Le retour des talibans au pouvoir, un cauchemar pour les Afghanes

Réprimées entre 1996 et 2001, lorsque les talibans étaient déjà au pouvoir, elles craignent un brutal retour en arrière.

BELGAIMAGE/ Des Afghanes à un rassemblement à Kaboul contre les violations des droits des femmes par les talibans, le 2 août

« Tout ça pour rien ». La mine sombre, Pashtana Durrani ne parvenait pas à dissimuler sa détresse, dans une interview à CNN lundi 16 août, au lendemain de la prise de Kaboul. « Pour les filles, cette prise de pouvoir veut dire être empêchées d’étudier, ne plus avoir de droits civiques, ni même humains, comme tout être a le droit d’en avoir », estimait la présidente de l’ONG Learn, qui a scolarisé 7 000 jeunes filles en trois ans en Afghanistan.

« J’ai commencé ma journée en regardant les rues vides de Kaboul, horrifiée pour les habitants, a quant à elle twitté Fawzia Koofi, une militante des droits des femmes et ancienne vice-présidente du Parlement afghan. L’histoire se répète si vite… En Afghanistan, écrivait-elle, les femmes constituent la population la plus menacée et la plus exposée du pays ».

Le voile obligatoire

Pour les Afghanes, les nouveaux maîtres du pays représentent une réelle crainte, celle du retour au même type de régime fondamentaliste qu’ils avaient instauré, entre 1996 et 2001. Durant cette période, les femmes n’étaient pas autorisées à travailler, à s’instruire et à voyager, étaient contraintes de porter en public la burqa, un voile qui recouvre tout le corps et le visage, avec une grille en tissu au niveau des yeux. Elles ne pouvaient quitter leur domicile sans un « tuteur » masculin. Les femmes accusées d’adultère étaient fouettées et lapidées à mort. Interdiction pour les filles d’aller à l’école.

Sans doute pour tenter de rassurer la communauté internationale, le groupe fondamentaliste a déclaré que les droits des femmes seraient préservés. « Nous assurons la population, en particulier dans la ville de Kaboul, que leurs propriétés, leurs vies sont en sécurité », a déclaré à la BBC Suhail Shaheen, un porte-parole taliban. Celui-ci a également précisé à Sky News que les femmes « peuvent recevoir une éducation du primaire à l’université », et a assuré que des milliers d’écoles dans les zones conquises étaient toujours ouvertes. Les femmes sont « nécessaires pour la société », « on a besoin d’elles pour la médecine, l’éducation, la police, la justice », a-t-il expliqué. Si le voile sera bien obligatoire, le porte-parole a déclaré que la burqa ne sera pas le seul hijab (voile) jugé tolérable par les talibans.

Brutal retour en arrière

Mais sur le terrain, la situation semble être toute autre. « Les informations qui nous viennent de Kaboul et du reste du pays ne sont pas rassurantes, a relaté à Franceinfo Ghazal Golshiri, journaliste au service international du Monde. Les talibans visitent les journalistes, les menacent. Ils empêchent les femmes d’aller à l’université et les filles d’aller à l’école ». « Du jour au lendemain, elles doivent rester à la maison. Elles ne peuvent plus sortir dans la rue sans qu’il y ait un membre masculin de leur famille avec elles. Le choc est total », expliquait la journaliste.

Des exactions commises dans les régions déjà occupées par les talibans ont été rapportées. Et avant leur arrivée à Kaboul, les talibans avaient exigé que des images de femmes y soient effacées, comme le montrait une photo partagée sur Twitter par le directeur d’une chaîne d’information afghane.

La semaine dernière, le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, se montrait « profondément troublé par les premières indications selon lesquelles les talibans imposent de sévères restrictions aux droits humains » pour les femmes. « Il est horrible et déchirant de voir que le droit des femmes, si durement obtenu, leur soient soudainement arraché », soulignait-il. Mercredi, l’Union européenne et les Etats-Unis se sont dits mercredi également « profondément inquiets » de la situation des femmes en Afghanistan, appelant « ceux qui occupent le pouvoir et les autorités à travers l’Afghanistan à garantir leur protection. Les femmes afghanes, comme tous les Afghans, méritent de vivre en sécurité et dans la dignité. Toute forme de discrimination et d’abus doit être évitée » indiquait le texte.

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