, contrairement à leurs voisins, résolument hostile à l’arrivée d’Afghans. Le principal parti d’opposition, le CHP, tire à boulets rouges sur le président et affirme que le «pays ne peut pas gérer encore plus de réfugiés».

Une Europe sous tension

Dans ce contexte, la stratégie européenne de reléguer la charge des réfugiés à ces pays devient plus délicate à mettre en place. «La Turquie ne sera ni le garde-frontière ni le camp de réfugiés de l’Union européenne», assure d’ailleurs le chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu.

Ce raidissement au Moyen-Orient a été perçu par l’Occident et plusieurs pays ont déjà assuré qu’ils accueilleraient des réfugiés afghans sur leurs territoires. C’est notamment le cas du Canada et du Royaume-Uni qui promettent un chiffre de 20.000 chacun. L’Allemagne parle d’environ 10.000 personnes. La France est de son côté plus vague. Emmanuel Macron assure simplement qu’elle «continuera de faire son devoir pour protéger celles et ceux qui sont les plus menacés», tout en précisant que «l’Europe ne peut pas, à elle seule, assumer les conséquences de la situation actuelle». Autrement dit, il est encore question de se reposer sur les pays « de transit ».

La question sera aussi délicate au niveau européen. Le problème devrait susciter le même type de tensions que lors de la crise syrienne au milieu des années 2010. Mais pour l’instant, il n’y a pas encore de discussions avancées sur un éventuel système de répartitions des migrants. Il faudrait d’abord pour cela voir quel serait le nombre d’Afghans fuyant leur pays. Cela dépendra manifestement de ce que les talibans feront du pouvoir.

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